Le surcyclage, un phénomène irréversible

Les « bipolaires », des luminaires fabriqués à partir de flûtes et de coupes en verre brisées, par le designer québécois Tat Chao.
Photo: Tat Chao Les « bipolaires », des luminaires fabriqués à partir de flûtes et de coupes en verre brisées, par le designer québécois Tat Chao.

Recycler ne suffit plus. Dorénavant, pour être dans l’air du temps, il faut impérativement upcycler. L’upcycling, ou surcyclage, est devenu au cours des cinq dernières années un phénomène irréversible plébiscité par le gotha de la mode, du design et de l’art.

Il propose de continuer à recycler, bien sûr, mais en propulsant vers le haut l’art de la récupération, où l’on mise sur le design et la créativité pour donner une nouvelle valeur à des objets d’origine souvent banale.

Aujourd’hui, on ne se contente plus de surfer sur le cliché de transformer systématiquement les déchets récupérés en sacs, enveloppes ou papier hygiénique, on tient à nous faire découvrir des trésors d’inventivité, rares et précieux.

La journaliste et auteure française Inès Peyret n’hésite pas à écrire ceci dans son livre Récupération et recyclage à tout faire : « Réutiliser, recréer et upcycler c’est super-cool, outrageusement créatif, le top de la branchitude. »

Pour la petite histoire, rappelons que c’est au milieu des années 1990 que le terme upcycling a vu le jour. Il prendra un nouveau virage avec la parution, en 2002, du livre Cradle to Cradle. Remaking the Way We Make Things.

Les coauteurs, Michael Braungart, chimiste allemand, et William McDonough, architecte et designer américain promu « héros de la planète » par le magazine Time en 1999, tous deux d’anciens militants de Greenpeace, ont concocté un ouvrage qui s’impose désormais comme une référence universelle.

Ce n’est toutefois qu’en 2011 que l’upcycling va s’imposer comme une tendance fondamentale et un style évolutif lors d’événements prestigieux comme le Salone del mobile à Milan et Maison Objet à Paris, les deux vitrines incontournables de la planète design.

Les premières collections de cette mouvance en devenir allaient créer l’événement auprès des influenceurs venus des quatre coins du monde. Dans la foulée de l’engouement initial engendré par cette vague déferlante, c’est maintenant que l’immense potentiel créatif de ce concept majeur se déploie enfin avec faste sur l’ensemble des métiers d’art et de création, de la sculpture jusqu’à la mode.

Le surcyclage est avant tout une école de pensée, porteuse de sens, qui redonne vie à l’objet, revisité et réinventé, tout en détournant souvent sa fonction initiale. Ce courant solidaire, soucieux de l’environnement, éthique et fédérateur, vise à laisser une empreinte à tendance écologique autant qu’avant-gardiste.

Il encourage notamment les collaborations de toutes sortes et vient mettre en lumière le savoir-faire des artisans d’un côté, et l’imagination des designers de l’autre.

 
Photo: Sergio Silva «Oyule», une création de Sergio Silva, designer d’origine portugaise installé à Brooklyn.

Ce concept écodesign de mieux en mieux défini, aux interprétations et aux possibilités infinies, n’en finit plus d’attirer des adeptes de tous les horizons qui sont à explorer les ressources sans limites de cette idéologie de pointe.

Le mouvement se nourrit de tout et de rien, de bouteilles de verre vides, de retailles de t-shirts en coton, de contenants de jus de fruits jetés aux ordures, de pneus en fin de vie, d’ampoules non recyclables ou de porcelaine fendillée : tout lui est source d’inspiration.

On ne s’étonnera pas d’apprendre que c’est d’abord dans les pays du Tiers-monde, là où rien ne se perd, que l’on a été en mesure d’observer les balbutiements de cette tendance qui laissera des traces.

Puis, petit-à-petit, grâce à des éveilleurs de conscience venus d’un peu partout sur le globe, d’initiatrices de coopératives de femmes jusqu’à des idéalistes qui ont fondé Équiterre pour changer le monde un geste à la fois, la vague s’est frayé un chemin jusqu’aux prestigieuses griffes parisiennes, d’Hermès à Yves Saint Laurent.

Les marques de luxe

Aujourd’hui, les marques de luxe entrent dans la danse, accompagnées par une multitude de PME conscientisées à l’idée de sauver la planète avec l’intention de faire une différence. Le prêt-à-porter affiche de plus en plus ses couleurs écolos en parfaite harmonie avec ses produits dérivés, des bijoux aux sacs et accessoires.

Le succès international de la marque suisse Freitag, par exemple, devrait nous convaincre de l’engagement social exceptionnel de ces deux frères qui sont devenus des têtes d’affiche du mouvement upcycling.

 
Photo: Tat Chao Les « bipolaires », des luminaires fabriqués à partir de flûtes et de coupes en verre brisées, par le designer québécois Tat Chao

Du côté de la déco, le jeune designer industriel québécois Tat Chao crée depuis des lustres de sublimes suspensions, « les bipolaires », des luminaires fabriqués à partir de flûtes et de coupes en verre brisées, qui s’inscrivent parfaitement dans la tendance du moment.

Cette phrase, qui est devenue son leitmotiv, résume bien l’essence de sa démarche artistique : « Design pour la demeure, le corps et l’âme », du beau que du beau !

Terence Conran, le brillantissime designer britannique fondateur des magasins Habitat et The Conran Shop, a écrit un livre publié en 2012, Eco Maison, qui repense la maison façon actuelle. Ce document exemplaire saura vous guider sur les pistes du surcyclage.

Deux artistes québécois

Deux artistes québécois en art contemporain personnifient magistralement le goût du jour et sont l’incarnation même du surcyclage dans ce qu’il a de plus inusité et de merveilleusement audacieux à offrir.

Il suffit de partir à la découverte des sculptures, performances et installations éclatées et ludiques de Raphaëlle de Groot pour comprendre qu’elle fut sélectionnée à l’unanimité pour représenter le Canada à la 55e Biennale de Venise en 2013.

Et le génie de David Altmejd a séduit tous les amoureux de beauté et d’intrépidité, l’été dernier, au Musée d’art contemporain de Montréal (maintenant au Musée des beaux-arts du Québec, à Québec).

 
Photo: MNBAQ «The Flux and the Puddle», une œuvre magistrale de David Altmejd, le sculpteur montréalais le plus connu et le plus convoité de sa génération à l’échelle internationale, a désormais son lieu dédié dans le pavillon Gérard-Morisset du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).

Les oeuvres osées, grandiloquentes et monumentales de ce sculpteur d’origine montréalaise célébré partout dans le monde, réunissant des sous-vêtements souillés, des fleurs de plastique récupérées, des miroirs fêlés et tant d’autres choses, représentent l’incarnation même de la grandeur de ce mouvement esthétique et artistique hors normes.

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1 commentaire
  • Robert Bernier - Abonné 30 juillet 2016 09 h 37

    Et des artisanes québécoises

    Pour voir ce qu'on peut créer à partir de matériaux recyclés, allez voir du côté de "La factrie", à Dunham. Vous serez étonnés.

    Robert Bernier
    Mirabel