«Queer» platonique tendance bi curieuse

Notre PM canadien, Justin Trudeau, dans un geste historique et politique pour les LBGTQ2 à la Gay Pride de Toronto, dimanche dernier. Ses gardes du corps ont travaillé fort.
Photo: Mark Blinch La Presse canadienne Notre PM canadien, Justin Trudeau, dans un geste historique et politique pour les LBGTQ2 à la Gay Pride de Toronto, dimanche dernier. Ses gardes du corps ont travaillé fort.

Sur ma bucket list (tu sais, ces choses que tu rêves de faire avant de mourir et qui arrivent trop tard dans le générique ?), il y a un french avec Coeur de pirate. Avec mon aide médicale à mourir, je voudrais ajouter ce baiser français dans la colonne « anesthésie et autres mignardises ». Je suis certaine qu’elle goûte la fraise des champs. J’en ai cueilli cette semaine en allant au ruisseau ; c’est long en bouche, ça tache un peu les doigts, ça fait plein de jolis petits tatouages rouges dans le champ. Et on entend le ruisseau murmurer, au loin, l’air de Donne-moi ta bouche du très regretté Pierre Lalonde.

Pour revenir à nos fantasmes, j’en ai aussi un autre qui ne risque pas de se réaliser ; la bromance entre Justin Trudeau et Barack Obama m’a pour le moins émoustillé le libre-échange la semaine dernière. Ce doit être le vin rosé ou la présence de Justin au Gay Pride de dimanche à Toronto. Il avait l’air de follement vivre sa gaieté en chemise de lin rose froissée. On devinait la sueur Givenchy et les phéromones en vente libre, comme la mari.

Photo: Mark Blinch La Presse canadienne Notre PM canadien, Justin Trudeau, dans un geste historique et politique pour les LBGTQ2 à la Gay Pride de Toronto, dimanche dernier. Ses gardes du corps ont travaillé fort.

Cet été sera sexuel ou ne sera pas. Je me tâte la direction assistée depuis la déclaration-choc de Béatrice-Coeur de queer sur sa non-appartenance à un genre ou à une orientation sexuelle définie ; je me sens comme une boussole en présence d’un aimant. On dit a-genre et non binaire chez les gens à la page dans leur lexicologie pansexuelle. Et le Canada, à l’instar de trois autres pays (Nouvelle-Zélande, Australie et… Népal !), s’apprête à étudier la possibilité d’ajouter le genre « neutre » sur les passeports. Sérieux !

Photo: Valery Hache Agence France-Presse Cœur de pirate alias Cœur de «queer»

Je peux comprendre, parce que les étiquettes sont tellement multiples qu’on n’a qu’une seule envie : se mettre au neutre. Et pour une femme, c’est un bonus instantané de 20 % sur le salaire puisque tu n’appartiens plus au sexe faible. Tu es plus susceptible d’accéder aux postes mieux rémunérés et de faire sauter le plafond de verre.

LBGTQQIAAP2

Pour une « hétéro » officielle comme moi qui a déjà enjambé la clôture quelques fois, il y a heureusement tout un choix d’étiquettes néo-branchées qui me permettent de mieux définir l’insondable, soit la nature rebelle et insaisissable du désir qui ressemble à Black, l’étalon noir (modèle hongre disponible). Je serais peut-être bi curieuse et je me revendique aussi du-de-la-des queers platoniques, ce qui n’engage vraiment, mais strictement, à rien puisque cela revient à pratiquer in absentia le non-genre et la non-orientation. Comprenne qui pourra.

Depuis trois semaines, je me dépatouille dans des acronymes à la fois complexes et divertissants. Chaque réunion entre amis, gais ou pas, s’est terminée par des aveux (faut parfois savoir lire dans les silences) assortis de multiples points d’????????.

WT-LBGTQ2 ? Ça, c’est pour faire plus court, car on devrait plutôt dire What The-LBGTQQIAAP2 ?, soit lesbienne-bi-gai-trans-queer-en questionnement-intersexe-asexuel-allié-pansexuel-2.

Intersexe fait référence aux hermaphrodites, alliés, aux hétéros qui vont dans les défilés gay pride, comme Justin (à moins que…), pansexuels, ceux qui sont à tout et à toi, et 2, les « two-spirit », les autochtones gais qui portent les deux esprits en eux. C’est un peu abrégé, mais mon job consiste à synthétiser pour les straights.

Les choix sentimentaux comme les choix professionnels sont moins définitifs qu’autrefois

 

J’ai aussi découvert une foule d’autres termes qui vont ajouter des lettres à l’acronyme et le faire ressembler à un mot de passe. Les aromantiques n’ont pas d’attirance sentimentale (les fuckfriends, disons), les graysexuels naviguent entre le sexe et le sans sexe (j’en connais pas mal), les lithromantiques (eux, ils tripent sur la non-réciprocité, ça fait de belles chansons d’amour), les skoliosexuels (attirés par les non-binaires, ça fait de bons scénarios dignes de Xavier, ou de Woody aussi).

Dire qu’on pourrait tous se sauter dessus sans se poser toutes ces questions existentielles aussi stériles que débandantes. Car, qu’on se le dise une fois pour toutes, l’amour carbure au mystère.

À voile et à vapeur

La navigation de plaisance n’existe pas d’hier et, n’en déplaise à Coeur de (dont on apprenait cette semaine qu’elle palpitait pour la chanteuse transgenre Laura Jane Grace), on swinguait des deux bords, à voile et à vapeur, bien avant qu’on invente les mots bi, pan ou queer. Richard Coeur de Lion, roi des croisades et le fantasme de ces dames, était amoureux — dit-on — du roi de France, Philippe Auguste. Il faut rappeler qu’en ces temps féodaux, les chevaliers se frenchaient à bouche que veux-tu et pratiquaient le câlin extrême tandis que leur dame cherchait frénétiquement la clé de leur ceinture de chasteté. « C’est ainsi qu’après une longue séparation, les chevaliers amis se jettent l’un vers l’autre avec des larmes d’allégresse et « moult se baisent » en se roulant ensemble dans l’herbe fraîche », relate l’auteur français Jean-Luc Hennig dans Bi, un ouvrage qui date de 20 ans et porterait le titre de « LBGTQ2 » aujourd’hui. Hennig, que j’ai déjà eu le bonheur de rencontrer et d’interviewer, y relate son inclination pour les hommes bis. Rien n’est simple et je ne sais comment on qualifie ce type d’homosexualité. « Ils — les bis — font accéder l’un à l’autre la femme qui aime les hommes et l’homme qui n’aime pas les femmes », nous raconte Hennig, dont le délicieux bouquin demeure toujours d’actualité malgré son titre vintage.

Pour ma part, je suis hétérosexuel. Mais il faut le reconnaître, le bisexuel a deux fois plus de chances le samedi soir.

 

Quant à moi, je suis fille de Colette, dont les expériences saphiques découlent de son « hermaphrodisme mental » (dixit une bio de Julia Kristeva qui s’attarde à sa bisexualité) et d’Anaïs Nin, qui m’ont toutes deux révélée à ma sensualité profonde, à mon épiderme sensible et à ce délicieux flou artistique non binaire dont nous sommes tous un peu les enfants de bohème, selon l’échelle de Kinsey. Bien sûr que les petites cases rassurent. Mais dans l’action, m’expliquait un ex-bi qui ne détestait pas les attroupements, on ne sait plus qui est qui. Je l’ai cru sur parole.

En ce qui me concerne, je ne suis pas un sexe ; je suis l’origine du monde. Et cela me suffit amplement comme mystère et case départ.

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Aimé  le roman Vi de Kim Thúy, une pause (et une prose) sensuelle et une parenthèse bienvenue avec la moiteur de l’été qui s’installe. Le rapport avec les bis, les tris ou les pans ? Aucun. Si ce n’est que les deux livres sur mon bureau portent les titres de Bi et de Vi. J’apprécie cette simplicité. « Vi » veut dire « précieuse minuscule microscopique » en vietnamien.

 

Écouté  une émission d’une heure sur France Culture (Une vie, une oeuvre) sur le journaliste Guy Hocquenghem, un trotskiste qui a beaucoup milité durant les années 1970, notamment au sein d’une gauche qui défendait les droits des Noirs ou des femmes, mais pas ceux des homosexuels. Hocquenghem refusait d’être étiqueté homosexuel et en faisait une lutte de classes où les rôles sexuels sont imposés par la bourgeoisie. « La société doit classer pour régner, identifier pour opprimer. Nous ne pourrons jamais nous figer. Désormais, tout rôle nous répugne », écrivait-il. À écouter, pour remonter aux origines du mouvement Q.

   

Trouvé une foule d’explications sur les nouvelles identités sexuelles et romantiques ici.

 

Noté que la Cinémathèque québécoise présentait son cycle érotique depuis hier jusqu’au 31 août. Des films anciens (Bilitis, Le dernier tango à Paris, Les onze mille verges, Deux femmes en or) aux plus récents (La vie d’Adèle, Les amours imaginaires), la programmation d’une centaine d’oeuvres internationales aborde la sexualité sous tous les angles. À voir ou à revoir.

Le goût des merveilles

Fascinant. Ça n’explique pas ce que sont les bis curieux, des hétéros qui vont naviguer de l’autre côté par curiosité. Chez les femmes, 60 % seraient attirées par d’autres femmes et 45 % en auraient embrassé une autre. Parler du syndrome d’Asperger en des termes romantiques ? Pourquoi pas ? C’est le défi relevé avec brio par Éric Besnard, le réalisateur du film Le goût des merveilles. Louise et Pierre (Virginie Efira et Benjamin Lavernhe) se rencontrent là où ils n’auraient jamais dû le faire et leurs chemins s’entrecroisent là où on ne s’y attendait pas non plus. Cette comédie romantique, même si elle est parfois tirée par les cheveux, respire la Provence et les odeurs de poires sous une lumière avantageuse. On fait dans le détail. J’ai aimé cette vision de Pierre sur les merveilles à portée de regard. La beauté est dans l’oeil de celui qui… Un film inspiré par une vraie fée et qui change des blockbusters de l’été. En salle aujourd’hui.
6 commentaires
  • Bernard Lavertu - Abonné 8 juillet 2016 05 h 48

    Plaisir à lire ce texte... Franchement !

    J'aime les nuances des images que vous utilisez. La confusion des genres. Tous les genres de confusion.

    Merci. Ce fouilli me rassure.

  • David Cormier - Abonné 8 juillet 2016 08 h 59

    Qu'apportez-vous au juste pour éclaircir ces questions?

    Beau ramassis de n'importe quoi, comme souvent dans vos billets de chroniqueuse en mal d'attention.

    Vous n'avez même pas réussi à nous expliquer clairement ce que Coeur de pirate a tenté de nous dire en faisant sa soi-disant "sortie du placard". D'ailleurs, je n'ai encore entendu ni lu personne qui a été capable de m'expliquer clairement ce que cette étiquette "Queer" soudainement en vogue signifie. Le seul début d'explication que j'ai réussis à avoir, c'est celle de Judith Lussier au micro d'Alain Gravel qui nous expliquait que le terme "Queer" désigne un mouvement académique et politique (http://ici.radio-canada.ca/emissions/gravel_le_mat Ainsi, Mme de Pirate aurait décidé d'adhérer à un mouvement? Grosse nouvelle!

    Mme de Pirate n'est ni lesbienne, ni bi, ni hétéro. Qu'est-elle alors? Peut-être un peu tout ça à la fois. Elle serait attirée par les "humains". S'agit-il là d'une nouvelle d'intérêt public? Ainsi, on a peine à comprendre ce qu'elle a voulu nous dire et en quoi cela est censé nous intéresser, mais les médias - pour faire jeune et branché - tiennent absolument à nous casser les oreilles avec cette "nouvelle" sans apporter le moindre éclaircissement et nous enfoncent dans la tête une nouvelles catégorisation des humains selon des étiquettes sexuelles tendances. Faut-il nécessairement classer tous les êtres humains ainsi selon leurs attirances sexuelles, même les plus pointues : aromantiques, graysexuels, lithromantiques, skoliosexuels, et quoi encore?

    Oui, cet été sera sexuel, et notre avenir aussi. Pour ma part, je ne vois aucune raison de m'en réjouir avec la même jovialité mièvre que vous et votre beau Justin Trudeau.

  • Denis Paquette - Abonné 8 juillet 2016 09 h 47

    Ho! que votre phrase en conclusion est belle, pouquoi ne pas parler du désir a la place de l'orientation sexuelle, qui peut etre fougueux comme un jeune veau a la têtée ou se faire attendre le moment venu, désiréer a en mourir et etre une momie égyptienne le moment venu, a l'époque on parlait d'amour comme d'un mystère et je ne suis pas loin d'y croire, meme si je suis un parfait athé, enfin sei les phéromones s'en mêlent, je suis depuis plusieurs années un impuissant de la science, mais toujours je me souviendrai du sourire de mon spécialiste qui un jour me dit tout bonnement vous savez la science a beaucoup évoluée , si jamais vous aviez un gros béguin pour quelqu'un, faite m'en part , je pense que je pourrais vous aider, ce jour la je compris que nous sommes que des sortes de petites usines chimiques, je compris que l'on n'envoie pas des gens sur la lune sans s'occuper de ces choses la

  • Pierre Robineault - Abonné 8 juillet 2016 10 h 46

    Quel grand plaisir!

    Pour vous dire l'immense plaisir que j'ai ressenti à vous lire ce matin. Et comme vous n'êtes surtout pas rébarbative au bilinguisme non-sexuel, permettez que j'ajoute que You made my day! Vous l'étiez déjà mais là vous m'êtes davantage précieuse, au sens premier de ce qualificatif bien entendu.
    Et s'il-vous-plaît, vivez longtemps!

  • Marie-Claire Plourde - Inscrite 8 juillet 2016 13 h 09

    La différence est une richesse!!!

    Pour moi l’asexualité est une orientation sexuelle comme les autres, même s’il est parfois nécessaire de préciser une orientation sentimentale (homo, hétéro ou bi). Je pense que j’ai toujours été comme ça et je ne vois pas de raisons pour que cela change, même si je ne pense pas que cela soit impossible. En fait je ne crois pas que les attirances et les orientations soient aussi clairement définies qu’on le pense dans notre société. Pour moi il y a une certaine pression plus ou moins consciente de la part de la société qui nous pousse à nous ranger dans une case, dans un modèle, car ça facilite les relations humaines au quotidien. Je ne dirais pas que l’on change d’orientation sexuelle, mais plutôt que l’on se range dans une nouvelle case pour explorer d’autres possibilités.