Singulier Festival international de jardins

«Le caveau» est un jardin contrasté, car il est en même temps éthéré et ancré.
Photo: Martin Bond Jardins de Métis «Le caveau» est un jardin contrasté, car il est en même temps éthéré et ancré.

Le Festival international de jardins au Jardin de Métis est un événement plein d’énergie, de jeunesse et de créativité. Il ne faut pas se méprendre, il ne ressemble en rien aux expositions d’aménagements floraux classiques. C’est plutôt un espace d’expérimentation et de création en art des jardins, un lieu pour surprendre, amuser et remettre en question. Parfois, les végétaux y jouent un rôle important. D’autres fois, ils ne sont tout simplement pas présents.

Ce festival est populaire chez les jeunes concepteurs. Chaque mois de novembre le jury reçoit plus de 200 propositions de projets. Il a ensuite la dure tâche d’en sélectionner seulement cinq, car chaque jardin demeure sur place pour plus ou moins trois ans. Au total, 26 installations-jardins animent le site. Du reste, plusieurs participants reviennent pour remanier leur installation les années suivant sa mise en place.

Voici donc la belle cuvée de l’année 2016.

Le caveau

Photo: Martin Bond Jardins de Métis «Le caveau» est un jardin contrasté, car il est en même temps éthéré et ancré.

Le caveau est un jardin contrasté, car il est en même temps éthéré et ancré. Il a été imaginé par Christian Poules, de Bâle, en Suisse. Ce dernier est à la fois architecte et architecte paysagiste, ce qui est plutôt rare. D’une grande simplicité, mais d’une efficacité étonnante, son concept nous fait entrer dans un autre univers. De hauts et massifs gabions de pierre forment une chambre, un espace en retrait où les sons sont absorbés ; il n’y a plus de vent, on est ailleurs. À l’intérieur, un paysage minimaliste réalisé sur une table suspendue semble léviter. L’effet est fascinant. Cette chambre pour rêveurs est un espace calme où l’esprit se libère et voyage dans ce monde miniature.

Cyclops

Photo: Martin Bond Jardins de Métis Installé dans un espace de verdure, «Cyclops», cet immense cône inversé formé de plus de 200 pièces de bois de 8 mètres de long, est une structure transparente qui se transforme avec la lumière.

Cyclops, un objet spectaculaire, a été conçu par Craig Chapple, architecte de Phoenix, en Arizona. Installé dans un espace de verdure, cet immense cône inversé formé de plus de 200 pièces de bois de 8 mètres de long est une structure transparente qui se transforme avec la lumière. En se glissant dans l’ouverture à la base du cône, on entre dans une relation différente avec le paysage, l’objet lui donnant un nouveau cadre. L’équipe du festival a mis plus de deux semaines pour fabriquer les complexes pièces de bois qui forment la structure, et le montage de l’installation a été un défi important qu’ont su relever avec brio le concepteur et l’équipe du festival.

Carbone

Photo: Lise Gobeille «Carbone» a été conçue par Maxime Coache (notre photo), Victor Lacaille et Luc Dallarona, de Coache Lacaille Paysagiste de Nantes, en France.

Carbone a été conçue par Victor Lacaille, Luc Dallarona et Maxime Coache, de Coache Lacaille Paysagiste de Nantes, en France. Les trois sont diplômés de l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois ; leur matière première est donc le paysage. Un arbre brûlé gît dans la forêt. Capteur de carbone, il l’a été tout au long de sa vie. Un incendie survient et tout part dans l’atmosphère. Une percée de lumière se crée, une nouvelle vie commence. Voilà comment est présenté le cycle des végétaux et en parallèle celui du carbone dans ce jardin. On doit mentionner qu’en un tour de main, l’équipe a dû transformer son concept de départ, qui était de montrer le cycle de production de meubles en bois en parallèle avec celui du carbone, à cause de raisons techniques. Elle a su avec talent, en l’espace de quelques jours, le modifier et créer un aménagement dramatique d’où renaît la vie.

La maison de Jacques

Photo: Lise Gobeille «La maison de Jacques» s’inspire d’un conte bien connu : Jacques et le haricot magique. Elle a été réalisée par trois jeunes femmes, Émilie Gagné-Loranger, Rosemarie Faille-Faubert et Romy Brosseau.

La maison de Jacques s’inspire d’un conte bien connu qui a fait rêver un grand nombre d’entre nous : Jacques et le haricot magique. Elle a été réalisée par trois jeunes femmes, Émilie Gagné-Loranger, Rosemarie Faille-Faubert et Romy Brosseau, toutes issues du programme de maîtrise de l’École d’architecture de l’Université Laval. Les murs de la maison sont formés de haricots Scarlet Runner qui atteindront 3 mètres de haut au cours de l’été. S’ajouteront des bouquets de fleurs rouge écarlate suivis de délicieuses gousses qui seront utilisées à la cuisine du restaurant de la Villa Estevan. La maison comprend neuf pièces, toutes de formes et de grandeurs différentes, dont l’une est inaccessible et animée par une fontaine. Les conceptrices ont voulu conserver une idée simple pour travailler plutôt sur les détails. Les forces de chacune ont été mises à profit et, à travers les discussions, les idées ont évolué. Ce jardin, par son thème, s’inscrit naturellement dans l’Année internationale des légumineuses décrétée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Tiilt

Photo: Lise Gobeille «Tiilt», un espace de jeux, de repos, a été imaginé par Sean Radford et Chris Wiebe, deux architectes de Winnipeg.

Tiilt, un espace de jeux, de repos, a été imaginé par Sean Radford et Chris Wiebe, deux architectes de Winnipeg. Ces derniers s’intéressent autant à la forme qu’à l’espace, dans le but de créer une pause, d’inspirer une réaction et d’inciter une réponse. Ils considèrent l’art du jardin comme la création d’un environnement sensoriel interactif, pleinement habité. Une multitude de tentes blanches basculantes reposent sur une plage en sable de verre. Elles invitent à jouer, à rire et à s’amuser, seul ou en famille, ou simplement à s’asseoir pour regarder le temps passé. Un de leur plaisir est de travailler avec des matériaux communs — la toile des tentes sert à couvrir les échafauds — et de les transformer en de beaux objets.

Au jardin cette semaine

Pour les tomates à croissance indéterminée, on doit penser à les attacher à leur tuteur au fur et à mesure qu’elles poussent, pour que la tige soit bien supportée. Quant à savoir s’il faut éliminer les pousses qui se forment à l’aisselle des feuilles de ce type de tomates, les opinions varient. Certains disent qu’on ne doit pas se casser la tête alors que d’autres y tiennent. Je fais partie de ce deuxième groupe car, en supprimant les pousses, on dirige l’énergie du plant pour obtenir de beaux fruits. C’est simple, il s’agit, tout au long de la saison, de les pincer avec les ongles si elles sont tendres ou de les couper en utilisant un sécateur. Pour les rosiers à floraison perpétuelle, au fur et à mesure que les fleurs fanent, on doit les tailler. Si on coupe au-dessus de la première ou de la deuxième feuille à cinq folioles, cela favorisera le développement de nouvelles tiges florales.

Dans la bibliothèque

Éloge de l’aridité
Un autre jardin est possible
Éric Ossart, Arnaud Maurières, Marie Taillefer (photographe)
Plume de carotte
Toulouse, 2016, 176 pages


Ce livre rempli de superbes photos est un hommage à l’aridité dans toute sa beauté. Les auteurs, des paysagistes reconnus, ont vécu au Maroc et voyagé dans de nombreux pays pour découvrir les climats arides et comprendre les facteurs biologiques qui permettent aux plantes de résister à la sécheresse. Après vingt ans à s’intéresser à ce sujet et quelques dizaines de jardins réalisés, ils ont eu envie de raconter leur aventure. Ils retracent ici leur parcours, invitent à découvrir des créations originales et partagent leurs secrets. Leur approche cherche à réconcilier le plaisir de jardiner avec le respect de l’environnement. Pour eux, l’aridité est une occasion de changer de modèle, mais lorsqu’ils concluent que le jardin de demain sera aride ou ne sera pas à cause des changements climatiques et de la diminution des ressources en eau… c’est faux, car les changements climatiques entraînent aussi beaucoup de pluies abondantes.