Pages Jaunes reste encore loin de ses concurrents

J'envisage d'investir dans les unités du fonds de revenus Pages Jaunes. Je m'inquiète cependant de l'arrivée de Telus avec ses Super Pages Jaunes. Que pensez-vous de cette nouvelle concurrence?

Merci.

B. S.

Les Pages Jaunes de Bell Canada, dont le fonds de revenus Pages Jaunes possède les droits d'édition et de distribution pour 30 ans, constitue une force dominante dans le marché canadien, plus spécifiquement en Ontario, au Québec et dans les Maritimes (par l'entremise d'Aliant Actimedia). Pas moins de 248 000 entreprises annoncent dans les pages de l'une ou l'autre de ses publications (près de 235 annuaires différents) dont la circulation totale atteint 19 millions d'exemplaires. Les Pages Jaunes de Bell rejoignent presque tous les foyers canadiens et près de 70 % des Canadiens.

Une telle circulation fait le bonheur des entreprises dont les recettes provenant de leurs annonces dans les annuaires justifient amplement les coûts de celles-ci. C'est pourquoi 90 % des annonceurs renouvellent leur abonnement chaque année.

Certes, de la concurrence, il y en a comme d'ailleurs il y en a dans la plupart des secteurs de notre économie. Sauf que, selon mon expérience, il est très difficile de déloger une publication bien ancrée dans son marché. C'est vrai pour les journaux comme pour des publications du type des Pages Jaunes. Toute tentative de le faire coûte très cher à celui qui s'y risque. Et, avant d'atteindre un taux d'efficacité pour les annonceurs comparable à celui des Pages Jaunes de Bell, Telus a énormément de chemin à parcourir et des dizaines de millions de dollars à investir. Surtout que, j'imagine, les dirigeants du fonds de revenus Pages Jaunes ne resteront pas inertes devant la nouvelle concurrence.

Cela dit, comme pour toute entreprise, il faut suivre son évolution afin de s'assurer que le fonds Pages Jaunes se défend bien contre les assauts de ses concurrents, peu importe qui ils sont.

L'arrivée d'Internet aurait pu par exemple menacer la position dominante des Pages Jaunes au Canada. Ce ne fut pas le cas. Au contraire, l'entreprise s'est bien adaptée et domine aujourd'hui le marché des annuaires en ligne. Cela prouve que ses dirigeants sont capables de s'adapter aux changements.

Quelle est la valeur minimale

à conserver en actions?

Quelle est la valeur minimale à acheter et à conserver en actions? Je veux dire: doit-on équilibrer le pourcentage des positions des secteurs ciblés si on ne possède que 20 000 $ dans chacun ou doit-on accumuler avec du nouvel argent le secteur le plus faible de façon à modifier les pourcentages déjà existants?

Enfin, quelle est la valeur du coeur du portefeuille en argent plutôt qu'en pourcentage?

R. F.

Vos questions portent essentiellement sur la façon de répartir son avoir tout en le construisant. Car, pour un temps, cet avoir ne sera généralement pas suffisant pour être diversifié entre une multitude de compagnies et de secteurs. Il importe donc, durant ces années, de concentrer ses achats sur quelques compagnies et quelques secteurs.

Ultimement, la section actions de votre portefeuille devrait se composer des titres d'au maximum huit grandes compagnies vous permettant de participer à au moins trois secteurs d'activités prometteurs de notre économie (idéalement cinq lorsque la valeur du portefeuille d'actions atteint 150 000 $ environ).

Ceux amorçant la construction de leur portefeuille ne pourront pas atteindre à brève échéance ce degré de diversification. Ils devront concentrer leurs achats d'abord sur les titres de trois à cinq entreprises. Mais ils pourront certainement le faire en s'assurant de participer à trois secteurs différents de notre économie. Une fois les quatre ou cinq entreprises et les trois secteurs économiques identifiés, ils verront à accumuler graduellement les titres que sur faiblesse des cours (cela exige parfois beaucoup de patience, surtout de ce temps-ci).

Cette opération d'accumulation se fera elle-même à l'intérieur d'un plan d'achat échelonné sur au moins un an et demi ou selon le rythme de vos nouvelles épargnes.

Par ailleurs, l'accumulation d'actions doit se faire dans le cadre d'une répartition du portefeuille globale (REER et hors REER) entre deux classes d'actif: les titres à revenus fixes et les actions. Cette répartition doit être déterminée au préalable et devrait être pour les apprentis investisseurs et les investisseurs prudents autour de 50 % de titres à revenus fixes et 50 % d'actions. Au fur et à mesure que s'améliorent leurs connaissances du monde du placement, ces investisseurs devraient éventuellement accorder plus de poids aux actions en portant celui-ci à 60-65 % de la valeur du portefeuille global (REER et hors REER), et ce jusqu'à 50 ans environ. Par la suite, ils verront à ramener ce poids des actions à près de 50 %, question de réduire le risque intrinsèque de leur portefeuille en vue de la retraite.

Pour ce qui est du montant en dollars à investir par titre, je dirais qu'il ne devrait pas dépasser 30 000 $ par entreprise choisie, et ce, jusqu'à ce que la valeur du portefeuille d'actions atteigne 200 000 $. Par la suite, ce montant pourra être plus élevé, une fois bien entendu que vous détiendrez dans votre portefeuille les titres de huit compagnies distinctes.

Mes propos précédents concernent uniquement les titres de grandes compagnies bien établies et montrant un solide historique de dividende. Ce sont les titres de ces entreprises qui composeront ce que j'appelle le coeur de votre portefeuille d'actions, coeur qui doit représenter au minimum 70 % de la valeur totale du portefeuille actions. Le reste (les 30 % restants) peut être investi dans les titres de plus petites compagnies à plus forte croissance si, bien entendu, vous êtes prêt à consacrer un effort accru à leur suivi et si vous estimez vos connaissances en placement à point pour ce faire. Car, à ce niveau, vous versez davantage dans ce que j'appelle l'art d'investir.

Des banques

qui regorgent de liquidités

Avez-vous lu et, si oui, que pensez-vous de l'article paru récemment dans La Presse (cahier Les Affaires) indiquant que les grandes banques canadiennes sont tellement riches que, cette année, elles devraient distribuer un dividende spécial allant jusqu'à 7 $ l'action dans le cas de la Banque de Montréal?

D. P.

Effectivement, leur ratio capital par rapport au passif est très élevé et dépasse la norme de 8 %. Aussi nos grandes banques disposent-elles d'importantes liquidités, soit entre 21 et 24 milliards de dollars à la fin du présent exercice, selon l'analyste Kevin Choquette de Scotia Capital. Or, ces liquidités ne pourront pas être épanchées par leur seule croissance interne.

Mais alors, à quoi serviront-elles? Pour ma part, j'estime qu'une partie servira à d'éventuelles acquisitions au sud de notre frontière.

Par ailleurs, les banques ont accumulé ces liquidités pour faire face aux soubresauts que pourrait occasionner l'éventuelle fusion de deux de nos grandes banques. Le gouvernement canadien s'apprête à faire connaître sa position sur ce point au cours des prochains mois. Or les rumeurs veulent qu'une seule fusion soit permise. Une fois une telle fusion consumée, les autres banques laissées pour compte verront le cours de leurs actions être soumis à des pressions à la baisse. Or, grâce à ces importantes liquidités, ces banques seront en mesure de contrer ces pressions à la baisse en haussant plus rapidement leur dividende, en versant un dividende spécial et/ou en poursuivant un programme de rachat systématique de leurs actions pour des fins d'annulation. La même chose pourra être faite advenant que le gouvernement canadien refuse carrément toute fusion de nos grandes banques.

À tout événement, on peut dire que nos grandes banques (y compris la Banque Nationale) sont en excellente position pour soutenir la valeur de leurs actions, et ce, aussi longtemps que se poursuivra la présente phase de croissance économique.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca

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