Vins d’Autriche: un secret à ne pas ébruiter! (1)

Vignoble installé aux abords du Danube, en Autriche
Photo: Leon’s Box Vignoble installé aux abords du Danube, en Autriche

L’Autriche. Par où commencer ? Par le sexy lederhose, la sulfureuse Mélodie du bonheur de Robert Wise, l’exquis sachertorte de chez Demal à Vienne ou le « suprêmissime » verre Zalto soufflé à la bouche de la collection Denk’Art ?

En imaginant que vous ayez déjà, respectivement, enfilé le fameux short tyrolien en cuir avant de vous caler ensuite devant votre poste en regardant le film qui a propulsé Julie Andrews en 1965 pour ensuite vous régaler d’un morceau de gâteau élaboré par Franz Sacher pour le compte du prince Klemens Wenzel von Metternich, le tout accompagné bien sûr d’un trait de trockenbeerenauslese d’Alois Kracher mouillant de ses larmes édulcorées les parois hyperfines du cristal sans plomb du Zalto en question, eh bien, je vois mal par où commencer autrement.

Commençons tout de même par ce fameux Zalto*. Il résume à lui seul tout l’esprit autrichien. Fierté, droiture, autorité, transparence, rigueur, intégrité, performance, exigence et discipline. Dis-moi dans quel verre tu bois et je te dirai qui tu es. On se rapproche ici de l’implacable mécanique allemande, une note lyrique en plus. Un verre qui chante le vin comme Karina Gauvin enchante une oreille déjà conquise à Mozart. Zalto comme dans salto arrière tant votre langue, par une gymnastique à foutre le vertige à vos 100 000 bourgeons gustatifs, trouve à rebondir, pour ne pas dire à s’ébaubir.

Photo: Zalto Le Zalto universel soufflé à la bouche est d’une lucidité qui laisse bouche bée !

La métaphore n’est pas tirée par les cheveux, si vous me passer l’expression. Seulement lorsque l’on m’a servi le Grüner Veltliner Smaragd Loibner Steinertal 2010 de chez F.X. Pichler lors de la 10e édition du VieVinum, qui avait lieu au coeur de Vienne en juin dernier (et où on m’avait gentiment invité), j’ai senti que verre et vin étaient indissociables. Un peu comme le Parti québécois et l’article 1 de son programme, mais avec nettement plus de magie sur le plan de la conviction. Du coup, je me suis dit que je connaissais très mal les vins d’Autriche. Et vous ?

Il était temps

Dire de la production autrichienne qu’elle est aussi peu connue que le cépage pucelle noire de la Transylvanie ou que le bermejuela des îles Canaries est un euphémisme. Comment voulez-vous qu’avec une production de seulement 47 100 hectares principalement bue par les Allemands et les Suisses — comme nous l’apprend l’auteur Stephen Brook dans son plus récent The wines of Austria —, comment voulez-vous, dis-je, que les meilleurs vins du pays de Gustav Klimt parviennent jusqu’à nos verres, même à moutarde ? Au dernier décompte, la SAQ proposait 44 références autrichiennes contre plus de 1000 pour le bordelais. Normal, sans doute, quand l’on pense que le vignoble girondin compte à lui seul un peu plus de la moitié de surface de vignoble en plus. Mais quand même.

Pour tout dire, il était temps d’y mettre les pieds, le nez, les lèvres, alouette. Même si je n’ai foulé aucun vignoble. Une prochaine fois, c’est promis. Les mauvaises langues diront que le scandale lié au diéthylène glycol en 1985, et qui n’avait incriminé qu’une infime portion de producteurs — dont quatre seulement furent emprisonnés —, aura donné le coup de grâce à une jeune industrie. Mais voilà, l’Austrian Wine Marketing Board, qui avait été mis en place l’année suivante (1986), allait faire de l’Autriche le pays affichant les normes les plus strictes en la matière, en Europe ou ailleurs. Rigueur, intégrité et discipline, dites-vous ?

C’est le sommelier québécois Alain Bélanger qui m’avait mis sur la piste, il y a bien plus de 10 ans maintenant, du potentiel autrichien. Il me parlait alors de Gemischter Satz (vendange issue de cépages complantés, spécialité viennoise), de Smaragd (style de vin sec de la Wachau à la fois dense, profond et concentré), de DAC (pour Districtus Austriae Controllatus, l’équivalent des appellations contrôlées) ou encore de Steinfelder (vins légers, primeurs et friands de la Wachau, à boire sans réserve dans les vinothek) tout en se faisant un plaisir d’importer chez nous les meilleurs.

Cela, à une époque où tout le monde n’en avait que pour les vins de la Maremma italienne, les bordeaux parkérisés ou les priorat d’Alvaro Palacios, tout juste avant le déferlement de la vague de vins orange. Aujourd’hui, comme j’ai pu le constater sur place, à Vienne où le grüner veltliner fait partie du petit lait quotidien au même titre que le wienerschnitzel (escalope panée), avec lequel la complicité est tout simplement diabolique, restaurateurs, importateurs, sommeliers, journalistes et producteurs de vins allemands (incognito !) se bousculent pour rattraper le temps perdu. Même s’ils tentent vainement de ne pas ébruiter l’affaire ! Car, faut-il le souligner, les vins sont rares et les prix grimpent. Normal.

Profil des vins

Photo: Leon’s Box Vignoble installé aux abords du Danube, en Autriche

Histoire de s’y retrouver, l’Autriche viticole se décline principalement en quatre zones (Niederösterreich, Burgenland, Steiermark et Vienne) et de nombreuses sous-zones, où 35 cépages réglementés peuvent se prévaloir de la mention Qualitätswein pour autant qu’ils justifient un minimum de 9 % d’alcool par volume et, bien sûr, qu’ils proviennent desdites zones de production.

Les taux de sucres à la vendange, regroupés sous la mention KMW (pour Klosterneuburg Mostwaage), légitiment par la suite, sous la bannière Prädikastswein, des jus qui n’ont droit à aucune chaptalisation. Sans vouloir vous agacer avec les détails, disons qu’un niveau Spätlese doit concentrer un moût de 19 KMW alors qu’à l’autre bout du spectre, l’insoutenable monument TBA (pour Trockenbeerenauslese) flirte pour sa part avec un minimum de 30 KMW. Dans la grande majorité des cas, la version Trocken prédomine avec un maximum de 9 grammes par litre de sucres résiduels, le tout « aiguisé »d’une acidité qui vous rive à votre verre.

Un dernier mot enfin sur les deux principaux cépages, avant d’approfondir plus avant le sujet, la semaine prochaine ici même dans cette chronique, avec mes coups de coeur de la production actuelle. L’Autriche est majoritairement « blanche » avec le grüner veltliner qui, bien qu’en recul, avec – 22,66 % de surfaces plantées (soit 13 518 hectares) pour la période 1999-2009, n’en représente pas moins 45 % de l’ensemble de la totalité des blancs produits. Quant aux rouges, c’est le sweigelt, en hausse lui de près de 49 %, qui est majoritairement planté (6476 hectares), totalisant pour sa part 41 % de la production. Dans les deux cas, les vins sont élancés, expressifs, vibrants et d’un fruité qui ne manque ni d’éclat ni d’audace.
 

* En vente à Montréal et à Québec chez Vinum Design. Réclamez-vous des Amis du vin du Devoir.

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