Hélène Laurendeau dénonce l’abus du marketing dans le secteur de l’alimentation

Cuisiner ce qu’elle adore et transmettre ses connaissances à ses enfants est ce qui compte le plus pour Hélène Laurendeau.
Photo: Philippe Mollé Cuisiner ce qu’elle adore et transmettre ses connaissances à ses enfants est ce qui compte le plus pour Hélène Laurendeau.

Cela fait presque 30 ansque je côtoie cette femme d’exception qu’est la nutritionniste Hélène Laurendeau. À une certaine époque, nous avons partagé des écrits dans des revues comme Sel et poivre et beaucoup échangé sur l’alimentation au Québec. Peut-être grâce à son éducation familiale, elle prônait déjà, dans la pratique quotidienne de son métier de nutritionniste, l’importance d’utiliser des produits de qualité.

Ceux qui la connaissent bien disent qu’elle est différente des autres professionnels, que ce soit par ses interventions dans les médias ou par ses prises de position, par exemple sur le chocolat, l’huile d’olive, la charcuterie artisanale ou surtout en ce qui concerne le goût des aliments.

La bande à Hélène

Mme Laurendeau est hautement respectée dans son milieu et dans ceux de la gastronomie et des journalistes en alimentation. Cette amoureuse du goût et de la science a beaucoup collaboré aux émissions de Ricardo Larrivée. Sa grande amie Brigitte Coutu, l’épouse de Ricardo, est aussi une confidente, avec qui elle aime partager des idées. Ces femmes font partie des gens qui ont favorisé les mutations alimentaires des Québécois.

Hélène Laurendeau aimerait que certains de ses collègues s’impliquent plus ouvertement dans les causes alimentaires. « Une nutritionniste peut rêver, aimer la bonne bouffe et ne pas confondre plaisir et situation médicale. » Car, selon elle, il est nécessaire dans certains cas d’user de contraintes alimentaires, sur avis médical, pour la santé d’une personne. Mais il reste que la restriction totale est souvent néfaste pour le moral.

Aussi, quand on lui parle de régimes et de produits miracles pour perdre du poids, elle crie au scandale.

Femme de convictions

Épicurienne, grande voyageuse, Hélène Laurendeau fait partie de ces gens « vrais » qui peuvent, par exemple, s’émerveiller, dans un marché, au contact d’un petit producteur qui présente un produit. Aussi, elle aime rappeler ses voyages en Provence pour ses étals de fruits confits, en Espagne pour ses nombreuses visites au marché de Barcelone et en Italie, à la découverte d’un producteur d’huile d’olive, d’un grand parmesan ou d’un jambon d’exception. Et rien ne pourra évacuer de sa mémoire la tarte aux blettes que lui préparait une amie à Nice, ni la terrasse et les odeurs d’un petit café en Espagne.

Jamais Hélène Laurendeau ne s’attarde aux calories consommées ; elle ajuste plutôt son alimentation en fonction des saisons et de la disponibilité des produits.

Ce qui la désole, parfois, c’est de voir comment certains chefs peuvent dénaturer le goût d’un plat par des artifices. « La valeur d’un produit est liée à sa fraîcheur et à son goût lorsqu’il est cuisiné. Il ne faut pas le transformer outre mesure, au risque de lui faire perdre son identité. »

Elle pose aussi un regard critique sur le manque de clarté de l’étiquetage nutritionnel, qui entraîne, selon elle, une confusion chez un grand nombre de consommateurs. Cela dit, elle croit que les gens devraient se préoccuper davantage de la composition et de l’origine des aliments qu’ils consomment.

L’importance de la transmission

Cuisiner ce qu’elle adore et transmettre ses connaissances à ses enfants est ce qui compte le plus pour Hélène Laurendeau, qui voue un culte sans limites à la famille. Elle se souvient de la façon dont sa mère lui a donné la piqûre du bien-manger. Après une longue maladie, cela a pris encore plus d’importance et donne même un sens à sa vie. Aujourd’hui, transmettre ses valeurs et ses connaissances liées à la nutrition est devenu l’une de ses grandes ambitions.

Depuis des années, tant à la radio qu’à la télévision avec le chef Jean Soulard et dans des conférences, elle ne mâche pas ses mots pour dénoncer les abus de la publicité, surtout en ce qui concerne les aliments dits « santé », un terme également galvaudé par certains médias.

Comparativement à ses débuts en nutrition et en communication, c’est une nouvelle vision qu’affiche aujourd’hui Hélène Laurendeau. Et elle rêve maintenant d’écrire sur sa vie afin de poursuivre son oeuvre d’éducation. Car, selon elle, si le Québec a pris le train en marche en ce qui concerne l’évolution des habitudes alimentaires, il existe malheureusement encore bien des déserts alimentaires dans nos villes, et il faut encore améliorer la diversité et l’accessibilité des produits ici. Il y a donc encore du chemin à faire.

Découverte

Des chefs qui bougent. Dans l’attente de l’ouverture, en novembre prochain, du nouveau restaurant L’Atelier de Joël Robuchon au Casino de Montréal, qui sera dirigé par l’excellent chef Éric Gonzalez, c’est au tour de Guy Martin, autre sommité en France, lui aussi 3 étoiles au Michelin, d’ouvrir un restaurant à l’étranger, à St Barth’s cette fois, dans les Caraïbes. Il y propose une cuisine inventive adaptée aux ressources locales.

Dans la bibliothèque

Saveurs
Pâtisserie. Premiers pas
Thomas Feller
Hachette cuisine
Espagne, 2014, 219 pages

C’est en plein le temps des petits fruits et le moment parfait pour confectionner d’excellentes tartes. Cet ouvrage simplifie la façon de réaliser vos desserts et assure, étape par étape, la réussite à tout coup. À essayer : le framboisier.

Pâtisserie premiers pas

Thomas Feller Hachette cuisine Espagne, 2014, 219 pages


 
8 commentaires
  • Anne-Marie Courville - Abonnée 23 juillet 2016 08 h 06

    Premier aliment: l'eau

    Quand j'entendrai un(e) nutritionniste parler du premier aliment qu'est l'eau, je commencerai à les prendre au sérieux. Les gens boivent de l'eau de piscine qui contient des minéraux inorganiques qui se déposent dans le corps et rendent malade.
    L'eau distillée est la seule eau potable mais les nutrionnistes n'en parlent jamais. Pourtant, c'est le point de départ de l'alimentation. Réveillez-vous car les maladies naissent de cette polution. La définition de l'eau: incolore, inodore et sans saveur H2O.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 juillet 2016 12 h 50

      Depuis quand boit-0n de l'eau distillée?

    • Daniel Bérubé - Abonné 23 juillet 2016 14 h 40

      Chose certaine, c'est l,eau que l'on peux considérer la plus pure, mais selon moi, elle agira plus comme "nettoyant" du système, n'y apportant à son entré uniquement que de l'eau pure sans minéraux et apportera avec elle à sa sortie quantité de toxines et résidus de toute sorte produit par l'organisme. Mais selon moi l'eau de source a aussi sa place, voir même pour des causes possiblement non découverte encore, mais considérons que l'eau naturelle (de surface ou de source), si elle n'est pas polluée constitue selon moi la meilleure eau en temps normal, l'humain y ayant toujours trouvé de quoi satisfaire son système. Mais je suis entièrement d'accord avec vous en ce qui concerne l'eau de ville, pris souvent à des endroits... qui laisse à désirer (ex.: Montréal ou autres prenant son eau dans la décharge des grands-lacs... ). Le chlore a peut-être fait son travail, mais il reste encore un pourcentage de chlore et des résidus de tout ce qu'il aura tué...

  • Daniel Bérubé - Abonné 23 juillet 2016 14 h 50

    Chose certaine,

    les produits alimentaires sont beaucoup trop considéré comme une simple "marchandise" de marché, et le contexte d'aliments devrait automatiquement classer la chose dans un choix particulier et à part des autres. Les gouvernements autorisent quantité de choses sous la simple étude du fabriquant, pour qui la raison première d'être n'est pas de bien alimenter une population, mais de faire des profits les plus grands possible, peux importe les moyens employé, quitte a remplacer un produit nutritif et dispendieux par un produit offrant les même analyse scientifique mais demeurant complètement différente (lait maternisé provenant de Chine) dans lequel un produit toxique chimique avait été mis pour faire croire à des protéïnes au moment des analyses.

    L'industrie, les marchés et le commerce sont rendu beaucoup trop puissant, après que nos gouvernements aient laissé "Libre cours aux marchés" il y a de cela plusieurs décennies, nous voyons où tout ça nous a mener...

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 23 juillet 2016 20 h 52

      Pour faire de la bière, on utilise de l'eau distillée.
      On trouve les minéraux dans l'alimentation avec les fruits et les légumes et les minéraux dansl'eau du robinet ou de source sont INORGANIQUES.
      Si vous avec fait de la physique ou de la chimie, on enseigne que l'eau distillée est la meilleure pour la consommation. Faites un café filtre avec de l'eau distillée et vous verrez la différence. J'en bois depuis trente ans et je ne souffre pas de déminéralisation car je mange beaucoup de fuits et de légumes surtout crus ou cuits à la vapeur, pas trop cuits.

  • Jean-François Trottier - Abonné 24 juillet 2016 09 h 26

    Oh! Les nutritionnistes...

    Je me méfie des nutritionnistes comme de la peste.

    Ne serait-ce qu'en suivant leur discours qui se contredit tous les cinq ans au sujet du beurre ou de tout autre corps gras, déjà on a un peu peur.

    Le manque de logique au sujet des calories, lui, va très, très loin.

    On a d'abord tout tablé sur ces "monstres de l'alimentation". Puis, on a dit que c'était grandement exagéré. Puis, que la fixation sur les calories était ridicule. Puis, qu'il y avait une différence entre "bonnes calories" et "calories vides". Chaque année le discours varie.

    Mais au fil des contradictions on a continué à vanter certains produits, directement parce qu'ils étaient "faibles en calories"! Directement de la bouche de nutritionnistes!!!

    Quand j'entends une nutritionniste dénoncer le marketing, je constate tout autant que les nutritionnistes utilisent des slogans à bouche que veux-tu depuis au moins 50 ans. Des phrases courtes qui ne disent rien, sauf qu'il faut se priver pour être heureux... exactement le contraire du gros bon sens.

    Le "repas complet" qui veut qu'on mange de tout, tout le temps, est déjà une incitation directe à l'obésité. Notre corps, lui, continue à se comporter comme les chasseurs-cueillleurs que nous étions il y a à peine 200 générations pour certains, 15 pour d'autres.
    Un repas vraiment complet devrait s'ingurgiter en plus de 4 heures pour laisser le corps apprivoiser ce qu'on lui sert... et prendre plaisir à jaser avec les convives. C'est pas vraiment faisable au milieu de la semaine.

    Madame Laurendeau l'a compris ? Tant mieux. Je lui suggère tout de même de dénoncer les abus de ses collègues, ceux qui voient le corps comme un ensemble de réactions chimiques sans tenir compte de l'apport des sentiments lors du repas, de celui du bio-environnement à ce moment particulier, ainsi que de la nourriture ingurgitée au cours des derniers jours... Ce serait un bon début.

  • Jean-François Trottier - Abonné 24 juillet 2016 09 h 26

    Oh! Les nutritionnistes...

    Je me méfie des nutritionnistes comme de la peste.

    Ne serait-ce qu'en suivant leur discours qui se contredit tous les cinq ans au sujet du beurre ou de tout autre corps gras, déjà on a un peu peur.

    Le manque de logique au sujet des calories, lui, va très, très loin.

    On a d'abord tout tablé sur ces "monstres de l'alimentation". Puis, on a dit que c'était grandement exagéré. Puis, que la fixation sur les calories était ridicule. Puis, qu'il y avait une différence entre "bonnes calories" et "calories vides". Chaque année le discours varie.

    Mais au fil des contradictions on a continué à vanter certains produits, directement parce qu'ils étaient "faibles en calories"! Directement de la bouche de nutritionnistes!!!

    Quand j'entends une nutritionniste dénoncer le marketing, je constate tout autant que les nutritionnistes utilisent des slogans à bouche que veux-tu depuis au moins 50 ans. Des phrases courtes qui ne disent rien, sauf qu'il faut se priver pour être heureux... exactement le contraire du gros bon sens.

    Le "repas complet" qui veut qu'on mange de tout, tout le temps, est déjà une incitation directe à l'obésité. Notre corps, lui, continue à se comporter comme les chasseurs-cueillleurs que nous étions il y a à peine 200 générations pour certains, 15 pour d'autres.
    Un repas vraiment complet devrait s'ingurgiter en plus de 4 heures pour laisser le corps apprivoiser ce qu'on lui sert... et prendre plaisir à jaser avec les convives. C'est pas vraiment faisable au milieu de la semaine.

    Madame Laurendeau l'a compris ? Tant mieux. Je lui suggère tout de même de dénoncer les abus de ses collègues, ceux qui voient le corps comme un ensemble de réactions chimiques sans tenir compte de l'apport des sentiments lors du repas, de celui du bio-environnement à ce moment particulier, ainsi que de la nourriture ingurgitée au cours des derniers jours... Ce serait un bon début.

  • Charles Lebrun - Abonné 24 juillet 2016 10 h 49

    Avant de dénoncer le marketing...

    Mme Laurendeau, si elle voulait faire oeuvre utile, devrait penser sa démarche autrement au lieu de tout bêtement dénoncer le marketing! En effet, il y a tellement de personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté (aide sociale, sécurité de la veillesse, salaire minimum) et qui, de plus vivent dans un petit village ou dans une grande ville autre que Montréal ou Québec (mais qui se déplacent SANS automobile). Pour ceux-ci, s'alimenter est un vrai Calvaire!

    Les émissions comme celle proposées par Ricardo sont faites pour des personnes ayant un bon budget et ayant accès au Marché Jean-Talon! De plus, les recettes sont toujours pour quatre personnes ou plus! Pas très drôle d'avoir une alimentation diversifiée dans un tel contexte! J'aimerais bien la voir inventer des recettes avec un petit budget et surtout, faire des recettes pour personnes seules! Sans compter que l'on a pas tous les mêmes talents! Il est impératif d'avoir des recettes simples à préparer avec un nombre restreint d'ustensil. Pas de robot culinaire ici car, juste pour se le procurer, le chèque y passe en entier! Elle s'appercevrait que le saumon et le gigot d'agneau ne sont pas souvent au menu! Et que dire des fruits et légumes frais... surtout si on ne veut pas de pertes, ce qui est trop souvent le cas des personnes vivants seules!

    Elle peut continuer à s'adresser à ceux qui en ont les moyens, mais elle néglige ceux et celles qui en ont le plus besoin, je parle des personnes vivant seules avec un revenu de pauvres! Si elle étaient dans cette situation, elle verrait que les jambons d'exception, les grands parmesans, la découverte d'une huile d'olives... ce n'est pas pour elle... mais qu'il faut bien manger, mais QUOI? Elle n'en a même pas une petite idée! C'est tellement loin de sa réalité, elle qui peut aprécier les marchés de Provence! Va-t-elle le faire? Je ne crois pas... car son inspiration sera remplie d'embuches! Il est là, le VRAI problème!