Fonds d'investissement: La myopie des investisseurs

Le marché actuel fait vivre aux investisseurs de bien bons moments. Quand la Bourse progresse à un tel rythme, la pression se fait souvent sentir sur les conseillers pour que les portefeuilles suivent une croissance équivalente ou même supérieure à celle du marché. Aussi, concevoir un portefeuille équilibré, c'est-à-dire présent dans plusieurs catégories d'actif, qui réussit à surpasser la présente montée de l'indice boursier canadien, ressemble à une vaste illusion...

Prenons le cas d'un portefeuille modéré dont nous faisons état dans le livre Les 100 meilleurs fonds 2004. On y observe une bonne diversification basée à la fois sur la présence d'actions canadiennes et étrangères, d'obligations canadiennes ainsi que d'une petite partie destinée aux fonds de couverture et aux fiducies de revenu. Voici les huit fonds présents à l'intérieur du portefeuille modéré: Tricycle contrats à terme gérés (5 %), Mackenzie Cundill Canadien sécurité (15 %), Fidelity discipline actions (15 %), Mackenzie Ivy actions étrangères (15 %), Talvest Millénium revenu élevé (10 %), Fisq municipal-Profil Québec (20 %), Fisq coupon zéro-Profil Québec (10 %) et Trimark croissance Sélect (10 %).

Il s'agit d'un portefeuille conçu avant tout pour la croissance à long terme. Sur trois ans, il donne un rendement annualisé de 5,9 %, comparativement à -1 % pour l'indice de référence S&P/TSX. Mais sur un an, le portefeuille s'est apprécié de 9 %, comparativement à 26,7 % pour le S&P/TSX. Et c'est là le problème. Beaucoup d'investisseurs sont incapables de mettre en perspective ce genre de rendement et de garder le cap sur le long terme, à savoir la seule façon de juger correctement la performance des fonds ou des portefeuilles.

Ce type de comportement, axé sur l'analyse exclusive des rendements à court terme, s'appelle de la vision myope, dans le jargon du placement. La vision myope des investisseurs est tout simplement le fait de s'attarder aux fluctuations à court terme et d'être incapable d'adopter une vision globale à long terme.

Cette approche de placement chavire les investisseurs: ils vivent une gamme d'émotions évoluant selon la direction des cycles boursiers. Lorsque les marchés sont en forte hausse, l'euphorie apparaît; si les marchés se dirigent à la baisse, c'est la déprime qui domine.

On est donc loin de l'harmonie émotionnelle. Et l'investisseur qui adopte cette position est généralement enclin à transiger plus souvent. Concrètement, dans le contexte actuel, qui en est un de forte hausse boursière, l'investisseur myope a tendance à oublier ses objectifs initiaux et à se départir de ses actifs financiers moins performants afin d'acquérir les «meilleurs» du moment. Et, de ce temps-ci, quels sont les «meilleurs» du moment? Les fonds de métaux précieux, de ressources naturelles et de titres technologiques, tous des secteurs très chauds... et qu'il faut aborder avec la plus grande réserve.

Le portefeuille équilibré adapté à vos besoins, celui qui vous permet de dormir sur vos deux oreilles, demeure toujours à privilégier dans le contexte actuel de croissance boursière.

Un argument de taille

Un bon argument en faveur du portefeuille équilibré peut tout simplement venir du raisonnement mathématique suivant: lorsqu'un actif subit une baisse, rattraper les pertes nécessite une hausse plus grande que le recul subi. Un exemple: pour un portefeuille ayant subi une perte de 40 % — ce qui n'a pas été rare pour les portefeuilles qui possédaient un peu trop de techno — la hausse nécessaire afin de recréer le capital initial est de 66,7 %. En supposant une croissance de 8 % par année, rattraper le terrain perdu exige une période de plus de six ans.

Pour le portefeuille modéré, la pire performance sur un an au cours des trois dernières années a été de -4,7 %. Récupérer une telle perte n'exige qu'une hausse de 4,9 %.

Le marché boursier demeure entouré d'incertitudes, et le niveau de valorisation de plusieurs titres n'est tout simplement plus intéressant. Si l'on veut bien tenir compte de ces paramètres, la constitution d'un portefeuille équilibré, qui ne bat pas le marché boursier haussier sur de courtes périodes, est le meilleur choix qui soit.

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.