Masculin, le cadurcien?

Juteux malbecs sur pied
Photo: Jean Aubry Juteux malbecs sur pied

Bon, je pense qu’il serait temps de nuancer avec les termes « vin masculin » et « vin féminin ». Mais doit-on les bannir nécessairement ? Sur le terrain, depuis des années maintenant, ces termes créent le malaise. Oh, pas un gros malaise, mais de ceux qui se murmurent comme un bruit de fond, mince filet de désapprobation resserrant pourtant les mailles d’une rectitude politique qui, chez moi, court-circuite déjà l’influx électrique générant la moindre palpitation du myocarde. En d’autres mots : je n’en ai rien à foutre.

Vin masculin ou vin féminin : comme si la sensibilité de l’un excluait celle de l’autre ! Voilà pourtant l’exemple parfait de carafes ou de vases communicants où la notion de genre tend à se diluer dans celle d’une notion, disons, plus sexuée, où testostérone et oestrogène ne peuvent qu’éventuellement charrier en bout de course une connotation plus grivoise. Spécialement parmi ces quelques mâles lubriques encore nostalgiques des beaux jours du « Rosé Cuisse de Bergère »…

Avons-nous si peur des mots qu’il ne faille plus les nommer pour ce qu’ils sont, simplement, soutenus à même leur sens originel ? À ce rythme, il faudrait troquer « dégustation à l’aveugle » par « dégustation pour non-voyant » ; des « arômes pénétrants » par des « odeurs dotées d’une capacité à s’immiscer en profondeur », ou encore une « bouche jouissive » par un « palais particulièrement transporté par l’émotion portée à son paroxysme » ! Franchement. Par contre, je ne suis pas opposé à l’idée de dire d’un vin baratineur qui ne remplit pas ses promesses qu’il a la langue de bois d’un… politicien !

Sans vouloir tourner plus avant autour du pot et au risque de « m’autopeluredebananiser » dans la foulée, passons à un exemple pratique. Considérez-vous, par exemple, le vin rouge de Cahors comme ayant un profil masculin ou féminin ? Ce n’est pas un sondage. Seulement, votre opinion m’intéresse. Vous dites, monsieur, oui, vous qui rigolez derrière : « Plutôt masculin, le gaillard, couillu même ! » Et vous, madame, première rangée, allez, ne soyez pas timide : « Je dirais que ce Cahors Les Hauts-d’Aglan élaboré par Isabelle Rey-Auriat, que nous dégustons actuellement, joue à la fois sur les deux tableaux. » Zut ! Le piège que je voulais éviter !

Bien plus que 50 nuances de noir

Stylistiquement parlant, le malbec de Cahors est perçu comme un vin masculin. Je ne vous apprends rien. Mais un masculin tout de même nuancé. L’appellation en est même à pousser un dossier auprès de l’Institut national des appellations d’origine concernant une nouvelle classification visant à mieux baliser deux grandes zones de terroirs — Cahors Malbec des Terrasses (1re, 2e et 3e terrasses sur sols alluvionnaires en vallée) et Cahors Malbec du Causse (haut de coteau et plateau entre 250 et 350 mètres sur marnes calcaires) —, dont l’impact se fait sentir sur des vins en provenance de plus d’une dizaine de terroirs spécifiques. Je vous évite les détails pédologiques.

Comme tous les vins du Sud-Ouest, que ce soit ici, à Cahors, ou du côté de Marcillac, Madiran, Montravel, Jurançon ou Bergerac, pour n’en nommer que quelques-uns, nous sommes en pays de « bonnes affaires ». Vins authentiques, aux ambitions de terroirs qui peuvent parfois être très évocateurs, des vins qui se détaillent en se bonifiant et, encore une fois, qui sont vendus pour une bouchée de pain (elle-même chapeautée d’une lamelle de foie gras, bien sûr).

Histoire de partager avec vous les nuances, je dégustais récemment une batterie de cahors en compagnie de Pascal Verhaeghe, dont le Château du Cèdre est devenu au fil des ans une incontournable référence qualitative. À noter qu’il s’agit de millésimes disponibles, ou à venir.

Clos La Coutale 2014 (16,20 $ – 857177) : les 20 % de merlot ajoutent à la rondeur pour un cahors souple, juteux, au corps moyen, qui ne manque pas de relief. Le cahors des amis. Simple, mais toujours recommandable. Servir à peine rafraîchi. (5)★★1/2

Château de Gaudou Tradition 2014 (17,70 $ – 919324) : dans la lignée du précédent La Coutale, un chouïa de précision et d’éclat fruité en plus. (5)★★★

Château Lamartine 2012 (18,25 $ – 11343404) : fruité de bon volume avec tanins lissés se resserrant sur la finale. Moderne, mais bien joué, à petit prix. (5)★★★

Mas del Perie 2014, Les Escures (20,40 $ – 12741033) : un bio classique aux contours fruités nets et de grande pureté. Beaucoup de gueule, de sincérité. (5)★★★ ©

Le Combal 2012, Cosse Maisonneuve (21,50 $ – 10675001) : les vins du domaine ont cette sève particulière, bien nourrie, qui ne sacrifie jamais à l’élégance d’ensemble. Solide et authentique. Du bon Cahors. (5 +)★★★

Château de Gaudou Renaissance 2012 (22,85 $ – 102720 93) : amplitude et ambition pour un rouge aux tanins frais, serrés, sapides et sphériques. Ne manque pas d’élégance. Avec la cuvée Réserve, le p’tit Jésus met ses culottes de velours ! (5 +)★★★1/2 ©

Château Lamartine Cuvée Particulière 2012 (23,80 $ – 862904) : féminin, dites-vous ? Faudra demander à Alain Gayraud ! Se siffle comme un bourgogne pour la texture, comme un vin du Rhône pour les épices. Quel charme ! (5 +) ★★★ ©

La Fage 2011, Cosse Maisonneuve (26,50 $ – 10783491) : cette parcelle accentue un fruité framboisé et poivré soutenu, bien lové autour de tanins mûrs et abondants. Jolie profondeur en prime. (5 +)★★★1/2 ©

Château de Chambert 2010 (26,50 $ – 12041926) : le style a changé avec le nouveau propriétaire. C’est plus précis, mieux ajusté, plus racé. Sans sacrifier au magnifique terroir. J’aime ce style. (5 +)★★★1/2

Château du Cèdre 2012 (27,10 $ – 972463) : s’il n’y avait qu’un cahors ! Bon, j’avoue que je suis fan fini du domaine, mais aussi de l’esprit qui l’anime. Les Verhaeghe sont des meneurs, discrets et efficaces, qui bâtissent le vin qu’ils veulent au fil des millésimes, sans compromis. Les cuvées Le Cèdre et GC sont topissimes ! (5 +)★★★1/2

Château Lamartine 2010 Cuvée Expression (41,50 $ – 854661) : ambitieux en tout point. Élevage sophistiqué, richesse fruitée, plénitude et longueur. Un cahors bichonné, mieux, un tigre dégriffé. (5 +)★★★1/2 ©

Les Laquets 2011, Cosse Maisonneuve (42 $ – 10328587) : masculin, oui, ce qui n’interdit pas les bonnes manières. On passe en mode superlatif. Couleur, fruit, jeunesse, fraîcheur. Dense, mais demeure élégant. (10 +)★★★★ ©

Faites mousser la bière du Québec !

Une troisième édition du livre de Jean Lefebvre, Jean-François Joannette et Guy Levesque paraissait aux éditions Broquet en mai dernier : Les microbrasseries du Québec. Tout amateur de mousse le moindrement sérieux devrait déjà l’avoir sous la main. C’est complet, bien fouillé, même s’il y aura toujours des mises à jour à peaufiner, tellement tout se développe très rapidement dans l’industrie.

Pour preuve, cette acquisition récente de la brasserie Archibald par le géant Labatt, en avril dernier, au moment où… paraissait ce livre.

Emportez-le avec vous lors d’un pèlerinage aux quatre coins du Québec cet été. Vous pourrez constater que nous avons, ici, au Québec, une expertise très pointue en la matière.

Où en est l’Autriche viticole ? À suivre au retour des festivités, les 8 et 15 juillet prochains.

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