On veut des noms

Dites donc, ça commence à brasser sérieusement, et pas seulement quand les nageurs d’élite de la planète fendent l’onde de la piscine du Stade aquatique olympique de Rio. Il y a aussi après, quand on demande aux principaux intéressés ce qu’ils pensent de la vie en général et de la justice immanente en particulier.

Ç’a commencé avec Mack Horton, l’Australien gagnant du 400 mètres style libre samedi, de qui on voulait savoir pourquoi il n’avait pas répondu à un salut du Chinois Sun Yang, qui a terminé 2e, plus tôt à l’entraînement. « Je n’ai pas de respect pour les dopés », a-t-il mentionné.

En 2014, Sun, double champion aux Jeux de Londres en 2012, a été suspendu pour trois mois pour un truc censé combattre l’angine de poitrine et, semble-t-il, l’angoisse qui va avec. « J’ai utilisé le mot “dopé” parce qu’il a été contrôlé positif », a ajouté Horton.

En Chine, on n’a manifestement pas apprécié cette fine allusion. Le quotidien Global Times, proche du Parti communiste, a produit un virulent éditorial où il est question de « suffisance cynique » de la part de Horton, de laquelle l’Australie entière devrait être « embarrassée ». Mais tout cela « ne signifie pas grand-chose pour nous. Dans de nombreux essais sérieux écrits par des Occidentaux, l’Australie est mentionnée comme un pays aux confins de la civilisation. Dans certains cas, il est fait allusion au statut historique du pays de prison outre-mer pour la Grande-Bretagne. Ceci suggère que personne ne devrait être surpris que des actes non civilisés surgissent de ce pays. » Voilà pour la fraternité des peuples induite par le mouvement olympique.

Lundi soir, le Comité international olympique a senti le besoin d’intervenir après que la Russe Yulia Efimova, suspendue 16 mois pour dopage en 2013 et contrôlée positive au meldonium plus tôt cette année, eut aussi fait l’objet de propos considérés comme désobligeants. « Nous voulons vraiment encourager la liberté d’expression. Mais d’un autre côté, les Jeux, c’est le respect des autres et le respect du droit des autres d’y participer dans la tranquillité, sans être agressés », a dit Mark Adams, porte-parole du CIO.

Mais cela n’a pas empêché quelques-uns d’en rajouter plus tard en soirée. Michael Phelps n’a identifié personne, mais il était clair qu’il jetait un coup d’oeil en direction d’Efimova lorsqu’il s’est dit « attristé » et « énervé » — il a aussi utilisé une expression pas mal plus vulgaire — de voir concourir des athlètes déjà convaincus de dopage, « deux fois même ». Des propos corroborés par l’ancien champion sprinteur Michael Johnson, qui s’est dit d’avis que tout individu trouvé coupable ne serait-ce qu’une fois par le passé devrait être exclu et a affirmé que les athlètes ont parfaitement le droit de « mettre en lumière » les situations injustes, y compris en donnant des noms.

Donner des noms, on ne peut cependant pas dire que cela fait précisément partie de la profession. D’ordinaire, quand il y a des suspicions et qu’on en fait publiquement part, on pointe un sport, genre l’haltérophilie, ou un pays, genre la Russie, comme on a été un peu, n’est-ce pas, en mesure de le constater ces derniers temps.

Mais après Horton, le Français Camille Lacourt, 5e au 100 m dos lundi, est revenu sur le cas de Sun, vainqueur un peu plus tôt du 200 m libre. « Ça me donne envie de vomir de voir des tricheurs sur les podiums. Sun Yang, il pisse violet… »

Évidemment, le CIO est vertement critiqué, notamment pour avoir permis aux Russes d’être de la partie à Rio, mais c’est tout sauf simple. Il y a le Tribunal arbitral du sport — que certains sont en passe de renommer Tribunal arbitraire du sport — et des montagnes de considérations juridiques. Et la question fondamentale demeure : une personne qui a purgé sa peine n’a-t-elle pas droit à une autre chance ?

Et que répliquent ceux qui sont visés ? Il pourrait arriver que vous n’en reveniez pas vraiment. Efimova, par exemple, a reproché à ses détracteurs de « faire de la politique » sur son dos et appelé la population générale à « essayer de [la] comprendre et de revoir [sa] position sur [elle] ».

Quant à son infraction au meldonium — interdit depuis le 1er janvier dernier —, ce n’est pas sa faute, tout comme ce n’aurait pas été sa faute si elle avait mangé du yaourt et que le yaourt était soudainement devenu illégal.

Soupir.

 

La dernière fois, nous nous demandions comment on peut s’assurer de ne pas céder à la tentation de forniquer dans les bosquets ou en tout autre endroit idoine pendant la quinzaine sacrée. Vous savez, ils sont jeunes, débordants d’énergie et au sommet de leur forme et on ne peut pas freiner éternellement les élans de la nature.

La réponse est d’une simplicité à faire pleurer un haltérophile : il suffit de résider au village olympique avec… sa maman.

La Géorgienne Nino Salukvadze, 47 ans, et son fils Tsotne Machavariani, 18 ans, défendent tous deux les couleurs de leur pays en tir au pistolet. Il s’agit du tout premier duo mère-fils à participer aux mêmes Jeux olympiques de l’histoire.

Salukvadze en est à ses huitièmes JO, elle qui a remporté trois médailles, dont l’or à Séoul en 1988. Quant à Machavariani, il est né en septembre 1997, ce qui indique qu’il n’a pas été conçu en circonstances olympiques.

3 commentaires
  • Charles Talon - Abonné 10 août 2016 10 h 52

    sports

    Il est très agréable de revoir vos commentaires dans Le Devoir après une parenthèse qui m'a paru bien longue, inquiétante même. Je vous souhaite longue vie.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 août 2016 14 h 44

    Très drôle !

    Bravo !

  • Marc Therrien - Abonné 10 août 2016 21 h 31

    Légaliser le dopage pour égaliser les chances

    Tant qu'à être un peu cynique. Pour pousser plus loin les 2 idéaux des Jeux Olympiques qui ne peuvent plus vivre l'un sans l'autre, c'est-à-dire d'abord, le dépassement de soi des athlètes authentifié par l'obtention d'une médaille et encore mieux, d'un record et ensuite, l'appétit pour les technosciences de faire des découvertes permettant à l'humain de réaliser des performances surhumaines appuyées par toutes sortes d'artefacts scientifiques et techniques, on pourrait envisager de tenir 2 niveaux de compétitions. Avec un tel recadrage créatif de l'esprit de compétition et des enjeux ou intérêts mobilisés par les Jeux Olympiques qui aurait pour effet d'évacuer l'hypocrisie, il y aurait donc 2 compétitions et tableaux des médailles: le traditionnel dédié aux athlètes qui ont tout de même exécuté avec brio les mouvements et performances requis par leur discipline et le nouveau dédié aux innovations technoscientifiques qui ont appuyé l'obtention d'une médaille voire même d'un record.

    Marc Therrien