Produits maraîchers et grandes chaînes alimentaires

Nos producteurs se retrouvent aux prises avec une guerre de prix des grandes chaînes qui, elles, favorisent l’achat de fruits et légumes provenant d’ailleurs.
Photo: David Afriat Le Devoir Nos producteurs se retrouvent aux prises avec une guerre de prix des grandes chaînes qui, elles, favorisent l’achat de fruits et légumes provenant d’ailleurs.

Je n’ai rien contre le fait qu’on consomme des pêches, par ailleurs excellentes, de l’Ontario, ou certains produits hors saison provenant de la Colombie-Britannique. Par contre, en pleine saison de récolte de fruits et légumes d’ici, comme les bleuets, les framboises, les fraises, je proteste contre le fait que ceux-ci peinent à se rendre jusque dans nos épiceries. En effet, nos producteurs se retrouvent aux prises avec une guerre de prix des grandes chaînes qui, elles, favorisent l’achat de fruits et légumes provenant d’ailleurs.

En saison des récoltes, on trouve, surtout chez les épiciers indépendants, une plus grande quantité de produits maraîchers en provenance des régions du Québec qu’auparavant. Mais, si quelques enseignes autonomes contribuent à l’accès aux produits d’ici en passant par la porte arrière, il demeure tout de même difficile de trouver les produits maraîchers issus de la culture locale.

Toutes sortes de raisons sont invoquées pour expliquer l’offre réduite de produits québécois en pleine saison des récoltes, même si le temps où l’on importait des denrées par manque de disponibilité chez nous est révolu.

On parle de libre-échange à la grandeur de la planète, mais nous sommes incapables de vendre certains produits carnés ou alcools à nos voisins de l’Ontario. Il en est ainsi également de certains fromages, pour lesquels la porte est fermée.

La plupart des décisions d’achat proviennent de l’extérieur du Québec et comportent des tas de contraintes pour les petits artisans, comme des ristournes, des reprises, des livraisons garanties, etc. On ne favorise en rien le développement de l’agriculture locale de cette façon, et surtout pas son expansion ailleurs au Canada.

Voilà une des raisons pour lesquelles les marchés publics ont essaimé un peu partout, dans les villes comme en région. Ils illustrent bien l’intérêt croissant des Québécois pour les produits de proximité, et leur désir de développer un rapport direct avec les producteurs. Aujourd’hui, on appelle cela la traçabilité.

Mieux comprendre et participer au dialogue de la terre fait désormais partie de nos motivations. On veut savoir qui a cultivé nos fruits et légumes, d’où viennent la viande et la volaille que l’on mange, et surtout dans quelles conditions les bêtes ont été élevées.

Les prix

Bien que la volonté des Québécois de consommer des produits locaux soit bien réelle, celle-ci ne se traduit pas toujours de façon concrète par l’achat de denrées québécoises, les prix exerçant encore une grande influence sur le comportement d’achat de la majorité.

Du coup, les grandes chaînes se font concurrence à coups de promotions, de bas prix, de points rabais, de primes. Dans ce contexte, l’origine des produits et le sentiment d’appartenance sont relégués au second plan.

En même temps, on assiste depuis quelques années à une prolifération de petits marchés de quartier. De plus en plus de personnes achètent directement de la ferme ou sur Internet, suivant des modèles calqués sur l’Europe. Et les produits biologiques prennent aussi de l’ampleur et s’ajoutent à l’offre déjà présente.

Un changement évolutif

La disponibilité des produits est donc en grande croissance depuis quelques années, mais c’est surtout d’une plus grande variété que profitent les consommateurs. Par exemple, l’amélioration génétique de certaines cultures et des cultivars adaptés à notre climat favorisent l’implantation de nouveaux fruits et légumes.

Il suffit de voir les variétés proposées de pommes de terre, de petits fruits, de pommes. Même les kiwis sont désormais cultivés en serre au Québec. Étant donné le réchauffement climatique, la multiplication des cultivars et la façon dont on les adapte au climat, on peut même se demander si on ne verra pas un jour des ananas, voire des bananes, au Québec. Mais ce qui est valable pour nous l’est aussi pour les autres, et cette multiplicité se traduirait par une dramatique guerre de prix.

Enfin, l’évolution des modes de culture s’applique également à la vigne. Si, au tout début de la production viticole au Québec, on travaillait seulement à partir de cépages issus des pays de l’Est ou nordiques, on a évolué aujourd’hui. Grâce à l’utilisation de meilleures techniques et à un savoir mondialement partagé, on élabore désormais de meilleurs vins.

Si seulement la SAQ adaptait ses prix en fonction de la disponibilité locale, nous paierions les vins d’ici bien moins cher. À quand une révision du système et une libre concurrence du marché ?

Dans toutes les régions viticoles du monde, les vins locaux sont moins chers que ceux importés. Ici, les vins locaux sont vendus au même prix, quand ce n’est pas plus cher, que certains vins d’importation.

On ne fera pas marche arrière. Les consommateurs sont de plus en plus conscientisés et soucieux de connaître l’origine des produits qu’ils mangent, afin de privilégier la qualité.

En bibliothèque

Saveurs
Bio bon gourmand
Valérie Cupillard
Éditions Prat
2015, 480 pages

Voilà des recettes qui utilisent des produits biologiques. L’auteure montre qu’il est possible de s’alimenter bio toute l’année à petit prix, sans devoir passer des heures aux fourneaux.

Découverte

Les champignons à Sutton

L’Auberge des Appalaches, à Sutton, offre la possibilité de mieux comprendre la science de la mycologie. Les 24 et 25 septembre, on propose la cueillette et la cuisine de champignons.

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