Technologie: Un patrimoine technologique à laisser en héritage

De nombreux établissements d'enseignement et de haut savoir voient leurs factures de logiciels propriétaires grever lourdement leurs budgets. Nombreux sont ceux qui ont dû faire face à des augmentations inattendues des coûts de certaines licences. Nous avons d'ailleurs vu la semaine dernière que l'école La Magdeleine, de La Prairie, a dû prendre le taureau par les cornes et faire preuve d'imagination pour composer avec les budgets actuels. Le projet MILLE poursuit plus loin l'expérience réalisée par l'école La Magdeleine en créant un patrimoine technologique à code source libre à être légué par la suite aux écoles et aux commissions scolaires du Québec.

Face à des budgets qui rapetissent comme peau de chagrin, le logiciel libre se veut un choix sensé pour le monde de l'éducation. En unissant leurs forces et en réalisant le projet MILLE, trois commissions scolaires québécoises, la Société GRICS, RESCOL, le ministère de l'Éducation du Québec, le cégep Montmorency et le CRIM veulent évaluer si le logiciel libre peut être un choix viable et économiquement avantageux.

Diminuer les coûts

Conscients de cette nouvelle donne, les partenaires du projet MILLE verront à valider s'il est possible de réduire sensiblement les coûts d'acquisition et de maintenance des infrastructures matérielles et logicielles, tout en diminuant ceux reliés au développement et à la maintenance des services. La solution préconisée: utiliser le logiciel libre et développer une plate-forme informatique destinée à favoriser la diffusion du savoir, le travail coopératif ainsi que le soutien à l'enseignement.

S'appuyant sur ces prémisses, tous ces partenaires se sont réunis pour travailler à la réalisation du projet MILLE (Modèle d'infrastructure de logiciel libre en éducation), un projet qui, dans sa finalité, devrait permettre à tous les intervenants du milieu scolaire de réduire sensiblement leurs frais liés à l'acquisition de logiciels, tout en permettant la réutilisation de matériels informatiques «désuets».

Concrètement, le projet MILLE permettra de construire une infrastructure logicielle complète, depuis les postes de travail individuels jusqu'aux infrastructures communes («middleware») et d'offrir des services accessibles à toute la communauté par l'entremise d'un portail en n'utilisant que du logiciel libre. C'est ainsi que l'envisage Louis Fortier, directeur de l'équipe Développement et transfert technologique du CRIM, un des acteurs importants du projet.

Faire autrement

«Les commissions scolaires ont subi et subissent encore plusieurs réductions de budgets», déclare Louis Fortier. Or, face aux augmentations des coûts de licence de progiciels, l'instigateur de cette belle aventure, René Marquis, directeur de l'informatique à la Commission scolaire de Laval, croit possible de faire les choses autrement et de construire une infrastructure logicielle basée entièrement sur le logiciel libre. Et surtout, de pouvoir la partager et la faire évoluer avec d'autres partenaires.

Par exemple, il fallait résoudre la question du déploiement de Linux, un système d'exploitation, en français, conçu spécifiquement pour le monde de l'éducation, sur tous les postes de travail, en plus des ordinateurs à la maison. Les partenaires originaux se sont alors tournés vers les créateurs de la seule distribution québécoise, ÉduLinux, un projet cautionné par l'Université de Sherbrooke. «Ce partenariat avec l'équipe d'ÉduLinux nous permet ainsi d'acquérir un savoir et d'offrir une solution adaptée au contexte québécois», explique Louis Fortier.

De plus, la réalisation d'une telle distribution permettra d'étirer le cycle de vie des ordinateurs d'au moins deux ans, sinon plus. «Nous travaillons même à la conception d'une distribution qui permettra de pouvoir utiliser des ordinateurs sans aucune pièce mobile [disque dur, lecteur CD-ROM, etc.] pour les transformer en terminaux de travail.» Et c'est ici que l'apport du CRIM prend toute son importance.

En effet, en plus de valider toutes les étapes du projet, le CRIM, conjointement avec les commissions scolaires, mettra en commun les expertises sur les réseaux à large bande afin de valider en essai pilote les solutions développées sur des réseaux à haute vitesse. À terme, grâce à son infrastructure, le projet MILLE devrait être un important moteur d'accroissement des réseaux à haut débit.

Mais les retombées ne seront pas que matérielles. Tous les intervenants concernés par le milieu de l'éducation pourront compter sur une infrastructure propice à relever les enjeux les plus importants du monde de l'éducation. Selon les partenaires, le projet MILLE devrait favoriser les résultats suivants :
- augmenter la qualité et la diversité des services et des contenus offerts aux professeurs et aux élèves, et ce, à moindre coût;
- accroître l'accès aux services pour les utilisateurs (enseignants, élèves, parents, gestionnaires);
- réduire les coûts de gestion d'un parc informatique;
- accélérer l'implantation des technologies en milieu scolaire;
- favoriser l'innovation dans le développement des services pédagogiques et de soutien à l'enseignement;
- encourager l'émergence d'une culture de partage pour la mise en commun de services de soutien à l'enseignement et de services pédagogiques;
- catalyser le déploiement d'une industrie autour du logiciel libre;
- publier des articles, en français et en anglais, sur la technologie et son utilisation en milieu scolaire;
- accroître la notoriété du Québec et du Canada quant à l'utilisation des TI, en particulier pour l'utilisation des logiciels libres en milieu scolaire.

Bénéficiant d'un budget initial d'un million de dollars, les partenaires du projet MILLE préconisent toutefois la contribution d'autres établissements prêts à participer à la réalisation de ce projet. Ainsi, le cégep Montmorency s'est joint en cours de route au consortium et participera à l'adaptation du modèle au contexte collégial.

Deuxième phase

Jusqu'ici, le projet va bon train. Les partenaires ont déjà dévoilé un rapport d'étape comprenant un inventaire complet de tous les logiciels libres pertinents pour la réalisation du projet ainsi que la description de toutes les licences utiles. La prochaine phase portera sur le déploiement d'une infrastructure entièrement conçue en logiciel libre.

Pour Louis Fortier, «cette phase est essentielle, primordiale même, car elle nous permettra de valider, à une plus large échelle, le déploiement d'une infrastructure importante. Les observations faites par les usagers nous permettront de corriger les quelques failles qui auraient pu se glisser tout au long du projet. Une fois cette phase complétée, nous serons ainsi en mesure de prouver hors de tout doute qu'il est possible et économiquement viable de déployer une infrastructure complète avec le logiciel libre. D'ailleurs, en collaboration avec le Conseil du trésor, nous avons mandaté une équipe de l'école des Hautes Études Commerciales (HEC) qui aura comme mission de valider ces hypothèses économiques et de remettre à terme un rapport.»

C'est ainsi que dans un proche avenir des dizaines de milliers de postes de travail pourraient migrer vers le système d'exploitation Linux. De plus, ces postes seront enrichis d'un florilège d'applications diverses, telles que des suites bureautiques et plusieurs outils logiciels, tous issus du logiciel libre. Un formidable défi pour tous les partenaires du projet MILLE, qui devraient ainsi valider l'affirmation selon laquelle il est possible, viable et avantageux d'implanter une infrastructure logicielle à l'école basée sur des logiciels libres.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.