Eugenie Bouchard: qu’il est difficile de l’aimer

En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.

J’aurais voulu aimer Eugenie Bouchard. Je pratique le tennis depuis presque quarante ans et je suis avec intérêt depuis autant d’années les exploits des professionnels de ce sport. Quand Eugenie Bouchard a vraiment percé, en 2014, en s’imposant dans les grands tournois, je m’en suis réjoui. Enfin, me disais-je, le tennis québécois a sa première vraie championne, et elle est éclatante.

Or, depuis, malgré les réels exploits sportifs de la jeune femme, j’ai déchanté. C’est que la championne, en effet, n’est pas toujours aimable et ne brille pas par son attachement au Québec, surtout s’il parle en français. Dans un de leurs récents spectacles, les Zapartistes affirment même « en avoir plein l’cul » qu’on dise « la Québécoise Eugenie Bouchard », tellement cette dernière ne s’identifie pas au Québec.

Dans Eugenie Bouchard : le rêve — un titre pour le moins paresseux —, Michel Marois, journaliste sportif à La Presse +, raconte sobrement le parcours exceptionnel de l’athlète. Docteur en science politique grâce à une thèse sur Maurice Richard et l’émeute du Forum de Montréal en 1955, Marois est un journaliste d’expérience qui connaît le tennis. Il suit la carrière de Bouchard depuis 2008 et dit vouloir proposer, dans ce livre, « une vision lucide et équilibrée d’une des plus grandes athlètes du sport professionnel canadien ». Marois ne cache pas son irritation devant les frasques de Bouchard, qu’il attribue à son immaturité et à son entourage, mais, sympathique à la cause de la joueuse, il insiste surtout sur ses faits d’armes sportifs.

Parmi l’élite

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.

Ces derniers sont remarquables. En 2014, à l’âge de vingt ans, Eugenie Bouchard a atteint le 5e rang du classement mondial en brillant dans les plus grands tournois du monde, notamment à Wimbledon, où elle a perdu en finale. Après une année de misère en 2015, elle a dégringolé au classement (en début de semaine, elle pointait au 41e rang), mais elle demeure parmi l’élite mondiale. Une experte comme Chris Evert continue de croire en ses capacités de regagner le sommet, un avis partagé par Michel Marois. En cette matière, tous les espoirs sont encore permis.

Or, les résultats, les performances, surtout dans un sport civilisé comme le tennis, ne sont pas tout. L’esprit compte aussi et est souvent garant, d’ailleurs, du succès à long terme. À cet égard, Bouchard, mise à l’amende pour conduite antisportive à Wimbledon cet été, a encore des croûtes à manger. En mai 2015, dans Le Journal de Montréal, le chroniqueur Réjean Tremblay affirmait que l’athlète traînait « une réputation de petite baveuse » chez les journalistes et chez les joueuses.

Michel Marois évoque lui aussi cette facette de Bouchard. « Déjà, note-t-il, dans les tournois pour les jeunes, la famille était reconnue pour ses exigences » et passait pour snob. En 2014 et en 2015, Bouchard, au mépris de la tradition, a refusé de serrer la main de ses adversaires en ouverture de la Coupe de la Fédération. La jeune femme, en 2014, avouait ne pas avoir d’amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires. On flirte ici avec l’air bête et le manque de classe.

Le malaise québécois

« Cette fille, écrivait encore Tremblay, devrait quand même avoir des racines. Est-elle consciente que des millions de Canadiens et de Québécois sont fiers d’elle ? […] Y a-t-il quelqu’un qui lui a expliqué qu’avoir une base solide dans une carrière peut parfois être salvateur ? » On dirait bien que non.

Les propos de Bouchard sur le Québec sont parfois blessants. Affirmer que l’hiver québécois est trop froid et qu’elle préférerait vivre en Australie peut toujours passer, mais se féliciter, comme elle l’a fait en 2014, de ne pas parler français avec l’accent québécois était pour le moins indélicat.

Issue d’une famille québécoise anglophile et monarchiste — son prénom, sans accent, est inspiré par celui d’une des filles du prince Andrew —, Bouchard, qui tient à se faire appeler Genie et qui désigne maintenant la Floride comme son « home », donne l’impression de n’avoir rien à cirer de ses racines québécoises. Elle en a le droit, évidemment, mais nous avons le droit de le déplorer. Quand, en février 2016, la joueuse a inconsidérément appuyé la croisade d’Uber au Québec — « Do it guys », a-t-elle écrit sur Twitter —, elle a fourni une preuve supplémentaire de son manque de tact social.

Comme amateur de tennis québécois, j’aurais voulu pouvoir aimer Eugenie Bouchard. Or, j’aime le sport et le Québec plus que la victoire et la gloire, alors que Bouchard, pour le moment du moins, incarne l’équation inverse. Dommage. Elle est ici, cette semaine, chez elle, pour participer à la Coupe Rogers. L’occasion est belle, pour elle, de nous montrer qu’elle a grandi en sagesse. Le cas échéant, nous serions volontiers indulgents.

Eugenie Bouchard : le rêve

Michel Marois, La Presse, Montréal, 2016, 240 pages

36 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 23 juillet 2016 04 h 27

    Éliminée au premier tour

    Tout à fait juste votre écrit M. Cornellier.
    Ce que l'on constate dans l'attitude de cette jeune femme aujourd'hui, c'est son ignorance et l'incompréhension de l'environnement dans lequel elle évolue.
    Pour cette demoiselle, il semble plus important : le mannequinat, la désinvolture et l'attitude d'enfant roi que toute autre chose.
    Les commentaires sportifs la concernant se résument aux événements secondaires qui entourent sa vie professionnelle; le genie army, commotion cérébrale dans un vestiaire (ou sona?), des amendes pour conduite antisportive sur les terrains de tennis, des commentaires négatifs sur tout ce qui est Québécois. Un gros manque de réflexion dans ses agissements sociaux à tous les niveaux.
    Comme disait un de nos imminents premiers ministres, "Que voulez-vous ?".

    La réflexion est un exercice mental qui demande au muscle cervical des efforts soutenus et exigeants que tous ne peuvent pas tenir. Et madame E. Bouchard ne semble pas pouvoir maintenir ce genre d'effort dans la réflexion.
    Sa carrière sportive se terminera sûrement dans le mannequinat puisque physiquement elle est avantagée, tout comme a soeur jumelle, et elle a pour l'instant une exposition au public sportif, ce qui l'avantage. Et c'est bien pour elle.

    Ce qui me turlupine un peu c'est lorsque les journalistes couvrent ses activités professionnelles, ils ont une plume qui l'encense continuellement alors qu'il n'y a aucune performance sportive. Ils sont sûrement attirés par son joli minois.
    Peu d'entre eux commentent ses turpides oraux à l'égard des Québécois. Mais comme elle dit si bien, " she does'nt give a shit".
    Lorsqu'elle gagne une manche, c'est une Canadienne du West Island. Lorsqu'elle perd un match, c'est une Québécoise.
    De toute façon, l'attitude d'enfant gâté à l'esprit fermé qu'elle avait à la fin de son match à Wimbledon 2016 fait qu'elle perd des admirateurs et elle n'en réalise pas les conséquences avec son irréflexion.

    • Ghisline Larose - Abonnée 23 juillet 2016 12 h 32

      Est-il nécessaire de l'aimer?

      Un sportif ou une sportive aime normalement avoir des appuis de la population--
      Je pense que personne n'aime cette arrogance , cette suffisance démontée par Eugénie -- Qui a besoin de ça?

    • Suzanne Éthier - Abonnée 25 juillet 2016 00 h 27

      Je ne suis pas les actualités du monde du sport.

      Cependant, je suis une lectrice assidue de la chronique de Louis Cornellier que j'apprécie beaucoup.

      Ce soir, au Téléjourmal de Radio-Can., j'ai entendu Eugénie Bouchard parler pour la première fois...

      Je me suis sentie vraiment HEURTÉE en l'écoutant parler français avec son accent anglais.
      Comment peut-on s'appeler Leclair-Bouchard et parler ainsi.
      Alors, n'en revenant tout simplement pas, j'ai compris la raison de tous ces commentaires négatifs à son égard.

      Ça me faisait presque mal, et ça m'a rappelé la chanson de Pauline Julien, MOMMY :

      https://www.youtube.com/watch?v=VZMauq1jszM

      Quelle tristesse! Une fille sans véritable racine, ni culture historique.

      Anyway, "apparently" she says : SHE DOESN'T GIVE A SHIT! (about le français québécois. She is definitely "Canadian".

      SO, why should we care for her?

      On dit que TOUT est politique - et j'y crois.

      On peut ignorer ceux qui nous blessent. Et, parfois, c'est difficile!...

      A un certain Monsieur Pierre (anonyme), le dernier signataire des commentaires ci-dessous, affirmant que «… le Québec n'est qu'une province au (sic) Canada et n'est pratiquement rien au niveau international» ---

      Vous oubliez que le Québec n'est pas qu'une autre province, MAIS bien un des 2 peuples fondateurs du Canada. De plus, qu'il y a plusieurs types de nationalismes - et qu'au Québec, il y a plus qu'un «nationalisme régional... éculé», comme vous dites. Nous voulons vivre et plus que survivre de plein droit dans notre culture.

      Le Québec « Pratiquement rien au niveau (sic) - sur le plan - international»???
      Pouquoi Montréal est-elle une ville aussi populaire, aimée et recherchée internationalement, selon vous, si on est RIEN??

      Je n'ai rien à foutre du CONFORT et de l'INDIFFÉRENCE, ni du CYNISME!

  • Michel Lebel - Abonné 23 juillet 2016 07 h 06

    Pas nécesaire de l'aimer!


    Je me fous comme l'an quarante des propos attribués à Eugenie Bouchard ou de sa façon de se comporter sur le court ou en dehors. Je la trouve fort jolie et elle joue du bon tennis; ça me sufit!

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 juillet 2016 12 h 41

      Comme un anglophile et monarchiste aimant Jean Charest.....

    • André Joyal - Abonné 23 juillet 2016 13 h 36

      Ouf! Si seulement elle jouait du bon tennis: ce qui n'est pas le cas depuis un an et demi.

    • Nicole Delisle - Abonné 23 juillet 2016 14 h 25

      Ainsi donc, il suffit d'être jolie et d'être une bonne joueuse, peu importe que celle-ci soit prétentieuse, dénigre les québécois et envoie promener
      les journalistes! Être fan et fier de quelqu'un suppose minimalement une certaine dose d'admiration, et les québécois sont sensibles de ce côté pour leurs vedettes et héros! Mme Bouchard semble échouer le test. Ce n'est pas en regardant de haut ses compatriotes qu'elle deviendra une
      championne adulée et admirée, quoi que vous en pensiez. Quand on méprise les siens, cela finit toujours par nous retomber sur le bout du nez!

    • Jacques Patenaude - Abonné 23 juillet 2016 17 h 11

      Ses parents ont été condamnés à payer au fisc une somme importante après avoir tenté un stratagème illégal d'évasion fiscale concernant leur fille.
      Ça devrait refroidir votre enthousiasme un peu plus par rapport à ce clan. Peut-être que ça vous dérange un peu plus que le comportement de la princesse?

    • Michel Lebel - Abonné 23 juillet 2016 17 h 26

      Eugenie Bouchard demeure le cadet de mes soucis! Je ne comprends pas pourquoi bien des personnes font tout un plat au sujet de son comportement. Vraiment!

      M.L.

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 24 juillet 2016 08 h 57

      Vous n'êtes certainement pas un fan de tennis autrement vous sauriez qu'elle est incapable de jouer du tennis décent depuis 2 ans. Je pourrais à la rigueur lui pardoner son attitude si au moins elle jouait «comme du monde» mais elle se fait régulièrement sortir au 1er ou 2e tour des tournois, elle fait des tonne de fautes directes, autrement dit c'est n'importe quoi. Quant aux niaiseries qu'elle dit dans les médias, elle est en train de se ridiculiser complètement et les médias étrangers commencent à se payer sa tète. Mais oui, elle est jolie et fait de très beaux selfies, si ça suffit à votre bonheur.

    • Michel Lebel - Abonné 24 juillet 2016 19 h 23

      @ Danièle Jeannotte,


      Je sais qu'elle joue beaucoup mieux au tennis que moi!! Je ne regarde jamais les selfies; aucun. Je regarde aussi très peu le tennis à la télé. Eugenie Bouchard demeure cependant jolie. C'est tout.

      M.L.

  • Jacques Beaumier - Abonné 23 juillet 2016 07 h 20

    Ouf! Enfin.

    Bravo Monsieur Cornellier. Il fallait que ce soit dit à un moment donné.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 23 juillet 2016 14 h 06

      Oui, le beauté du ''veau d'or'' ne passera jamais avant les valeurs humaines.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 juillet 2016 07 h 32

    Oui...qu'il est difficile de ...

    On ne peut forcer quelqu'un à ... Ce quelqu'un peut faire semblant de...et ça ne dit rien de... plus.

    On voit bien qu' elle n'a jamais reçu en héritage "l'amour" pour son pays, le Québec!
    Anglophile et mondialiste, de ces temps-ci,... "sont des mots qui vont très bien ensemble"...lalalère (Les Beatles) euh excusez...The Beatles.(quel impair ais-je commis!)

  • Hélène Gervais - Abonnée 23 juillet 2016 07 h 52

    Pourquoi être si fière d'elle ...

    je me le demande. Êtes-vous fiers d'une joueuse américaine? non bien sûr, vous pouvez remarquer ses qualités exceptionnelles de joueuse de tennis, mais vous n'en êtes pas fiers. eugénie bouchard n'est pas du tout kébécoise, elle est américaine, je parie que si elle pouvait elle changerait son nom pour un nom anglo. Alors arrêtez d'être offusquée par son attitude, elle n'est rien ici.