92 ans après

N’hésitons pas à le clamer haut et fort, c’est une bien belle et bonne chose que le rugby olympique, et on se demande franchement comment on a pu s’en passer pendant 92 ans. Le baron Pierre de Coubertin lui-même en personne était à ce qu’on raconte un féru de ce sport, et il avait insisté pour qu’on l’intègre aux Jeux, ce qui fut fait de manière sporadique de 1900 à 1924. La chose ne connut cependant pas un grand succès puisque le « tournoi » ne réunit jamais plus de trois équipes, ce qui vous assure pas mal d’une médaille même si vous ne disposez pas d’un programme À nous le podium pour viser les sommets de l’aventure humaine et vous sentir tout ragaillardi par en dedans.

Mais le faible nombre de participants n’explique pas entièrement pourquoi la discipline a été abandonnée. En 1924 à Paris, trois nations sont en lice, les États-Unis, la Roumanie et la France, cette dernière étant largement favorite. La formation américaine, composée pour l’essentiel de joueurs de football qui compensent leur inexpérience en rugby par, comment dire sans froisser personne, une admirable intensité à l’ouvrage, est attendue de pied ferme dans l’Hexagone, où ses membres ont la réputation de bagarreurs de saloon. Et, pire encore, d’athlètes professionnels, le péché par excellence à l’époque. « Si vous recevez de l’argent pour pratiquer un sport, ce n’est pas du sport. C’est du travail », disait l’ancien président du Comité international olympique Avery Brundage.

Arrive donc la finale mettant aux prises les États-Unis et la France, et les visiteurs sont copieusement hués par une foule qui devient carrément impossible à maîtriser quand, après deux minutes de jeu seulement, un joueur français est plaqué si brutalement qu’il perd connaissance et saigne d’abondance. Pendant le match, des objets sont projetés sur le terrain et des affrontements musclés surviennent dans les gradins. Au terme d’une victoire de 17-3 des Américains, les spectateurs envahissent le terrain, et après qu’on eut fait jouer le Star-Spangled Banner à la cérémonie de remise des médailles, les joueurs des États-Unis doivent regagner leur vestiaire sous escorte policière.

On comprend bien que les autorités compétentes n’ont guère apprécié pareils débordements et n’ont pas envoyé d’invitation au rugby à reprendre du service en 1928 à Amsterdam. Il faudra attendre à 2009 pour qu’on décide de le réintégrer au programme olympique, l’humanité ayant, faut-il croire, gagné en civilité dans l’intervalle.

À l’époque, on avait affaire à du rugby à XV, exclusivement masculin il va sans dire. Au stade Deodoro de Rio — dont il serait erroné de croire qu’il est ainsi nommé pour faire contrepartie aux effluves émanant de la baie de Guanabara —, il s’agit de jeu à VII des deux sexes, et n’importe quel expert en la matière vous dira que sur le plan de la stratégie, de la rapidité et de l’acide lactique, notamment, les deux variantes diffèrent largement. Selon des calculs aussi compliqués que la notation en gymnastique effectués dans un laboratoire non situé en Russie, un joueur de rugby à XV est appelé à faire un effort dit intense toutes les 60 à 80 secondes, alors qu’à VII, c’est toutes les 20 secondes.

Quoi qu’il en soit, on dit bravo à nos Canadiennes à nous autres tout seuls pour cette jolie médaille de bronze, et on envoie nos ondes extrasensorielles positives aux îles Fidji pour le tournoi masculin. Parce que.

 

L’amour, c’est plus fort que la police, disait ma maman (elle le dit encore, d’ailleurs). Mais il arrive que les forces de l’ordre regimbent.

À Londres en 2012, l’haltérophile nord-coréen Om Yun-chol avait remporté le titre olympique chez les 56 kg et tenu ces propos : « Mes progrès et ma médaille d’or sont le fruit du doux amour du Grand Leader Kim Jong-il et du Grand Camarade Kim Jong-un. »

Dimanche, Om a cependant dû se contenter de la médaille d’argent dans la même catégorie, derrière le Chinois Long Qingquan, ce qui tend à montrer que la plus torride des affections peut avoir ses limites.

Om s’est répandu en plates excuses, a dit qu’il comprendrait que son peuple ne le traite plus en héros et a promis qu’il mettra toute la gomme dans ses futures compétitions, qui culmineront avec les Jeux de Tokyo en 2020.

J’ai laissé un message sur la boîte vocale de Kim Jong-un pour des commentaires, mais il ne m’a pas rappelé. Du moins pas encore.

 

Chaque présentation des Jeux olympiques amène son lot de statistiques plus ou moins utiles dans la vie de tous les jours comme le nombre de fois où les commentateurs de tous pays rappelleront combien ces jeunes-là ont travaillé fort pour se rendre jusqu’à la grande fête magique du sport universel et le nombre de condoms distribués au Village olympique (450 000 en l’occurrence, soit environ 43 par athlète, mais les organisateurs signalent que plusieurs en rapportent dans leur pays, où ils peuvent être difficiles à trouver).

Mais comment s’assurer qu’on n’aura pas besoin de préservatifs parce qu’on n’aura tout simplement pas l’occasion de s’envoyer en l’air ? Réponse la prochaine fois.

1 commentaire
  • Pierre Raymond - Abonné 9 août 2016 13 h 09

    Émerveillé aussi !

    Quel sport exitant ! Au point où je trouve que le football canadien et américain a l'air d'un sport de « mémères » à côté de ça.