Le salut par le salaire

Et si la réponse à cette stagnation séculaire s’étendant à la planète économique, et à ce creusement des inégalités devenu épidémique, passait par une hausse musclée du salaire minimum ? La proposition ne vient pas de la gauche, mais bien du Fonds monétaire international (FMI).

Le FMI jette un regard plutôt lucide sur la réalité économique et sociale des États-Unis. Une petite lecture entre les lignes de l’analyse annuelle 2016 de la première économie mondiale nous rappelle que toutes les interventions traditionnelles tournent désormais à vide. L’assouplissement monétaire est poussé aux limites de l’imaginaire. L’endettement public paralyse l’intervention directe des gouvernements. Et les entreprises préfèrent rémunérer leurs actionnaires plutôt que d’utiliser leurs liquidités autrement oisives à des fins d’investissement productif face à une demande stagnante. Le FMI suggère de miser sur l’emploi, mieux rémunéré.

Dans son analyse de l’économie américaine, le FMI affirme que la croissance à long terme des États-Unis et le niveau de vie des Américains sont menacés par les quatre P que sont la chute de la participation à l’emploi, le ralentissement de la croissance de la productivité, la polarisation grandissante de la richesse et des revenus venant accélérer la disparition de la classe moyenne, et par la pauvreté grandissante. S’ajoute le phénomène du vieillissement démographique appelant à éroder davantage la participation au marché du travail et à ajouter à l’inégalité des revenus celle des richesses, a déjà prévenu la CIBC.

Un Américain sur sept vit dans la pauvreté. Pourtant, « 40 % d’entre eux travaillent », s’étonne l’institution de Washington. Il faut, certes, stimuler l’emploi. Celui des femmes par des mesures d’aide à la garde d’enfants et des congés parentaux, celui des nouveaux arrivés, avec une réforme de l’immigration sur la base des qualifications, suggère le FMI. Mais il faut aussi des emplois mieux rémunérés, le FMI retenant alors le recours à des crédits d’impôt ciblés et un relèvement du salaire minimum fédéral, présentement à 7,25 $US l’heure. De quoi alimenter l’argumentaire des tenants d’un salaire minimum à 15 $US dans ce débat gagnant en ampleur aux États-Unis.

Travailleurs pauvres

Ici, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a déjà documenté la notion de « salaire viable » derrière cette réalité voulant que plus du quart des salariés québécois soient des « travailleurs pauvres ». Selon la moyenne de tous les salaires viables calculés, l’IRIS arrive à la cible de 15,10 $ l’heure, pour un travail à temps plein de 37,5 heures par semaine. L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) a également penché dans la même direction. L’IREC évoque l’accroissement « dramatique » des inégalités de revenu et l’adéquation entre la faible progression des salaires et la croissance économique anémique pour inviter le gouvernement du Québec à s’inspirer de ce qui se passe au sud de la frontière. À « planifier sur le moyen terme, si possible en collaboration avec l’Ontario, une cible de 15 $ l’heure et l’atteinte d’un ratio de 55 % » entre le salaire minimum et médian.

Statistique Canada l’avait déjà démontré dans une étude publiée en 2014 sur « Les hauts et les bas du salaire minimum de 1975 à 2013 ». Sur une base réelle, en dollars constants de 2013, le salaire minimum est resté au même niveau qu’en 1975, les hausses décrétées au fil de ces 40 ans n’ayant permis que de protéger le pouvoir d’achat tel que mesuré par l’indice des prix à la consommation. L’agence fédérale disait également qu’ils sont aujourd’hui plus nombreux à travailler à ce salaire de base, qui concerne toujours plus de jeunes.

Quant aux récriminations des dirigeants d’entreprise craignant la menace d’un « enrichissement » des bas salariés, Statistique Canada a démontré que les hausses décrétées récemment ont plutôt pris la forme d’un léger rattrapage. Ainsi, toujours en termes réels, le salaire minimum moyen au Canada a plutôt baissé entre 1975 et 1986, de 10,13 $ à 7,53 $ l’heure. Il a monté sur dix ans pour n’atteindre que 8,81 $ en 1996. Il est ensuite demeuré stable, autour de 8,50 $, jusqu’en 2003. Depuis, il est en progression dans toutes les provinces, récupérant le terrain perdu, pour finalement revenir à la fin de 2013 au même niveau qu’en 1975.

Au Québec, il est passé à 10,75 $ l’heure le 1er mai dernier, une hausse de 1,9 % sur un an couvrant à peine celle de l’indice des prix à la consommation. Sans compter la hausse des taxes et tarifs à absorber.

1 commentaire
  • Jean-François Trottier - Abonné 23 juin 2016 11 h 45

    Une demi-mesure

    La hausse du salare minimum n'apporte qu'une solution à court terme, très limitée économiquement, pas strictement mauvaise à moyebn terme mais apportant une perspective qui une fois de plus masquera des questions fondamentales.

    Gageons que la prochaine grande manufacture qui ouvrira ses portes au Québec ou même en Amériue du Nord aura un nombre excessivement restreint d'employés.

    Des robots liés à un système-expert, sinon à une forme primaire d'intelligence artificielle contrôlée pour le moment par quelques humains pour éviter les pires fautes, quelques ingénieurs et techniciens pour maintenir la qualité des robots.... et une demande qui arrive électroniquement selon des prévision de ventes de plus en plus réalistes, ce modèle est de moins en moins fictif.
    Il est même parfait à tout point de vue sauf un: cfette économie qui devait créer des jobs les résorbe.

    En résultera d'abord une régression du modèle syndical dans l'industrie de transformation, puis une fonte des salaires de travailleurs non-spécialisés: eh oui, il y aura tout de même deux balayeurs, un portier et un chef de sécurité qui servira plus ou moins de porte-clés.
    Tous au salaire minimum.

    Montez ce salaire si vous voulez, il reste que l'effet sera assez faible, non ?

    Il restera beaucoup de faibles salariés dans les services, bien sûr. Ce sera insuffisant parce que une bonne part des services en général est fluctuante et donc apporte peu de stabilité à l'économie.

    Nous sommes de plain-pied dans l'ère des loisirs avec la nuance que ceux qui ont le temps n'ont pas un sou pour en profiter. Le salaire minimum rapporte quoi à ces millions de chômeurs ?

    Et quoi à ces millions de commerces vides ?

    C'est toute la structure de l'oisiveté forcée qu'il faut revoir en profondeur. Revenu minimum garanti ? Pas fort. Faut voir.