La récréation

La direction du PQ a fait en sorte d'expédier dans les limbes une proposition de la Montérégie, qui voulait consacrer un conseil national à débattre de la tenue d'une élection référendaire.

Les «impatients» qui désirent faire l'économie d'un référendum jugé impossible à gagner, parce que les dés seraient pipés en faveur du non, demeurent très minoritaires, mais on ne sait jamais.

Personne n'avait prévu le dérapage du congrès de décembre 1981. Après avoir tenu un premier référendum, il paraissait impensable de revenir à l'idée qu'une victoire remportée avec une simple majorité de sièges suffirait pour déclarer la souveraineté du Québec. C'est pourtant ce qu'avaient résolu les délégués, qu'un vent de folie avait également poussé à ovationner le felquiste Jacques Rose.

René Lévesque avait dû imposer la tenue d'un référendum interne, en mettant son leadership en jeu, pour ramener son parti à la raison. Si, par pure hypothèse, les partisans d'une élection référendaire avaient gain de cause au congrès de 2005, Bernard Landry n'aurait pas le choix de partir, et il n'en a pas du tout envie.

À l'automne 1990, Jacques Parizeau était également intervenu avec force pour tuer dans l'oeuf un mouvement en faveur de la tenue d'une élection référendaire, qui avait pris naissance à la suite de l'échec de l'accord du lac Meech. Cela n'empêche pas l'ancien premier ministre de laisser croire à ceux qui ont repris le flambeau qu'ils avaient sa bénédiction, tout en assurant M. Landry du contraire.

Officiellement, l'élection référendaire fait partie des thèmes soumis à la réflexion des militants à l'occasion de la «saison des idées», mais les lieutenants du chef péquiste entendent s'assurer qu'elle aura suffisamment de plomb dans l'aile pour prévenir toute mauvaise surprise au congrès. On peut compter qu'ils feront diligence.

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Avec François Legault, la tentation radicale s'est cependant raffinée. Soit, le référendum pourrait demeurer à l'ordre du jour, mais le PQ ne présenterait plus qu'un «programme de pays», appuyé sur un budget de l'an 1 d'un Québec souverain, qui inclurait tous les prélèvements effectués par le gouvernement fédéral. Là encore, M. Parizeau se dit d'accord.

Cette variante plus modérée de l'élection référendaire a l'incontestable avantage d'éliminer le problème du déficit démocratique que posait l'abandon du référendum, mais elle comporte pratiquement tous les autres inconvénients de la version originale.

Au train où vont les choses, les libéraux ne demanderont certainement pas mieux que de transformer la prochaine campagne électorale en débat sur la souveraineté plutôt qu'en procès de la «réingénierie».

En s'engageant à tenir un référendum le plus rapidement possible après l'élection, le PQ risque déjà d'indisposer bon nombre d'électeurs qui ne tiennent pas à replonger dans les tourments référendaires, mais on peut accepter qu'il y ait un prix à payer pour entretenir la flamme des militants souverainistes. Faut-il au surplus tourner le dos à tous ceux qui ne sont pas déterminés à voter oui? Une réalité demeure incontournable: une victoire péquiste est la condition sine qua non de la tenue d'un référendum.

Il ne s'agit pas pour le PQ de cacher son option jusqu'au lendemain de l'élection. Une campagne électorale demeure une tribune privilégiée, mais l'engagement d'offrir un «bon gouvernement» à la population, même dans un cadre provincial, est une question de responsabilité élémentaire.

Dans le cas du PQ, cela va de soi, paraît-il. Peut-être, mais cela doit se refléter dans un programme. Bernard Landry souhaite tenir un référendum dans un délai de 15 à 18 mois, ce qui suppose la présentation d'au moins un, sinon deux budgets de «province». En attendant le Grand Soir, serait-ce trop que de demander au PQ quelles seront ses priorités budgétaires?

Il va de soi qu'en refusant de gouverner une province, il doit s'engager à quitter le pouvoir s'il perd son référendum, mais qu'arrivera-t-il, si jamais les «circonstances raisonnables» dont parlait M. Landry, c'est-à-dire les sondages, ne sont pas au rendez-vous?

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M. Legault est relativement nouveau au PQ, mais il faut reconnaître qu'il n'a pas mis de temps à faire sienne cette détestable habitude de mettre la charrue devant les boeufs. Faire la comptabilité du fédéralisme est une chose, décider aujourd'hui des choix sociaux d'un Québec souverain en est une autre.

Dans une entrevue accordée la semaine dernière à mon collègue Robert Dutrisac, M. Parizeau était catégorique: «L'actuel gouvernement est là pour le démontrer, le coeur des Québécois est au centre gauche.» Où est passée la coalition arc-en-ciel dont on parlait en 1995, s'il n'y a plus qu'une seule couleur? Faut-il conclure que M. Parizeau a déjà renoncé à rallier l'ADQ au camp du Oui?

Pour l'heure, Bernard Landry n'a aucun intérêt à intervenir dans le débat. Il doit même être ravi de voir Pauline Marois s'attribuer elle-même le rôle ingrate de rabat-joie. Par rapport à l'aventurisme de François Legault, sa modération lui donne des airs de Claude Morin.

Les règles du jeu sont ainsi faites que M. Landry ne devrait cependant avoir aucune difficulté à sonner la fin de la récréation. En juin prochain, la direction du parti rendra publique ce qu'il est convenu d'appeler, dans le jargon péquiste, la «proposition principale», c'est-à-dire ce que le chef désire voir inscrit au programme. S'y opposer équivaudrait à contester ouvertement son leadership. Tout le monde le sait. Qui osera?

mdavid@ledevoir.com