Apportez votre (mini)maison

Jacuzzi style zen. Prendre un bain d’oxygène et de vert dans les microchalets Zoobox est une expérience totalement intégrée à la nature.
Photo: Josée Blanchette Jacuzzi style zen. Prendre un bain d’oxygène et de vert dans les microchalets Zoobox est une expérience totalement intégrée à la nature.

Tout ce qui monte redescend. Ça vaut pour les idéaux, le désir, les montgolfières, le marché boursier et les tendances. Après les monster houses, les tiny houses, ou micromaisons, éveillent l’intérêt, un idéal de simplicité volontaire et de délestage face à la société de consommation et ses apparences. L’enflure a peut-être fait son temps.

Il fallait s’y attendre: après s’être endettés avec de lourdes hypothèques, être devenus les esclaves de nos possessions et avoir passé plus de temps à astiquer le rêve américain qu’à en jouir, la relation au matérialisme tend timidement à changer. Certains jeunes désirent accéder à la propriété autrement et bien des vieux se retrouvent avec des maisons trop grandes pour leurs besoins, dans lesquelles ils entretiennent surtout des souvenirs et de la poussière sur les photos encadrées.

Des courageux qui voient grand envisagent même de passer de 3000 pi2 à 10 fois plus petit. Think small, stie! Le phénomène est à la fois urbain (studios) et rural (minimaisons), bien que les municipalités se feraient un peu tirer l’oreille et assistent, incrédules, à une révolution culturelle small is beautiful à laquelle elles n’étaient pas préparées. En général, les réglementations municipales exigent un minimum de superficie habitable pour éviter de se retrouver avec des parcs de maisons mobiles.

La maison n’est pas faite pour le décor mais pour le bonheur de l’homme

Samedi dernier, je suis allée dormir dans une minimaison au fond des bois, au coeur du projet écotouristique Le Vertendre d’Eastman, dans les Cantons-de-l’Est (levertendre.com). Les Zoobox, un concept original et séduisant, sont parachutées en pleine nature sur un site qui regroupe des aires protégées, deux lacs, « à l’ombre de l’Orford », un titre du poète Alfred DesRochers.

Le promoteur, Alain Chagnon, a négocié durant six ans avec la municipalité avant de pouvoir implanter son projet de vente et de location de ces zoos inversés qui détiennent la certification LEED. Ici, ce sont les humains qu’on observe à travers les immenses portes vitrées en accordéon qui s’ouvrent sur la nature. Les refuges montagnards ne sont plus ce qu’ils étaient, on parle d’écotourisme de luxe et d’un miniloft entièrement autonome sur le plan énergétique et parachuté en pleine forêt.

Prendre un bain de vert

 
Photo: Josée Blanchette Jacuzzi style zen. Prendre un bain d’oxygène et de vert dans les microchalets Zoobox est une expérience totalement intégrée à la nature.

En prenant mon bain (un modèle en bois muni d’un couvercle) sur la terrasse du petit cube de 350 pi2, j’ai l’impression d’être à poil dans la nature tout en demeurant dans l’intimité de mon home sweet home, l’équivalent d’un jacuzzi version écolo. Dans cet environnement compact, du petit foyer à combustion lente au vélo d’exercice qui alimente en électricité le coin vidéo et la machine à popcorn, tout a été pensé en matière d’efficacité énergétique et d’autonomie complète.

Pour qui n’a pas envie de s’encombrer d’un chalet, ces refuges permettent de rêver écolo tout en restant bobo et sans rien sacrifier au confort. Le lit king suspendu au plafond et qu’on descend à la nuit tombée est une idée de génie : plus besoin de faire son lit!

Une personne large d’esprit trouve ses aises dans un endroit exigu

Je me mets mentalement à compiler tout ce que je n’aurais plus besoin de faire aussi souvent non plus: le ménage, tondre le gazon, repeindre ou payer pour qu’on le fasse à ma place, sans compter la facture d’Hydro qui vient de fondre comme neige au soleil, le carburant complice, justement.

Trente ans après la publication La simplicité volontaire de Serge Mongeau, nous y sommes; moins avoir pour mieux être. Ceux qui adhèrent au mouvement des minimaisons sont de plus en plus nombreux depuis la chute du marché immobilier aux États-Unis. Neuf émissions de télévision hebdomadaires leur sont consacrées chez nos voisins. Après avoir dormi dans ton auto pendant quelques mois, une minimaison devient un palace…

L’Europe et l’Asie nous ont déjà devancés depuis longtemps en terme de rentabilisation de l’espace. Comme nous le rappelle la gourou simplicitaire Dominique Loreau, dans Vivre heureux dans un petit espace, on achète à la fois la liberté et la paix d’esprit en misant sur un petit chez-soi plutôt qu’un grand chez-les-autres (la banque).

Downsizer, réduire ses besoins s’accompagne inévitablement d’une bouffée d’hélium et d’un sentiment de légèreté. « Si nous n’en demandons pas trop à la vie, si nos désirs rencontrent la réalité, alors se produit une alchimie magique qu’est le contentement. […] Le luxe ne répond pas à des stéréotypes, ne s’enferme pas dans des codes, mais au contraire se révèle dans la rareté des moments.»

Plus grande la vie

Photo: Habitat Multi Générations Les Zoobox regroupent tout le nécessaire, y compris le superflu: une machine à popcorn et un mur d'escalade. 560 pi2 — incluant la terrasse — astucieusement aménagés et un lit suspendu qu'on descend du plafond au besoin.

La fenestration est importante dans une minimaison car elle « agrandit » notre espace visuel tout en nous donnant le sentiment de faire partie du paysage. Contrairement à une roulotte ou une tente, on y reste à demeure et on ne bouge pas. D’ailleurs, bien des VR sont plus spacieux (et coûteux) qu’une minimaison, preuve qu’on peut transposer son besoin de trop, même en vacances.

Comme le souligne Dominique Loreau, qui vit au Japon depuis nombre d’années, les excentriques sont toujours perçus d’un mauvais oeil et rares sont ceux qui décident de ne pas vivre comme tout le monde. Tout nous mène vers la surenchère alors que le miniaturisme s’avère une esthétique en soi; les Nippons en ont fait une école. Selon elle, les propriétaires de minimaisons ou les locataires de ministudios sont les nouveaux héros de l’anticonformisme, quitte à passer pour des fous.

Davantage de temps, de solitude, de silence, de quiétude mentale est devenu un « bien » intangible et précieux. « Moi, je peux vivre dans 500 pi2 sans problème », me souligne une amie écrivaine qui songe à vendre son condo pour s’acheter une minimaison. « Mais à deux, j’ai besoin de quatre fois plus d’espace! » Il est vrai que le phénomène du très-petit avantage les solos. On se tape rarement sur les nerfs soi-même.

Les petites maisons et les petites pièces renforcent l’esprit, les grandes l’affaiblissent

En duo, une vie en apesanteur implique qu’on ne se couche pas fâchés, qu’on prévoie un « boudoir » et qu’on a un mode de vie assez semblable. Désordonnés chroniques, s’abstenir.

S’agissant des adeptes du miniature, Loreau poursuit : « En ayant opté pour la stabilité d’un lieu mais en acceptant l’exiguïté, elles ont décidé de vivre de façon complémentaire et non conflictuelle, et opté pour le nomadisme ET un repère. »

Réduire l’espace, diminuer son empreinte écologique, épouser une sagesse qui nous vient parfois avec l’âge, c’est aussi accepter sa finalité. Au bout du compte, ce bain avec un couvercle n’est qu’un lointain cousin du cercueil. Mais vous pouvez en profiter de votre vivant.

JoBlog

Le pêcheur et l’homme d’affaires. C’est l’histoire du pêcheur mexicain qui avait beaucoup de temps et juste assez d’argent. Il rencontre un riche homme d’affaires américain qui veut l’aider en lui servant une leçon d’économie. Le Mexicain lui donne une leçon de vie. La vidéo est inspirante et la morale, très simplicitaire sans être simpliste.
Noté que le 2e Festival des minimaisons a commencé jeudi matin et se déroulera jusqu’à dimanche 17 h, à Lantier, dans les Laurentides. Trois mille véhicules ont été refoulés l’année dernière sur le site. On a prévu des navettes en voiture électrique de Sainte-Agathe-Nord cette année. On attend 10 000 personnes… 3000 de plus que pour la première édition. Le promoteur de l’OBNL Habitat Multi Générations propose ses minimaisons à Lantier et à Eastman, des superficies de 350 pi2 à 720 pi2. Selon Claude Trépanier, qui organise également ce festival, la curiosité est grande pour ce nouveau type de résidence. On ajoute à ces petits espaces des aires communes comme des jardins collectifs. À Lantier, des conférences et des visites (sept modèles différents) sont offertes.

Trouvé des microchalets et minimaisons sur roues aux Éboulements, dans Charlevoix. Même idée du chic urbain transplanté dans la nature, en location, pour une expérience zen et connectée à l’essence de la vie sans passer par les aléas du camping.

Visionné la vidéo d’une des vedettes du mouvement mini, Felice Cohen, qui sera présente au Festival des minimaisons aujourd’hui, vendredi. Elle nous explique sa vie d’écrivaine et d’artiste dans un 90 pi2 à Manhattan. Cette vidéo a été vue plus de trois millions de fois. Certainement pas pour tout le monde, mais utile pour ceux qui tripent rangement.

Décidé de partir en camping avec le strict nécessaire aujourd’hui, sous une petite tente double avec mon B. De retour le 2 septembre. Bonne fin d’été !
5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 juillet 2016 09 h 33

    une grande maison que nous appelons un centre pour personnes agées

    peut etre sommes nous faits comme les chats pour vivre dans des petits coins, vous savez en viellissant on y arrive, il n'est pas question d'avoir a traverser de grands espaces pour aller a la chambre de bain , quand me mere est devenue vielle nous avons aménagé spécialement pour elle, un coin toilette dans sa chambre, j'ai compté tout les petits coins que nous avons de besoin pour vivre, je n'ose pas vous dire de combien j'en ai de besoin, que ce soit le coin outils ou rangement vous imaginer vivre sans frigo ou sans velo certains diront sans jardins, les russes avaient imaginer une grande maison pour tout un village, exactement comme chez les iroquois

  • Jérôme Faivre - Inscrit 29 juillet 2016 11 h 55

    Farfadets

    Le Corbusier, dont les horreurs en brut de béton font désormais partie du Patrimoine de l'Humanité, a fini sa vie dans une micro-maison, le Cabanon de Roquebrune, moins de 15 mètres carrés.

    Probablement écœuré par ses propres machines à habiter, l'approche cabanon de jardin a donc finalement eu le dessus chez l'idole des architectes radieux.

    Phase suivante, solution ultime de développement durable: diminuer la taille des habitants.

    Donc des nains de jardin pour des cabanons de jardin.

    Cela reviendrait à agrandir la Terre où nous sommes de plus en plus à l'étroit. Comme on consomme l'équivalent des ressources de plusieurs terres, c'est le seul moyen pour nous ajuster aux ressources disponibles.

    On imagine la suite: une nouvelle civilisation de Lutins, pour des siècles et des siècles. Le RCE, Regroupement Canadien des Ewoks, soutient l'idée.

    http://www.sites-le-corbusier.org/fr/cabanon-de-le

  • Yvon Bureau - Inscrit 29 juillet 2016 19 h 10

    Habiter petit,

    c'est fait pour les grands!

    Habiter plus restreint, c'est pour les ouverts d'esprit et de coeur.

    Josée, vacances heureuses et reposantes et re-posantes. C'est du très bien mérité !

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 29 juillet 2016 21 h 20

    Simplicité

    J'ai lu les livres sur a simplicité volontaire de Serge Mongeau, que j'ai bien aimés. J'ai également lu les livres de Dominique Loreau portant sur l'art de la simplicité, que j'ai adorés. Par contre, ce qui est bien plus difficile pour nous, c'est de mettre en pratique ce que nous apprenons de ces auteurs allumés. Mais une fois que leurs idées se sont retrouvées dans nos esprits, ce sera plus facile advenant que nous décidions d'y donner suite et de les mettre en pratique.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Inscrite 31 juillet 2016 18 h 21

    Pas pour moi...

    J'ai besoin de mes souvenirs et de la poussière sur les cadres...

    Mais comme toujours, très intéressant article!