Hors-jeu: Une fuite de cerveau

Mettons que ceci est une chronique s'articulant largement autour de l'intellect. C'est à cause des propos qu'a tenus dimanche M. Paul Martin — notez d'ailleurs la succulence de la coïncidence, dimanche aussi, le défenseur des Devils du New Jersey Paul Martin marquait le premier but en prolongation de son excitante carrière et procurait ainsi une victoire de 3-2 aux protégés de Pat Burns contre les Kings de Los Angeles —, à l'analyse desquels j'ai dû appliquer la grille fonctionnaliste de Talcott Parsons, et encore avec un succès remarquablement mitigé.

On n'entrera pas dans les détails parce que ce lieu est réservé à la sportivité, sa vie et son oeuvre, mais soupesez quand même un peu l'assertion, c'en vaut la peine: il démissionnera si l'enquête prouve qu'il savait. Mais il le sait déjà, lui, s'il savait, non? Donc, s'il savait, il devrait le dire et démissionner maintenant, à moins d'être un fieffé* qui n'avouerait que la main prise dans le sac. Et si réellement il ne savait pas, il ne devrait en aucun cas démissionner parce que, le cas échéant, cela signifierait que l'enquête aurait abouti à des conclusions erronées. Me semble que c'est très très très clair, mais veuillez m'en excuser, la signification exacte de cette phrase me turlupine le ciboulot.

(*Comme «fieffé» est de toute manière toujours suivi de «menteur», il est conseillé d'employer «fieffé» tout seul, cela évite les poursuites en diffamation et l'expulsion de la Chambre des communes.)

Mais bref. Puisqu'il est question d'intellect, allons-y en grand: Jesse Ventura, ancien lutteur de la World Wrestling Federation surnommé «The Body» et ancien gouverneur du Minnesota surnommé «The Mind», a été engagé comme professeur invité, ce printemps, à la John F. Kennedy School of Government de l'université Harvard. Ce qui prouve encore une fois, si besoin était, que toute mène à toute.

Selon les informations disponibles, ce sont les étudiants qui ont demandé à ce que Ventura, qui a été gouverneur de 1999 à 2003 mais ne s'est pas présenté aux dernières élections parce qu'il était certain de perdre, vienne leur enseigner l'art de juguler les déficits et de faire une clé japonaise à la jugulaire. Il a indiqué que son cours allait porter sur les tiers partis — il représentait le Reform Party de H. Ross Perot, de douce mémoire — et se pencher sur le fait que «les médias sont vraiment pourris».

Aux dernières nouvelles, on ne savait pas encore de quel matériau seront faites les chaises de la classe.

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Toujours dans le domaine de l'intellect, le numéro spécial annuel de Sports Illustrated mettant en vedette des équipements de natation pour dames dont le prix est inversement proportionnel à la quantité de tissu utilisée et dont la quantité de tissu utilisée est directement proportionnelle à l'âge apparent de l'experte en natation qui le porte, ou qui ne le porte pas ça dépend des fois. Étant abonné à Sports Illustrated douze mois par année, je n'ai d'autre choix que de le réceptionner, ce qui me permet par ailleurs quelques observations idoines.

Le magazine ressemble à s'y méprendre à une publication féminine: les mademoiselles sont légères, faisant dans les 90 livres, et le document est lourd, faisant dans les 238 pages.

Le magazine sent la guidoune. Trouvez d'ailleurs ici une proposition formelle: que l'on traque jusque dans leurs derniers retranchements a) celui qui a eu l'idée stupide de mettre des annonces sniff-on de parfum dans les magazines, et b) celui qui a eu l'idée stupide d'insérer 3000 cartons de réabonnement volants dans les magazines.

Le logiciel PhotoShop est extraordinairement efficace.

Par ailleurs, le magazine Filles à moitié tout nues illustrated présente ce mois-ci son spécial sports. Il paraît que plusieurs abonnés se sont plaints de voir des athlètes dans leur publication préférée.

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Ailleurs dans l'actualité cérébrale — le génie étant, n'est-ce pas, constitué à 10 % d'inspiration, à 90 % de transpiration, à 5 % de respiration, à 3 % de conspiration et à 2 % d'expiration, ce qui nous fait bien 110 % —, le fabricant de produits d'odorat Old Spice a établi que les joueurs partants des deux équipes ont sué un total de 711 onces de sueur lors du match du Super Bowl.

Je ne sais trop pour vous, mais personnellement, je me demande souvent avant de m'endormir du sommeil du juste ce qu'il y a de plus fascinant dans ce genre de trucs: la méthode utilisée pour calculer ça, ou le fait que des gens soient payés pour le calculer.

Par ailleurs, je connais un gars qui est tellement vieux que lorsqu'il a utilisé pour la première fois un produit d'odorat, la compagnie s'appelait New Spice.

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Dimanche avait lieu la course Daytona 500, l'épreuve inaugurale de la saison NASCAR. Pour ceux d'entre vous qui sont peu familiers avec la chose, mettons qu'une course NASCAR consiste en des stock-cars qui tournent en ovale pendant des heures et qui finissent à peu près au moment où les spectateurs ont terminé de boire leurs deux premiers milliards de litres de bonne bière américaine à 3 %.

Or NASCAR, raconte-t-on dans le milieu du filtre à air, aimerait se débarrasser de son image un peu redneck. Ses efforts ont cependant été ralentis par Jimmy Spencer (ce qu'on appelle un cerveau-frein), un vétéran de NASCAR doublé d'un intellectuel de centre-gauche modéré qui concourt maintenant en Craftsman Truck. La semaine dernière, en conférence de presse, Spencer a déclaré qu'il s'opposait à la présence d'une équipe Toyota en série Craftsman. «Ces fils de p... ont bombardé Pearl Harbor, ne l'oubliez pas», a-t-il raconté.

Les autorités de NASCAR ont par la suite expliqué que Spencer était «de la vieille école».

Je vous jure, s'il y avait eu un petit sept secondes de délai, ça ne se serait pas passé comme ça. Ils devraient apprendre du Canada, où il n'y a pas de rednecks.

jdion@ledevoir.com