Le bulletin ministériel

Carlos Leitão est un ministre des Finances au style peu orthodoxe, mais sa personnalité attachante contribue à désarmer l’hostilité de l’opposition. Son dernier budget n’avait rien de très emballant, mais le relèvement de la cote de crédit du Québec est une des rares bonnes nouvelles que le gouvernement a reçues au cours de cette session désastreuse. A-

Même s’il a moins de visibilité qu’au Conseil du trésor, Martin Coiteux demeure un pilier du gouvernement Couillard. Impossible de le déstabiliser. Il a réussi avec une étonnante facilité à convaincre les municipalités de renoncer au pouvoir de décréter les conditions de travail de leurs employés. Forcer les policiers à porter un uniforme complet sera toutefois un défi de taille. A-

Pierre Arcand doit composer avec les humeurs changeantes du premier ministre dans le dossier du pétrole, mais sa nouvelle politique énergétique a été plutôt bien reçue. Il s’apprête à présenter le très attendu projet de loi sur les hydrocarbures. Après les augmentations des dernières années, limiter au taux d’inflation les hausses de tarif d’Hydro-Québec, quitte à sacrifier une filière éolienne inutilement coûteuse, était une décision bienvenue. B

L’UPA n’a pas réussi à avoir la tête de Pierre Paradis, qui a osé financer à même son budget discrétionnaire les organisations qui contestent un monopole qui ne se justifie plus. Quoi qu’en pense l’UPA, qui s’oppose à la « grand-messe » qu’il présidera à l’automne, associer les consommateurs à la définition de la future politique alimentaire est une bonne idée. Tout comme l’étiquetage des OGM, qu’il projette également. B

Même si les cibles d’immigration vont légèrement augmenter, Kathleen Weil a le mérite d’avoir freiné les ardeurs de M. Couillard, qui voulait accueillir 60 000 nouveaux immigrants. Elle a finalement conservé le mode de sélection qui était préconisé par sa prédécesseure péquiste, Diane de Courcy. B

 

Le règlement présenté par Hélène David pour forcer les grandes chaînes commerciales à mettre un peu de français en façade a été jugé bien timide, mais c’est néanmoins une première pour un gouvernement libéral. Le « plan d’action » sur la rémunération des recteurs qu’elle a promis pour l’automne en serait une autre. B-

La nouvelle ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a connu un mauvais départ en qualifiant la vente de Rona à des intérêts américains de « bénéfique » et en tentant de justifier le largage des employés d’Aveos. Les objectifs de série de « plans » qu’elle a présentés demeurent vagues, notamment en ce qui a trait au nombre de nouveaux emplois espérés, mais le discours a au moins gagné en modernité. C

Laurent Lessard soutient que le Québec a « le meilleur régime forestier au monde » et accuse Greenpeace de le discréditer injustement. Il n’en demeure pas moins que la plus récente version de la stratégie d’aménagement durable des forêts est moins exigeante que la précédente. C

Depuis que son face-à-face musclé avec les caïds des syndicats de la construction en a fait une vedette instantanée, Lise Thériault semble s’appliquer à faire la démonstration du principe de Peter. Responsable de la Condition féminine, la vice-première ministre en a étonné plusieurs en déclarant qu’elle n’était pas féministe. C-

La seule fois où la ministre du Travail, Dominique Vien, a fait la manchette au cours des derniers mois, c’est quand elle a été apostrophée par François Legault, qui lui a intimé de se réveiller, alors qu’un lockout privait 700 enfants de transport scolaire en Estrie. Elle ne semble pas se formaliser du fait que les nouvelles règles de placement dans la construction soient systématiquement contournées. C-

Catapulté à l’Éducation, Sébastien Proulx a eu un certain mal à concilier ses anciens principes adéquistes avec ceux de sa nouvelle famille politique, mais il a eu le bon sens de renoncer au bouleversement des structures qui obsédait ses prédécesseurs à l’Éducation et de s’inspirer plutôt de propositions plus sensées de la CAQ. Il a cependant dû avouer son impuissance à mettre les écoles illégales au pas. C-

Bien que sincères, les interventions répétées de Christine St-Pierre en faveur de Raïf Badawi demeurent tristement inefficaces. En parfaite concordance avec la ferveur canadienne du premier ministre, c’est comme si on lui avait confié le mandat de gérer la décroissance de la présence du Québec sur la scène internationale. C-

 

M. Couillard a dû ramener sa ministre de la Justice à l’ordre sur la définition du mariage et de ses conséquences juridiques. Stéphanie Vallée a également dû battre en retraite sur le projet de loi 59 qui, sous couvert d’interdire les discours haineux, menaçait la liberté d’expression. D

La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, a sérieusement dérapé quand elle a déclaré qu’une personne reprochant à un enfant son accent italien, comme on le lui avait jadis reproché, « devrait être tuée, massacrée, jetée je ne sais où ». Dire que les 150 000 $ collectés par certains ministres de Jean Charest étaient des « peanuts », en comparaison de ce qui se faisait ailleurs au Canada, n’était pas davantage indiqué. D

Malgré toute la mauvaise foi dont il est capable, Jean-Marc Fournier n’arrive plus à défendre l’indéfendable. Sa lecture jovialiste de la situation du français au Canada, qui lui a fait développer une vision du Québec digne de la première moitié du siècle dernier, tient de la malhonnêteté intellectuelle. D

Miraculé du remaniement de janvier, David Heurtel a confié l’examen du projet de pipeline Énergie Est à un BAPE bidon de six semaines, alors qu’un projet de cette envergure nécessiterait deux ans. Encore une fois, il a fallu l’intervention des groupes environnementaux pour qu’il s’adresse aux tribunaux afin de forcer TransCanada à respecter la Loi québécoise sur l’environnement. D

Le passage de François Blais à l’Éducation a été un « flop » politique parmi les plus spectaculaires des dernières années. En le retournant à la Solidarité sociale, M. Couillard lui a demandé d’examiner la faisabilité d’un revenu minimum garanti, mais il s’est plutôt appliqué à concrétiser l’amputation de l’aide sociale annoncée par Sam Hamad. D

Une session cauchemardesque pour Gaétan Barrette : volte-face sur les « frais accessoires », excuses publiques à Diane Lamarre, climat de terreur dénoncé de toutes parts… Pour couronner le tout, après deux ans de réforme du système de santé, le Québec demeure le champion de l’attente dans les urgences en Occident. E

Après avoir perdu son ministère de l’Économie, Jacques Daoust semblait être retombé sur ses pieds aux Transports, à la faveur du décollage de la Série C et de son bras de fer avec Uber. Son indifférence face aux troublantes révélations de Robert Poëti et de son enquêtrice, Annie Trudel, de même que les révélations sur sa passivité face à la vente de Rona, qui font douter de sa parole, sont venues tout gâcher. E

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36 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 7 juin 2016 04 h 40

    Un «oubli» de taille!

    À ce petit jeu du «bulletin ministériel», M.David, vous oubliez un élève d'importance, soit le premier des minstres! Quelle note attribuée à Philippe Couillard? Disons que l'homme public m'a déçu depuis un mois ou deux. Je m'attendais à nettement mieux au plan du leadership; il y a eu cafouillage dans plusieurs dossiers. Je lui attribuerais la note C. L'élève doit s'améliorer, mais cette amélioration ne relèvera pas de la seule intelligence!

    M.L.

    • Colette Pagé - Inscrite 7 juin 2016 08 h 55

      Se pourrait-il que notre brillant PM soit dépourvu d'intelligence émotionnelle et de ce flair politique permettant d'anticiper les problèmes sans toujours être obligé de rétropédaler et d'être obligés de semoncer ses ministres.

      Également dans le choix des membres de son cabinet le PM n'a pas eu la main heureuse : manque de discernement ou faiblesse de son caucus ? Un manque évident de leadership qui m'amène à souscrire à la note C de Michel Lebel.

      Que dire également du laxisme, de l'absence d'intérêt et de volonté politique pour mettre en application les recommandations de la commission Charbonneau. À ce chapitre, le remplacement du ministre Poëti par le ministre débonnaire Jacques Daout probablement plus malléable par le Cabinet du PM est un révélateur.

    • Patrick Boulanger - Abonné 7 juin 2016 10 h 11

      " Rappel : Depuis vingt ans, mes bulletins de fin de session omettent volontairement d’attribuer une note au premier ministre et au chef de l’Opposition officielle, dont j’analyse le travail à longueur d’année et auxquels il me faudrait consacrer beaucoup plus d’espace que celui dont je dispose dans ces bulletins." (M. David)

      Voir: http://www.ledevoir.com/non-classe/457578/bulletin

    • Pierre Fortin - Abonné 7 juin 2016 10 h 37

      La question que je me pose avant de coter M. Couillard : est-ce que cet homme a assumé son rôle de Premier ministre, de chef d'État, depuis son élection ou s'il ne s'est pas toujours comporté uniquement comme le chef du Parti lilbéral?

    • Richard Lupien - Abonné 7 juin 2016 12 h 34

      Depuis un mois ou deux???

    • Bruno Giroux - Abonné 7 juin 2016 13 h 35

      Pour avoir déjà posé la question à M. David, la réponse est qu'il ne note pas le premier ministre ni le(s) chef(s) d'opposion,

    • Michel Lebel - Abonné 7 juin 2016 14 h 42

      Je prends toutes ces évaluations avec un assez gros grain de sel! À quand une évaluation ''objective'' de certains journalistes, quasi éternels commentateurs de la scène politique? Dans le milieu des journalistes médiatiques, chacun semble se grater mutuellement le dos! Bref, une belle confrérie!
      Il me semble qu'à une autre époque des commentateurs externes, de différentes disciplines, étaient invités pour traiter de l'actualité. Maintenant, paresse ou manque de sous oblige, les commentateurs sont généralement de la classe journalistique et trop souvent les mêmes. C'est dommage pour la vie intellectuelle et démocratique.

      M.L.

  • Hélène Gervais - Abonnée 7 juin 2016 06 h 49

    Vous avez omis ...

    Couillard avec un Z - comme étant aussi pire que Charest, comme 1er ministre, ceci sous une tête d'ange.

  • Serge Morin - Inscrit 7 juin 2016 06 h 58

    Vous êtes bien généreux ce matin .
    Impatient de voir si cela poursuivra demain avec Legeault A+

  • François Dugal - Inscrit 7 juin 2016 07 h 27

    Enrichissons notre vocabulaire

    Complaisance :
    Désir d'être agréable, de faire plaisir face à quelqu'un.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 7 juin 2016 07 h 37

    Z'cuzez?

    Vous auriez pu finir par le Premier, non?

    Ce sont lesquelles, déjà, les cinq grandes faiblesses de Couillard?
    Come on, y manque la "cerise"!