Le Brexit, vu par les Fonds négociés en Bourse

Les marchés ont récupéré depuis l’onde de choc ayant suivi le vote britannique. Cela dit, le risque d’une répétition de la crise de 2008 n’est pas écarté pour autant. Le gel de l’actif de six fonds immobiliers britanniques rappelle à plusieurs la crise des subprimes et l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, survenus un an avant la crise financière de 2008.

Le parallèle reste encore ténu. Le Brexit n’est pas un nouveau Lehman Brothers, pouvait-on lire. Ou encore le Brexit est un Lehman politique, et non financier. Les observateurs concèdent toutefois que ce gel et la dévaluation moyenne de 15 % de l’actif demeurent associés à la bulle immobilière de Londres. Là où le prix moyen dépasse de 54 % le pic d’avant-crise de 2008, une bulle alimentée par le recyclage de l’argent venant de l’évasion fiscale. En 2008, le choc avait pris la forme d’une crise de liquidité dans un système bancaire paniqué par la faillite de Lehman Brothers donnée en pâture afin de servir d’exemple. Un choc nourri par l’éclatement de la bulle immobilière, dont l’effet de contagion est venu de produits dérivés toxiques mal connus des institutionnels et de la présence d’un levier démesuré.

Sur le marché des fonds négociés en Bourse (FNB), qui se veut très sensible et en réaction quasi simultanée aux renversements soudains de tendance, les investisseurs se sont rapidement tenus sur la défensive. Déjà, dans l’anticipation d’un vote favorable au Remain, mais à des fins de couverture contre un risque de vote contraire, les FNB vendant à découvert la livre sterling attiraient le plus de capitaux dans les jours précédant le vote. Depuis, les grands perdants sont les FNB exposés directement à la monnaie britannique (-10 %). Les portefeuilles ou fonds indiciels composés d’entreprises britanniques affichent, pour leur part, des reculs oscillant entre 10 et 17 %, comparables aux FNB exposés au secteur financier britannique (-16 %).

Suivent les économies périphériques. Les FNB exposés à la Grèce, à l’Italie et à l’Espagne reculent d’environ 15 %, en moyenne.

Abri sûr

À l’opposé, dans la liste des FNB se proposant en abri sûr, il y a ceux s’alimentant d’une ruée sur les emprunts d’État allemands, suisses ou français. Mais les meilleurs affichaient une exposition aux bons du Trésor américain, à l’indice de volatilité du S&P 500 VIX et à l’immobilier américain. « Les financiers à la recherche de placements sûrs se ruent sur les emprunts d’État allemands, suisses ou français, dont les taux s’effondrent. La livre sterling est au plus bas depuis 1985. La descente aux enfers des valeurs bancaires n’en finit plus », pouvait-on lire dans le quotidien Le Monde.

Pour l’heure, les investisseurs ne font pas encore pleinement la distinction, parmi les portefeuilles exposés aux entreprises ou aux indices de référence britanniques, entre ces multinationales mondiales, davantage liées aux États-Unis, et les autres, plus sensibles aux aléas de l’économie nationale. « Des secteurs comme les voyages, la mode, la décoration, le bricolage et la distribution sont particulièrement vulnérables à une réduction des dépenses des consommateurs », a énuméré le GFK, dont l’indice de confiance des consommateurs britanniques affichait une chute après le vote référendaire à un rythme jamais vu depuis 21 ans.

Se greffe à ce post-Brexit l’effet d’un « renforcement du dollar américain, perçu comme une mauvaise nouvelle pour les actions mondiales, puisque nous nous attendons à un resserrement des conditions financières », disait la semaine dernière la Banque Nationale. Vulnérabilité des bénéfices des entreprises américaines à une appréciation du dollar américain, sensibilité des marchés émergents en raison du poids de la dette libellée dans cette devise…

Mais plus encore, le secteur bancaire inquiète, l’incertitude découlant du Brexit ne faisant qu’exacerber une sensation de fragilité sous-jacente. Il y a ces FNB tournés vers les secteurs financiers dominant le classement des perdants. À l’inverse, ceux vendant à découvert l’indice S&P 500 affichent depuis peu des rendements variant entre 2 et 7 %, une réaction visant la composante financière de l’indice, soutiennent des analystes.

« L’inquiétante faiblesse des banques italiennes » et les risques que les taux bas et négatifs peuvent engendrer à moyen terme nous ramènent au parallèle avec 2008. C’est une bombe à retardement. Si les taux négatifs s’installent trop longtemps, ils pourraient alimenter des bulles et affaiblir le secteur bancaire, a ajouté Le Monde.

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3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 9 juillet 2016 09 h 17

    Dominer le monde quel rêve fou

    la Bourse est une facon de faire et une méthode , il reste a voir jusqu'ou on peut en modidier les paradygmes sans qu'elle s'écroule, si en 2008 les américains n'avaient pas avancer les milles milliards avec la complicité des chinois que serait-il arriver de la bourse et de l'économie mondiale, ne plus avoir d'outils pour s'administrer , c'est prendre beaucoup de risques , actuellement c'est Londres qui en quelque sorte prend ce risque, c'est faire courrir beaucoup de risques au monde ca pris plusieurs sciècle pour construire cette outils, je ne crois pas que l'on peut le modifier facilement, malgré que plusieurs aimeraient bien en changer, plus l'outils est complexe, plus les risques sont grands , voila ce que les chinois ont compris en 2008, les pays qui me font le plus peur ce sont les pays du pétrole qui rêvent de dominer le monde

  • Gilles Gagné - Abonné 9 juillet 2016 10 h 38

    Si la bulle immobilière de Londre est alimentée par le recyclage de l’argent venant de l’évasion fiscale est-ce là une belle revanche contre ces profiteurs du système lorsqu'elle éclatera? souhaitons que les fnb baissiers de ce secteur auront été privilégiés par le petit investisseur.

  • René Racine - Abonné 10 juillet 2016 08 h 32

    Faire peur et s'enrichir

    C'est quand il y a tempête sur les marchés qu'il faut investir (Warren Buffett). Le 8 juillet, Wall Street est à un sommet de l'année. L'indice vedette Dow Jones est à un niveau de 18 146,74 points. Faire peur est toujours la recette gagnante pour s'enrichir au dépend de ceux qui vendent en état de panique.

    Wall Street a fortement monté vendredi, les investisseurs mettant fin à une période hésitante à la faveur de chiffres bien meilleurs que prévu sur l'emploi américain en juin: le Dow Jones a gagné 1,4% , pris 250,86 points à 18 146,74 points et le Nasdaq 1,6%.