Eaux troubles

Nous ne cessons d’avancer en âge et avons la nette impression d’avoir tout vu, mais il est tout à fait possible de se détromper et d’attraper un coup de jeune simplement en regardant, serait-ce d’un œil distrait parce qu’il faut bien s’entraîner en vue d’être barreur d’aviron — celui qui chante « Ferme ta gueule pis rame » — en 2020, les Jeux olympiques de Rio de Janeiro. Car ceux-ci fourmillent de premières : les premiers Jeux à être présentés en Amérique du Sud, les premiers Jeux d’été à se tenir entièrement en hiver et les premiers à mettre en scène des passionnés qui veulent réaliser un rêve. Mais non, dans ce dernier cas, c’est même pas vrai.

Mais les premiers en hiver mur à mur, oui. Il n’est pas vain de rappeler que, les deux autres fois que les Jeux d’été se sont déroulés dans l’hémisphère sud, à Sydney en 2000, ce fut du 15 septembre au 1er octobre, donc à cheval sur l’été et le printemps en Australie, et à Melbourne en 1956, ce fut en novembre et décembre. (Remarquez qu’en fait de cheval, les compétitions de sports équestres ont eu lieu cette année-là à Stockholm en raison des règles de quarantaine, ça se passait à la mi-juin, donc à l’automne dans le vrai pays hôte, et si vous trouvez que tout ceci est horriblement mélangeant, vous n’avez pas totalement tort.)

Et des Jeux d’été en hiver, messieurs dames, voilà qui prouve une chose : qu’il n’y a plus de saisons. Et ça, c’est la faute du réchauffement climatique, la cérémonie d’ouverture a été assez claire à ce sujet : si nous ne nous grouillons pas le popotin pour réduire notre empreinte carbone, les océans vont gagner du terrain et il faudra tenir les Jeux dans l’eau, ce qui rendra l’allumage de la vasque particulièrement difficile.

D’ailleurs, il doit s’en trouver pour regretter que, tant qu’à tenir des Jeux d’été en hiver, il n’y ait pas plus de glace. Car à ce qu’on croit entendre à travers les branches, les eaux dans le secteur de Rio ne pourraient pas vraiment être qualifiées de cristallines : si vous ne cessez d’avancer en âge et vous sentez usé, rassérénez-vous, elles le seraient encore davantage.

Et parmi ceux qui le regrettent sans l’ombre d’un doute, on retrouve les Serbes Milos Vasic et Nenad Bedik, qui concourent en deux de pointe en aviron. Il suffisait de s’installer confortablement devant son écran pour voir qu’il y avait de la houle sur le Lagoa Rodrigo de Freitas samedi. Lorsqu’on nous montrait des images en plongée, on était porté à se demander si les embarcations se déplaçaient parce que les rameurs faisaient force pagaie ou étaient davantage bringuebalées par les flots en colère. Puis est arrivé ce qui devait arriver : l’esquif serbe a chaviré.

Déjà que les concurrents javellisent leurs rames et ont recours à toutes sortes de stratagèmes pour éviter d’entrer en contact avec l’eau, voilà que les deux compères se sont retrouvés complètement immergés. Ils ont bien tenté de retourner leur bateau et de reprendre la course, mais ce fut en vain, et ils ont dû être secourus par les autorités compétentes.

Heureusement pour eux, Vasic et Bedik n’ont pas été disqualifiés en raison des circonstances particulières et ils pourront poursuivre la compétition. Or quelle expression utilise-t-on en pareil cas ? En plein cela : ils ont été repêchés. Ça ne s’invente juste pas.
Ils devaient d’ailleurs poursuivre leur parcours dimanche, mais toutes les épreuves d’aviron ont été annulées à cause de vents encore plus forts. Les rangées de bouées formant les couloirs semblaient avoir été conçues par un dessinateur en sérieuse boisson.
Tout de même, il doit y avoir une petite frousse quelque part. Des analyses ont montré que les eaux les plus polluées dans le secteur de Rio contenaient 1,73 milliard d’adénovirus par litre en mars 2015 ; en juin dernier, on était passé à 248 millions, mais pour se situer, on fera remarquer qu’en Amérique du Nord, un échantillon contenant quelques milliers d’adénovirus par litre serait considéré comme alarmant.

Mais bon, vous auriez tort de vous en faire et devriez cesser de toujours tout voir en noir. L’eau du Lagoa Rodrigo de Freitas, a dit la Fédération internationale des sociétés d’aviron, est « presque potable ». Et elle est tellement accueillante qu’on y retrouvera bientôt des adénoPokémons que la jeunesse de toutes les nations pourra aller chasser gaiement en buvant la tasse.


Toujours dans la catégorie des moments pénibles — ne vous inquiétez pas, il y aura bien du temps pour des moments proprement magiques d’ici la fin —, si vous n’avez pas vu le gymnaste français Samir Aït Saïd subir une double fracture ouverte tibia-péroné à la jambe gauche en atterrissant sur un saut de cheval samedi et que vous avez le cœur ou l’âme sensible ou les deux, n’allez pas en voir la vidéo. Vous pourriez en ressortir avec une douleur par procuration dans la région locale pendant un certain temps.
Aït Saïd a immédiatement été opéré et il se porte bien, ayant peint son plâtre en bleu, blanc et rouge pour aller encourager ses coéquipiers. Et dès qu’il sera sur pied, dit-il, il reprendra l’entraînement en vue des Jeux de Tokyo en 2020.
On aurait pourtant cru en observant l’accident que le seul poste olympique auquel il pourrait aspirer à Tokyo serait celui de barreur d’aviron.


La prochaine fois, nous verrons que le vénérable Comité international olympique, aux prises avec certains problèmes d’image liés à vous savez quoi et ayant essayé de faire accroire que des Jeux à Pékin ou à Sotchi allaient apporter des améliorations à la question des droits de la personne en Chine et en Russie, s’est fait accuser d’opportunisme par plusieurs avec son idée de mettre sur pied une équipe de réfugiés à Rio.

En fait, selon des sources, le CIO a surtout voulu créer une nouvelle discipline de démonstration : le lancer du contrepoids.

 

Des gradins dégarnis pour bon nombre d’épreuves

Bon nombre de compétitions dans les premiers jours des Jeux olympiques de Rio de Janeiro se sont déroulées devant des gradins dégarnis. Les longues files d’attente pour des contrôles de sécurité, les autoroutes et les transports publics engorgés ainsi que le manque d’intérêt pour certains sports expliquent les gradins vides, selon les intervenants interrogés par l’Associated Press. Les épreuves équestres ainsi que les matchs de rugby ont attiré quelques rares individus. Beaucoup de sièges étaient vides pour la partie de volleyball impliquant le Brésil qui prenait place, dimanche, sur la très célèbre plage de Copacabana. Même l’équipe étoile américaine de basketball, habituellement très populaire aux Jeux olympiques, n’a pas su remplir les estrades. Lors du match de samedi soir contre la Chine, de nombreux sièges sont demeurés vacants. La longueur des files aux postes de contrôle situés à l’entrée des lieux d’une épreuve sportive est, selon les organisateurs des Jeux, l’un des facteurs expliquant une telle situation. Associated Press
1 commentaire
  • Jean Morissette - Abonné 8 août 2016 08 h 37

    horriblement mélangeant

    Oui cela est bien mélangeant M. Dion, car les jeux d'été de Sydney de 2000 qui ont eu lieu entre 15 septembre au 1er octobre, ce n'est pas à cheval entre l'été et le printemps en Australie comme vous l'avez écrit, mais à cheval entre l'hiver et le printemps.