Les marchés oublient le Brexit, pas le dollar américain

Les secousses post-référendaires ne laissent plus de trace sur les Bourses, les pertes provoquées par le vote britannique ayant été récupérées une semaine plus tard. Si le Brexit est disparu de la cote, son influence demeure cependant toujours très présente sur le dollar américain.

Déjà, mercredi, avec sa poussée de près de 4 %, l’indice de référence de la Bourse de Londres avait récupéré ses pertes accumulées depuis le résultat du référendum britannique du 24 juin. Les autres places boursières européennes, qui avaient ressenti davantage l’onde de choc du Brexit, ont suivi de quelques jours. D’abord, il reste beaucoup de temps, au moins deux ans, avant que le résultat du vote ne prenne forme. Aussi, la confiance dans l’engagement d’une action concertée des banques centrales visant à endiguer tout mouvement de panique s’est faite rassurante.

Mais l’incertitude persistera un bout de temps, avec tous les scénarios pouvant menacer l’intégrité géopolitique ici et là. La chute de 12 % de la livre sterling par rapport au dollar américain n’est qu’une manifestation d’une conjoncture appelant une vigueur soutenue d’un billet vert confirmée dans son rôle de valeur rejuge et d’une aversion au risque accrue à moyen terme.

Les économistes de la Banque TD ont rappelé qu’au-delà des marchés boursiers, une des conséquences du Brexit a été d’attiser un réflexe défensif et d’alimenter un déplacement vers la sécurité favorisant l’achat de bons du Trésor américain, ramenant le taux d’intérêt sur l’échéance de dix ans à son creux historique de 1,4 %. Une autre sera de reporter la prochaine hausse du taux cible de la Réserve fédérale américaine quelque part en décembre ou au début de 2017, dit la TD, vers la mi-2017 selon les analystes de la Banque Nationale Marchés financiers. La TD retient également que l’aversion au risque augmentera le coût du capital sous la forme d’une prime de risque accrue sur le capital-actions et d’un écart de taux plus grand sur les obligations de sociétés. En revanche, il devrait en résulter une diminution additionnelle du coût du financement pour les ménages.

Mauvaise nouvelle

Mais tout ce beau monde devra conjuguer avec la combinaison d’une valeur du dollar américain demeurant élevée et d’une économie mondiale persistant sur sa trajectoire de faible croissance.

« Nous considérons le renforcement du dollar américain comme une mauvaise nouvelle pour les actions mondiales puisque nous nous attendons à un resserrement des conditions financières. Les pays émergents sont particulièrement vulnérables en raison de la masse d’emprunts qui y sont contractés en dollars. De plus, nous entrevoyons maintenant une baisse des prix des produits de base au cours des prochaines semaines », avec un prix de référence du pétrole autour de 40 $US le baril, a souligné la Banque Nationale.

Les bénéfices des entreprises américaines devraient également se ressentir d’une remontée du billet vert. « Un renforcement du billet vert plombe les marges bénéficiaires, les prix des produits de base et l’inflation mondiale », insistent les analystes de l’institution québécoise.

Vulnérabilité des bénéfices des entreprises américaines à une appréciation du dollar américain, sensibilité des marchés émergents en raison du poids de la dette libellée dans cette devise… « L’effet de l’appréciation du dollar pourrait bien sûr être exacerbé par une dévaluation de la devise chinoise », ajoute la Nationale. Les graphiques de l’institution montrent un renminbi continuant de baisser par rapport à un panier de 13 devises alors qu’il est au plus bas depuis cinq ans face au dollar américain. « Cette situation doit être surveillée de près. Si d’autres économies émergentes rétorquent avec leurs propres dévaluations, les forces déflationnistes mondiales ne pourront que se renforcer », peut-on lire dans l’étude signée par Stéfane Marion et Matthieu Arseneau.