Une retraite au prix du niveau de vie

Le maintien du niveau de vie n’est pas assuré pour nombre de futurs retraités. D’autant qu’entre perception et réalité, un déficit de réalisme se creuse.

La réforme des régimes publics de retraite réunit les ministres des Finances la semaine prochaine. Dans une lettre ouverte qui leur est dédiée, les signataires — un collectif composé de membres issus des milieux financiers et d’affaires — rappellent que de grands segments de la population ne sont pas bien préparés pour la retraite. Ils ajoutent que trois groupes précis ne sont pas en voie de maintenir leur niveau de vie. Ce sera le cas pour un petit pourcentage de personnes à faible revenu, notamment des aînés veufs. Mais surtout celui du quart des Canadiens à revenu modeste, qui ne se constituent pas une épargne-retraite ou qui ne contribuent pas à un régime complémentaire de retraite. La problématique concernera jusqu’au tiers des personnes à revenu élevé, qui n’ont pas de régime complémentaire, qui n’y cotisent pas pleinement ou qui n’épargnent pas suffisamment, soutient le collectif.

Et lorsqu’il y a présence d’un régime en milieu de travail, ils sont toujours plus nombreux à être soumis aux aléas d’un rendement au demeurant chétif, faut-il ajouter.

À cette réalité s’oppose une perception carburant trop souvent au manque de réalisme. Les résultats d’un sondage publiés cette semaine par Morneau Shepell sont plutôt probants. La consultation a été menée auprès de travailleurs canadiens de 50 ans et plus. « Le sondage a révélé que les employés ont des intentions irréalistes, après les avoir interrogés sur le pourcentage de leur revenu qu’ils versent dans leur compte d’épargne-retraite et le montant qu’ils prévoient de retirer de ce compte. Plus d’un employé participant sur trois [35 %] déclare épargner 10 % ou moins de son salaire actuel en vue de la retraite. Fait encore plus préoccupant, en moyenne, les employés participants planifient de retirer 15 % de leur épargne totale pendant chaque année à la retraite, soit près de quatre fois le taux qui est habituellement recommandé », peut-on lire dans les conclusions.

Santé et personnes à charge

Il y a cette inadéquation entre les cotisations et les retraits dans un contexte où les rendements persistent dans leur faiblesse et que l’espérance de vie s’allonge. Il y a, aussi, cette autre réalité, associée aux personnes à charge et aux coûts de la santé, fortement sous-estimés. Le sondage du cabinet de services en ressources humaines fait ressortir que 17 % des répondants affirment que le soutien des personnes à charge sera l’un des plus importants aspects financiers dont ils devront tenir compte. Ainsi, 13 % ont indiqué avoir des préoccupations concernant le soutien de leurs enfants à charge et 14 % concernant des parents âgés.

Quant au volet santé, 61 % des salariés de 50 ans et plus « souffrent actuellement d’une ou de plusieurs maladies chroniques. Malgré cela, 97 % des répondants ont décrit leur état de santé actuel comme étant bon, très bon ou excellent, et un grand nombre d’employés (86 %) s’attendent à prendre leur retraite en bonne santé ».

Assurance en milieu de travail

Petit problème de perception, donc. « Les maladies chroniques sont tellement courantes que, parfois, elles sont perçues comme étant normales. » Or, rappelle Morneau Shepell, « le coût des maladies chroniques, qui augmente souvent avec l’âge, peut créer un grand choc à la retraite, car les protections offertes par l’employeur pour les médicaments et les autres formes de soutien liées à la santé peuvent ne plus être offertes ». En outre, le régime public d’assurance médicaments couvre beaucoup moins de médicaments que la plupart des régimes en milieu de travail, ajoute le cabinet.

Plus précisément, 59 % des répondants ont indiqué qu’ils ne bénéficieront pas d’un régime de soins médicaux offert par leur employeur lorsqu’ils seront à la retraite. Et 67 % affirment que les coûts de santé seront l’une de leurs principales préoccupations à la retraite.

Un écart de perception ressort également à partir des résultats d’un sondage distinct mené auprès d’employeurs. Ainsi, 24 % des employés répondants disent qu’ils ne seront pas prêts financièrement lorsqu’ils décideront de prendre leur retraite. Et 23 % ont signalé qu’ils dépendront des régimes publics pour leur principale source de revenus de retraite. Mais chez les employeurs, 51 % affirment que leurs employés ne seront pas prêts financièrement à prendre leur retraite. Et ils croient qu’un employé sur trois ne pourra composer financièrement avec un problème de santé lorsqu’il prendra sa retraite.

Le sondage auprès des employés comporte une marge d’erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.

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1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 20 juin 2016 19 h 06

    Il faudrait que nos gouvernements bonifient nos pensions publiques.

    Premièrement, notre système de soins de santé publique est censé assurer un financement public avec nos impôts. Ce qui signifie que le système doit s'offrir gratuitement aux malades, et sans frais supplémentaires!
    De plus, comment voulez-vous que les pauvres et la classe moyenne, qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts pour combler les nécessités de la vie, soient capables de mettre de côté de l'argent dans les REER, ou autres moyens de retraites privées? Ces mécanismes privés privilégient d'abord les plus nantis. Il faudrait que nos gouvernements bonifient les régimes de retraites publiques pour assurer la dignité de nos ainés pendant leurs années les plus vulnérables.