Deux jardins collectifs inspirants à Lyon

Les jardins de Fontanières, véritable lieu de nature en ville, sont implantés sur la balme de la Saône en surplomb du quartier de la Confluence.
Photo: Eléna Joly Les jardins de Fontanières, véritable lieu de nature en ville, sont implantés sur la balme de la Saône en surplomb du quartier de la Confluence.

Intriguée par ma lecture sur les jardins collectifs du Grand Lyon dans le livre Jardins en ville. Ville en jardins de Jacques Terrin, j’ai transmis une série de questions à Eléna Joly, une jeune amie lyonnaise, et lui ai demandé d’aller en visiter deux. Avec plaisir, elle s’est prêtée au jeu et a grandement aimé découvrir ces jardins inspirants et rencontrer les gens qui les animent. Ce texte est composé d’informations tirées du livre et de celles récoltées par Eléna.

L’îlot d’Amaranthes et l’association Brin d’« Guill’ »

Photo: Eléna Joly M. Maccallini paie 200 euros par mois pour 200 m2. Ce n’est pas si cher pour avoir le luxe d’aller dans un endroit pareil en plein Lyon.

La Guillotière est un quartier minéralisé et dense du centre-ville qui s’inscrivait dans un projet de renouvellement urbain qui ne s’est pas fait. Certains immeubles avaient été rasés et des squatteurs, expulsés. Les habitants du quartier y ont vu l’occasion de se réapproprier l’endroit.

La première action a été la création de l’îlot d’Amaranthes en 2003 par l’artiste Emmanuel Louisgrand. Au départ, le projet comprenait la serre, le potager, les arbres et la prairie. S’est ajouté récemment le jardin de Cluzan, consacré à la permaculture. Pourquoi ce nom donné à l’îlot ? Parce que M. Louisgrand y plante des amarantes, symbole de résistance, car le Roundup, herbicide controversé, ne les détruit pas.

En 2009, la gestion du jardin est remise à l’association Brin d’Guill’, qui signe une convention d’occupation de l’espace avec le Grand Lyon. La décision est alors prise de transformer ce jardin partagé en jardin collectif. On y cultive ensemble les arbres fruitiers, les légumes et les fleurs, qui sont partagés entre les gens présents le jour de la récolte.

En 2011, toutefois, le Grand Lyon lance un cycle de concertation, car il souhaite déplacer le jardin pour réaliser à cet endroit un projet d’urbanisme. Heureusement, grâce à une pétition de plus d’un millier de signatures, le jardin demeure à sa place.

Essentiel dans ce quartier, cet espace constitue un lieu de rencontre, d’actions festives, artistiques et jardinières. À preuve, au cours du passage d’Eléna, des grands-mères y sont venues manger du chocolat, trois itinérants sont passés prendre le thé et donner un coup de main et des gamins accompagnés de leurs parents couraient partout autour. Le jardin compte 75 adhérents et a un budget annuel de 30 000 euros (environ 43 000 $CAN) qui lui permet d’employer une personne. Le prix d’adhésion est seulement de 10 euros par famille par an, donc accessible à tous.

Les jardins de Fontanières à la Mulatière

Photo: Eléna Joly La création de l’îlot d’Amaranthes par l’artiste Emmanuel Louisgrand date de 2003.

Les jardins de Fontanières, véritable lieu de nature en ville, sont implantés sur la balme de la Saône en surplomb du quartier de la Confluence. Le site, de plus d’un hectare, a été préservé de l’urbanisation, au grand bonheur des jardiniers, car il est à risque pour les glissements de terrain.

Ici, les jardins s’inscrivent dans l’histoire du lieu. Ils font écho à un art de vivre en ville lancé par la noblesse aux XVIe et XVIIe siècles, qui construisait à proximité du centre-ville de belles demeures entourées de parcs. À l’origine, ces jardins étaient le verger-potager du château de la Retraite. Après la vente du château et l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale, l’emplacement fut transformé en jardins familiaux gérés par l’Oeuvre lyonnaise des jardins ouvriers.

Progressivement abandonnées à partir des années 1990, les parcelles de jardin, pour des raisons de sécurité, sont interdites d’accès. Ce n’est qu’en 2006 que le paysagiste et jardinier Frédéric Reynaud décide d’acquérir l’endroit afin de lui rendre sa vocation première. Les jardins, qui comptent 40 parcelles de terrain de 100 à 300 m2, sont gérés actuellement par la Société civile immobilière.

Chaque jardinier est locataire de sa parcelle et la cultive librement : légumes, fleurs ou simplement pelouse. Pour favoriser la convivialité, des espaces collectifs (verger, terrasse, prairie) ont été créés, qui sont entretenus par la communauté. Le jardin est privé, donc n’entre pas qui veut dans cet espace entouré de hauts murs. Néanmoins, notre chroniqueuse d’un jour, qui habite par hasard à côté du jardin, s’est souvenue que le concierge de son immeuble lui parlait souvent d’un endroit où il cultivait figues, cerises, tomates, haricots, patates… Elle le voit partir le dimanche vers midi et sort en courant pour lui demander s’il se rend à son jardin. La réponse est oui.

— Il est où, exactement, votre jardin, M. Maccallini ?

— Vers la Mulatière.

— Quoi ? C’est vrai ? Ne me dites pas que ça s’appelle les Fontanières.

— Si

— Vous m’emmenez avec vous ?

Photo: Eléna Joly Au départ, le projet de l’îlot d’Amaranthes comprenait la serre, le potager, les arbres et la prairie. S’est ajouté récemment le jardin de Cluzan, consacré à la permaculture.

Et c’est parti. L’endroit est magnifique, constate-t-elle. Chaque parcelle possède sa propre identité, et les différentes personnalités qui s’y expriment donnent un résultat harmonieux et poétique. La diversité des parcelles est amusante. En marchant un tout petit peu, on change complètement d’univers. Il y a aussi une belle place avec plein de ruches. Les familles rencontrées ce jour-là respiraient le bonheur. M. Maccallini paie 200 euros par mois pour 200 m2. Ce n’est pas si cher pour avoir le luxe d’aller dans un endroit pareil en plein Lyon, considère Eléna.

La communauté urbaine de Lyon compte 1 282 000 habitants sur un territoire de 51 500 hectares, dont la moitié est constituée d’espaces naturels et agricoles. Dès 1994, le Grand Lyon a intégré la protection de sa trame verte dans les différents documents d’urbanisme, tels le schéma de cohérence territoriale (Scot) Lyon 2030 et le plan local d’urbanisme (PLU).

En 2006 a été instaurée une politique nommée « Jardinons le Grand Lyon » pour accompagner les nouvelles dynamiques de jardins collectifs. Son objectif est le maintien des jardins collectifs existants, tout en favorisant l’intégration des initiatives émergentes dans l’aménagement urbain. Elle encourage également des pratiques respectueuses de l’environnement et exploite l’idée du jardin comme espace de rencontre.

Lyon possède une riche histoire de jardinage. Déjà, en 1896, on créait le Mouvement national des jardins ouvriers et, dès le début du XXe siècle, on développait des concepts de cités-jardins.

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Cet été, on voit la vie en vert à la Maison Saint-Gabriel

La Maison Saint-Gabriel, musée et site historique, propose aux passionnés du jardinage et de l’horticulture des conférences dans son jardin, recréé dans l’esprit du XVIIe siècle. Les conférences ont lieu chaque dimanche à midi, jusqu’au 11 septembre, et elles durent 60 minutes.

Ce dimanche 17 juillet, je donnerai une conférence intitulée « Verdir son univers ». Ce sera un plaisir pour moi de vous y rencontrer.

Le 24 juillet, Michel Durand, herboriste, parlera de la consoude, trésor des jardins.

Le 31 juillet, Sandra Barone, architecte paysagiste, partagera sa passion pour les graminées.

La Maison Saint-Gabriel est située au 2146, place Dublin, dans Pointe-Saint-Charles, à Montréal.

Dans la bibliothèque

Jardins
Ça pousse comment? Mon premier livre
Felicity Brooks
Illustrations: Rosalinde Bonnet
Édition Usborne
Royaume-Uni, 2016, 24 pages

Comment poussent les arbres ? Les plantes ? Les champignons ? Comment reconnaître les différentes espèces ? Amusant et instructif, ce livre a été conçu pour les jeunes enfants, qui prendront plaisir à découvrir cet univers, tout en complétant les dessins avec les autocollants. Un livre parfait pour les vacances d’été.

Au jardin cette semaine

Les jardins sont magnifiques et luxuriants grâce aux pluies abondantes que nous avons eues et à la chaleur qui favorise la croissance. Comme tout pousse rapidement, il ne faut pas oublier de palisser les grimpants et de tuteurer les vivaces dont les fleurs sont trop lourdes ou les tiges trop frêles. Certaines vivaces gagnent à être éclaircies pour diminuer les risques de maladies quand la touffe de leur feuillage est trop dense : l’aster, le delphinium, le lupin, la monarde didyma, le phlox et la verge d’or. Puis, avant le mois d’août, l’anthemis des teinturiers, la centaurée, le delphinium, l’échinops, le géranium, le lysimachia, la nepeta, la rudbeckie et la salvia peuvent être rabattus pour favoriser une deuxième floraison dans la saison.