Hors-jeu : Un miracle

Un jour prochain, j'ose l'espérer, vous m'expliquerez pourquoi les spectacles de parades de chiens poupounés, comme celui qui a eu lieu lundi et mardi à l'Empire State Building sous les auspices du Westminster Kennel Club, sont rapportés dans les pages sportives et diffusés par les chaînes de télévision sportives. Je veux bien reconnaître que la tonte d'un poodle en ne laissant que des lisières de minou symétriques aux endroits stratégiques n'est point tâche aisée, qu'elle requiert discipline, effort, force du mental, effacement de soi pour le bien de l'équipe et observation stricte du plan de match, mais s'agit-il bien là pour autant de sport?

Autre question: y a-t-il quelque chose dont vous vous fichiez davantage que des shows de toutous et de leur statut en regard, mettons, d'un vrai de vrai sport comme le pancrace tel que pratiqué à Sparte, où ils ne mangeaient que le gras de la viande et le noyau des olives? Je me doutais, aussi, que cette chronique était plutôt mal partie question maintien de l'intérêt du lecteur.

N'empêche, des rapprochements peuvent être faits entre les deux: le recours à des méthodes illicites, ou du moins moralement répréhensibles. Si vous vous souvenez bien, en avril dernier, il était rapporté ici même qu'au prestigieux concours de chiens Crufts, en Angleterre, la compétition avait été sérieusement ternie par des accusations de chirurgie esthétique portées contre le gagnant, Danny, un pékinois de trois ans — chirurgie bien inutile, au demeurant, puisque la bête était toujours hideuse comme une retaille de vieille grimace. (Et si vous vous en souvenez, franchement, chapeau. Mais vous ne devriez pas encombrer votre espace mnémonique avec ça. À la longue, ça use.)

Un jour prochain, mais un autre, j'ose l'espérer, vous m'expliquerez aussi pourquoi notre ami le Canadien de Montréal, notre fierté collective tatouée sur le plexus solaire, veut faire réduire le compte de taxes du Centre Bell. C'est très égoïste comme prise de positionnement. On a besoin de cet argent pour nos hôpitaux, nos écoles, nos nids-de-poule et nos subventions à Bombardier.

Surtout qu'il y aurait un moyen beaucoup plus facile de renflouer les glorieux goussets: placarder 5000 affiches «Canada» à l'intérieur de l'amphithéâtre en vertu du programme fédéral de commandites. Comment? Il a été aboli? En êtes-vous bien certains? Après tout, si les huiles du gouvernement ne savaient pas qu'il existait, peut-être qu'ils ne savent pas non plus qu'il n'existe plus? Enfin, ce n'est pas très clair, mais qu'est-ce qui l'est dans ce monde complexe, je vous le demande un peu.



À part ça, dans l'époustouflant monde du sport professionnel, il y a les directeurs généraux de la Nationale Hockey Ligue qui se sont réunis à Henderson, au Nevada. Pour vous situer un peu, Henderson est situé à un jet de dés truqués de Las Vegas, mais n'allez surtout pas croire que le hockey professionnel et le gambling entretiennent quelque rapport que ce soit. De toute façon, le hockey de la NHL est devenu tellement ennuyant qu'il n'y a pas une âme, fût-elle compulsive, qui se forcerait à suivre les matchs en pariant dessus. Le seul point en commun, en fait, entre Vegas et le hockey réside dans le fait que les deux coûtent cher et donnent au consommateur, à la fin, comme une vague impression de s'être fait avoir d'aplomb.

Les directeurs généraux sont donc réunis pour songer à penser à imaginer qu'ils pourraient envisager de proposer à la réflexion des changements aux règlements qui rendraient le jeu un peu moins plate qu'un film d'Éric Rohmer ou qu'un roman de Marguerite Duras. Parmi les modifications possibles, on a évoqué la réduction de la taille de l'équipement des gardiens de but — on passerait, par exemple, de jambières faites avec le New York Times du dimanche à La Presse du samedi —, l'interdiction pour les cerbères de manipuler la rondelle derrière le filet et le rétablissement du hors-jeu à retardement.

Malencontreusement, il n'a pas été question de mesures plus efficaces, comme l'obligation de garder les gants pour se battre, le passage de la Zamboni pendant le match ou l'abolition de Gary Bettman.

M. Bettman a d'ailleurs raconté que les propositions de changement «ne visent pas à augmenter le nombre de buts mais à produire plus de chances de marquer». Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je trouve que c'est une très belle phrase, logique à mort. Pas plus de buts, mais plus de chances de marquer, or on sait que ces deux éléments A et B n'ont aucune espèce de corrélation.

Merci, Gary. Ne te reste plus qu'à nous dire comment tu fais pour être toujours aussi bien peigné avec un cerveau en aussi constante ébullition.



Côté cinéma, le film Miracle vient d'apparaître en salle. Miracle est un drame de moeurs d'auteur intimiste — comme le sont toutes les productions Disney — qui raconte les aventures de l'équipe américaine de hockey gagnante inattendue de la médaille d'or aux Jeux olympiques d'hiver de Lake Placid, en 1980.

En 2000, quand on jasait encore du bogue, l'exploit de l'équipe des USA, formée de parfaits inconnus au coeur pur vainquant la puissante machine soviétique de l'empire du mal communiste méchant, a été consacré événement sportif le plus important du XXe siècle dans le monde entier, à travers la galaxie, dans l'univers connu et inconnu et même au delà, jusqu'à ce que vous vous écrouliez de fatigue. La seule réserve étant, bien entendu, que ce sont les Américains qui ont dit ça sans demander l'avis de personne d'autre (les 19 autres moments figurant au palmarès des 20 étaient aussi le fait de sportifs des USA, mais que voulez-vous, c'est comme ça quand on est les meilleurs).

Le plus excitant dans tout cela, c'est que si Miracle connaît du succès, on aura sans doute une suite, comme toujours. En l'occurrence: l'épopée de l'équipe américaine de hockey à Nagano, en 1998. Vous en souvient-il, les p'tits gars s'étaient fait sortir de bonne heure dans le tournoi et avaient eu maille à partir avec le mobilier du village olympique avant de ficher le camp. Jeremy Roenick avait notamment dit: «Nous avons cassé huit chaises en jouant seulement aux cartes. Quand on se penchait vers l'arrière, les chaises se désintégraient.» Parlez-moi d'un miracle.

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1 commentaire
  • michel lemieux - Inscrit 12 février 2004 07 h 58

    Mal choisi

    Dans le contexte politique où nous sommes si vous trouvez inutiles les shows de chiens et chats je qualifie de gaspillage l'espace consacré à ce sujet.....si on s'en fout pourquoi y réserver un tel épilogue...le Devoir, dont je suis un abonné, à Pompano, a davantage intérêt à nous entretenir sur les magouilles de la bande de mafieux libéraux que de nous agacer avec une chronique aussi inutile sur les émissions sur la race canine.

    Je vous vois venir en me répondant que les pages sont assez bien remplies de ces exploits des Chrétien, Gagliano, et Cie. Bien c'est justement pour cela que nous sommes abonnés au Devoir et non au Journal de Mtl. Votre collègue Chantale Hébert à peut-être raison de dire que le scandale du sang contaminé dépasse celui des récentes fraudes de la gang à Gagliano, puisqu'il n'y a pas de mort dans ce dernier cas.

    Ne faudrait tout de même pas mêler les pommes, les choux, les tartes au sucre tant qu'à y être...mais à la veille des élections, après la fuite en avant de Chrétien qui savait ce qui s'en venait...le DEVOIR...peux tapisser ces pages de tout ce qui entoure cette dégueulasse fraude et tricherie qui repousse encore davantage les politiciens derrière les vendeurs de voitures en terme de confiance et crédibilité. SVP monsieur Dion ne faites pas comme les libéraux...pas de gaspillage de cet espace...il y a mieux pour s'en servir. Ex-chef de pupitre que je suis je vous jure qu'il y a sûrement des moments creux plus propices pour publier ces fromages. Michel Lemieux