Un métier très spécial

Le couvent Dar Taliba, situé au Maroc, fournit logement et éducation à des jeunes filles amazighes. Il y existait déjà un petit jardin de plantes aromatiques et Alain Cuerrier a eu le goût de pousser plus loin ce projet avec eux et de créer un jardin ethnobotanique.
Photo: Inanc Tekguc Le couvent Dar Taliba, situé au Maroc, fournit logement et éducation à des jeunes filles amazighes. Il y existait déjà un petit jardin de plantes aromatiques et Alain Cuerrier a eu le goût de pousser plus loin ce projet avec eux et de créer un jardin ethnobotanique.

Du Grand Nord à la Guyane en passant par le Maroc, Alain Cuerrier étudie les relations entre les hommes et les plantes. Sa profession ? Ethnobotaniste. Son parcours professionnel l’a amené à s’intéresser en particulier aux connaissances sur les plantes des communautés inuites et cries du Grand Nord.

Depuis peu, il collabore à la création d’un jardin ethnobotanique dans un couvent au Maroc et est allé en Guyane afin d’y établir des partenariats pour réaliser des études comparatives. M. Cuerrier est botaniste au Jardin botanique de Montréal et professeur associé au Département de sciences biologiques à l’Université de Montréal.

Photo: Michel Rapinski Alain Cuerrier en compagnie de Tivi Etok, un des aînés inuits de Kangiqsualujjuaq avec lesquels il a travaillé afin de transmettre leur savoir botanique.

Qu’est-ce qui vous a amené vers l’ethnobotanique et les plantes médicinales ?

Tout jeune, j’avais une grand-tante qui était herboriste et je discutais souvent avec elle. Un jour, on lui a diagnostiqué un cancer et prescrit des médicaments, qu’elle a jetés. Elle est morte à 91 ans. Mon intérêt pour les plantes médicinales remonte à cette époque.

Par la suite, j’ai choisi la biologie et entrepris un doctorat en classification des plantes à l’Université de Montréal, avec un an à Harvard. Puis, j’ai obtenu un poste de chercheur au Jardin botanique de Montréal lié à la création du Jardin des Premières Nations.

Pour choisir des plantes, on m’a envoyé dans le Nord. Ce voyage a favorisé un rapprochement avec les Premières Nations, et c’est alors que j’ai pu apprécier les connaissances des Inuits sur les plantes. Au fil du temps, les projets se sont développés et j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Le savoir des Premières Nations et des Inuits est grand et il est important de le sauvegarder avant qu’il ne disparaisse avec les aînés. Je souhaite aider, mais il n’est pas question de créer des entreprises ou de développer des produits. Il est prioritaire pour moi de conserver de bons liens avec les communautés.

Photo: Alain Cuerrier Alain Cuerrier a fait des recherches sur «Rhodiola rosea» et a même écrit un livre avec Kwesi Ampong-Nyarko à son sujet. Cette plante indigène du nord du Canada a de multiples propriétés médicinales.

Parlez-nous de vos recherches sur les plantes antidiabétiques avec la nation crie du Québec. Pour mémoire, cette population présente un taux d’incidence élevé du diabète de type II chez les adultes.

Dans ce cas, j’ai travaillé avec l’équipe de recherche sur les médecines autochtones antidiabétiques des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Ces études ont fait l’objet d’un accord de partenariat signé avec la communauté. L’équipe était formée de quatre Cris et de six chercheurs, dont moi-même.

Nous avons étudié 17 plantes, parmi lesquelles des arbres, des éricacées, et en particulier le bleuet. Il n’était pas question de valider le savoir qui nous était transmis des aînés, mais plutôt de le traduire dans un langage scientifique pouvant être entendu par les infirmiers et les médecins. Nous avons colligé ce savoir en travaillant dans le respect de celui-ci.

Certains éléments de cette recherche répondent à une demande des Cris et des gens des communautés. L’objectif est de remettre en valeur la médecine traditionnelle pour tenter de stopper la progression du diabète.

Photo: Inanc Tekguc Le couvent Dar Taliba, situé au Maroc, fournit logement et éducation à des jeunes filles amazighes. Il y existait déjà un petit jardin de plantes aromatiques et Alain Cuerrier a eu le goût de pousser plus loin ce projet avec eux et de créer un jardin ethnobotanique.

Vous collaborez depuis quelques années à l’élaboration d’un jardin ethnobotanique dans un couvent au Maroc. Pouvez-vous nous décrire le projet ?

En 2013, je suis allé au Maroc comme membre d’un jury en soutenance d’une thèse de doctorat et c’est lors de ce voyage que j’ai visité pour la première fois le couvent Dar Taliba. Celui-ci fournit logement et éducation à des jeunes filles amazighes, auparavant nommées berbères, qui viennent de petits villages éloignés dans le Haut Atlas. Il y existait déjà un petit jardin de plantes aromatiques et j’ai eu le goût de pousser plus loin ce projet avec eux et de créer un jardin ethnobotanique.

L’aménagement de ce jardin, en cours de réalisation actuellement, est piloté par Hasnaa. Il présentera et mettra en valeur des plantes médicinales et comestibles utilisées par les gens du Haut Atlas. C’est un beau projet réalisé pour et par ces jeunes filles qui participent à sa conception. Il est là pour leur dire de ne pas oublier ce savoir traditionnel, sans toutefois rejeter la modernité, mais plutôt en épousant les deux.

C’est un projet dans lequel je m’investis personnellement et financièrement. J’y suis retourné deux fois depuis ma première visite pour le suivre. L’inauguration devrait avoir lieu en 2017.

En février dernier, vous avez séjourné en Guyane afin de développer des partenariats. En quoi cela consiste-t-il ?

Je suis allé rencontrer Françoise et Pierre Grenand, des anthropologues qui travaillent pour le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en Guyane, et leur successeur Damien Davy pour développer un partenariat entre le CNRS et l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV). Les trois chercheurs connaissent bien les Premières Nations de ce pays.

Le but est de faire des études comparatives entre les nations du Sud et du Nord, de construire des ponts, de permettre des rencontres entre les peuples, de voir comment s’articule la perception de la médecine traditionnelle et d’étudier les plantes antidiabétiques utilisées par les Palikurs, un peuple indigène de l’est de la Guyane. Il est aussi question d’une possible collaboration en vue de planifier de petits jardins pour un écomusée dans la ville de Regina, ainsi que pour un musée à Cayenne.

 

Précision Une erreur s’est glissée dans la chronique de la semaine dernière consacrée à deux jardins collectifs de Lyon. Ce ne sont pas 200 euros que doit débourser une personne pour louer une parcelle de 200 mètres carrés aux Jardins de Fontanière, mais plutôt 50 euros.

À visiter

Les jardins du Grand Portage

Deux acres de terre, une cinquantaine de planches, des associations ludiques et productives, 5000 plants de fruits, de légumes, d’herbes et de fleurs… Nul doute qu’aux Jardins du Grand-Portage, dans Lanaudière, vous serez inspiré pour votre potager et vos aménagements, ou vivrez simplement un magnifique moment de sérénité. Ouvert jusqu’au 5 septembre. Unique, ce jardin écologique en est déjà à sa 37e année d’existence. Des visites guidées sont offertes tous les dimanches de l’été, à 11 h, au coût de 15 $. Une contribution de 10 $ est demandée pour les visites libres.

Les jardins de plantes médicinales de La Clef des champs

Au sommet d’une montagne de Val-David, dans la magnifique région des Laurentides, se trouve le jardin La Clef des champs. Aménagé en impressionnantes terrasses, ce jardin de plantes médicinales certifié biologique est ouvert pour les visites jusqu’au 21 août. Une nouveauté cette année : Marie Provost, maître herboriste et fondatrice des jardins, accueillera les visiteurs et partagera son savoir et sa grande expérience. Conseils santé sur mesure, recommandations sur l’utilisation des plantes et discussion sur les principes de l’herboristerie sont au menu. Tous les jours de 10 h à 18 h. Visites guidées à 10 h tous les matins : 13,50 $. Visites libres de 10 h à 17 h : 9 $. Avec audioguide : 11 $. Mercredi de Marie : tous les mercredis après-midi. Gratuit pour les enfants de 12 ans ou moins accompagnés d’un parent.

Au jardin cette semaine

Le temps chaud et humide des dernières semaines a favorisé le développement de la maladie de la tache noire du rosier. Si vous avez des rosiers, il serait bien de faire une petite inspection pour voir l’état de vos plants. Si vous voyez des taches noires de 2 à 12 mm, entourées d’une auréole jaune, sur la face supérieure des feuilles, vous devriez traiter vos rosiers. Différents produits sont efficaces pour le contrôle de cette maladie : les produits à base de cuivre (bouillie bordelaise), ceux à base d’acide lactique (fongicide Bioprotec pour rosier) ou les décoctions de prèle. Une infection non contrôlée peut complètement défolier un plant. Si c’est le cas, la floraison sera considérablement réduite.

Pour les gens qui cultivent leur petit lot d’ail, la récolte est imminente. Pour savoir quand passer à l’action, Sylvie Maurice, de Samour’ Ail, suggère ceci : l’ail est prêt à être récolté quand la moitié des feuilles du haut sont encore vertes.
1 commentaire
  • Pierre Masson - Abonné 23 juillet 2016 23 h 20

    Pas très utile...

    "Il n’était pas question de valider le savoir qui nous était transmis des aînés, mais plutôt de le traduire dans un langage scientifique pouvant être entendu par les infirmiers et les médecins. Nous avons colligé ce savoir en travaillant dans le respect de celui-ci."

    Une étude en double aveugle aurait été plus utile pour toutes les personnes concernées (médecins et malades)... Traduire en langage scientifique des infos dont on ignore la fiabilité ne permet pas de prendre une décision éclairée.