Spécialité: aménagements comestibles

Un jardin en bouteilles créé par BioCité
Photo: Lise Gobeille Un jardin en bouteilles créé par BioCité

Elles n’existaient pas il y a moins de 10 ans, et voilà que, par monts et par vaux, elles émergent et viennent transformer la vision traditionnelle de l’aménagement. Les propriétaires de ces entreprises, des jeunes passionnés et dynamiques, croient fortement aux aménagements comestibles, beaux, savoureux, et d’entretien minimal.

Ils veulent travailler dans le respect de la nature et favoriser la biodiversité tout en créant des espaces productifs qui donnent des produits frais, biologiques et différents. Idéalistes ? Certainement… Mais ils ont prouvé qu’on peut faire les choses autrement.

Sauf pour Semis urbain, ces entreprises disent s’inspirer des principes de la permaculture, où l’aménagement du paysage imite les modèles observés dans la nature et vise l’intégration harmonieuse des activités humaines à l’intérieur des écosystèmes.

Photo: Paysage gourmand Guillaume Pellan, fondateur de Paysage gourmand, devant un mur comestible réalisé par son entreprise

Paysage gourmand

Parmi les pionniers dans ce domaine, Paysage gourmand, à Rawdon, dans Lanaudière, a été fondé par Guillaume Pellan, formé à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière. Avec son équipe de dix personnes, dont il est fier, il réalise des aménagements paysagers comestibles productifs et ornementaux à entretien minimal.

L’entreprise cultive plus de 350 variétés de végétaux, dont 40 à 50 % sont indigènes. Toujours à quérir de nouvelles plantes, Guillaume Pellan accorde beaucoup de temps à la recherche et au développement. Paysage gourmand vend des plantes, mais seulement sur rendez-vous ou lors d’événements comme le Rendez-vous horticole.

Pour le propriétaire, un sol vivant est essentiel. Il utilise donc de bons composts, des mycorhizes et du bois raméal fragmenté, et jamais d’engrais ou de pesticides. Puis, il cherche à encourager la biodiversité afin d’attirer les insectes bénéfiques, les oiseaux et la faune.

Son entreprise est bien organisée, son service est personnalisé et, pour aider ses clients, il a monté un excellent cartable de fiches sur les végétaux plantés. Communicateur recherché, il donne plus d’une trentaine de formations et conférences par année.

Photo: Paysage gourmand Paysage gourmand cultive plus de 350 variétés de végétaux.

Croque Paysage

À l’origine une entreprise d’aménagements comestibles seulement, Croque Paysage est devenue depuis le 26 mai une jardinerie spécialisée dans ce domaine, sous l’impulsion de sa dynamique propriétaire, Claudine Gascon. Installée à Val-David, elle offre plus de 200 plantes comestibles, des produits connexes, des formations et des ateliers.

Un service d’aménagement, qui vise à créer un espace esthétique, fonctionnel et productif, est offert à la carte. L’entreprise travaille toujours à partir du sol existant, qui est amélioré selon les recommandations d’un agronome après une analyse de sol. Comme beaucoup de clients souhaitaient réaliser eux-mêmes les travaux, l’ouverture de la jardinerie était une suite naturelle.

La propriétaire est formée en design de jardin à l’Université de Montréal et détient des diplômes professionnels en horticulture et aménagement paysager. Elle est entourée de six employés.

Terre d’abondance

Terre d’abondance est une entreprise de Sherbrooke fondée par Alexandre Dagenais et Marie-Noël De La Bruère. Leur mission est de devenir une référence dans la région en tant que producteurs écologiques de végétaux utiles et experts-conseils en aménagement paysager. Lui est technicien en horticulture et possède 20 ans d’expérience en aménagement paysager, elle est herboriste et thérapeute depuis 10 ans.

Leur production de plantes sert à la réalisation d’aménagements ou à la transformation en produits médicinaux, même si leur pépinière ne satisfait pas encore à tous les besoins. La sélection de végétaux disponibles n’est pas grande, mais ils ont des légumes vivaces et des plantes médicinales peu courantes, telles que le chervis, le chou crambe, la roquette de Turquie et l’hysope anisée.

Ils fabriquent eux-mêmes leur compost et produisent leur propre thé de compost pour fertiliser et traiter certaines maladies. Ensemble, leur but est de réinventer l’aménagement paysager afin qu’il serve l’humain et la nature.

BioCité

BioCité, installée dans le quartier Rosemont et oeuvrant principalement à Montréal, a été fondée par le sympathique gaillard Julien Yensen Martin. Ce dernier a étudié en environnement à l’UQAM, où il a travaillé pour le Collectif de recherche en aménagement paysager et agriculture urbaine, et détient une certification en permaculture. Il s’occupe des jardins en bouteille, tandis que son frère Joachim, un autodidacte, est responsable des aménagements comestibles.

La consultation se fait chez le client, où l’on discute des attentes et des disponibilités. Puis, on fait un plan qui est réalisé soit par BioCité, soit par le client. Un suivi pour l’entretien est offert par courriel ou par téléphone. L’entreprise achète tous ses végétaux, sauf quelques fines herbes.

Les jardins en bouteilles sont inspirés du Windowfarms Project de New York. Toutefois, Julien Yensen Martin a développé son propre concept avec des bouteilles de vin recyclées, attachées en colonne par un système de câble en acier. Plus techniques, ils sont néanmoins originaux et esthétiques et permettent de cultiver des fines herbes à l’intérieur toute l’année.

Une colonne de quatre bouteilles coûte 250 $, et on demande 100 $ de plus pour toute colonne additionnelle. On peut faire installer le jardin ou le faire soi-même à l’aide d’une vidéo. L’entretien demande environ une heure par semaine, incluant la récolte. Un manuel d’utilisation est offert. En haute saison, l’entreprise engage deux personnes.

Semis urbain

Semis urbain, situé dans la rue Brock, dans l’ouest de Montréal, a été fondé par Tereska Gesling et Shawn et Trevor Manning. Avec 13 employés, ils installent des potagers et réalisent des aménagements comestibles, autant pour des citoyens que pour des garderies, des coopératives ou des sièges sociaux d’entreprise.

On y offre le service d’entretien et d’installation de systèmes d’irrigation. Afin de maximiser les rendements en bacs, ils utilisent la méthode de production au pied carré et sèment tôt en saison afin de pouvoir faire trois récoltes sur une même surface. Pour empêcher les écureuils de manger les légumes dans les bacs, ils utilisent un grillage souple qui fait bien le travail.

Un volet éducatif pour les garderies et les écoles a été développé par Semis urbain, qui publie une infolettre pour accompagner les jardiniers dans leur production. On trouve aussi une jardinerie sur place, mais la sélection de produits n’est pas exhaustive, car elle est en développement.

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Au jardin cette semaine

Comme tout pousse rapidement grâce à la chaleur et aux pluies abondantes que nous avons eues, il faut penser à tuteurer certaines plantes qui demandent un peu de soutien, comme les lys, les delphiniums, les dahlias…

Il faut aussi palisser les plantes grimpantes.

On doit penser également à fertiliser les boîtes à fleurs, les pots et les paniers. On choisit le type d’engrais selon ses convictions. Mais avec les plantes en pots qui ne sont pas consommées, le plus simple est l’utilisation d’engrais enrobé à dégradation lente, qu’on n’applique qu’une fois en début de saison.

Pour éliminer les indésirables qui poussent à travers les surfaces inertes, telles que le pavé uni ou la petite roche, plusieurs types d’herbicides à faible impact sont disponibles. Ils sont plus efficaces maintenant, car les plantes sont encore tendres.

Au potager, on contrôle l’altise, qui a commencé à faire des petits trous dans les feuilles de roquette, de radis, de chou, etc. La protection avec un voile, comme un agrotextile, est la plus efficace, mais on peut aussi déposer des feuilles de tanaisie ou d’absinthe près des plants, ou encore en faire une décoction et la vaporiser.
 

Dans la bibliothèque

Livre
Jardins et jardiniers laurentiens, 1660-1800. Creuse la terre, creuse le temps
Jean-Pierre Hardy
Septentrion
Québec, 2006, 304 pages

Cet excellent et fascinant ouvrage retrace pour la première fois au Québec l’origine des jardiniers de métier de la période 1660-1800 et évalue leur formation, leur équipement, leurs techniques horticoles, leurs conditions de travail et leur niveau de vie.

Pour ce faire, on s’appuie sur un nombre incalculable de sources manuscrites de première main. On y révèle ce que les habitants et les communautés religieuses produisaient dans leurs potagers et quels étaient leurs légumes préférés, et démontre bien que les potagers urbains, à la mode actuellement, ne sont pas nouveaux : ils étaient bien présents à cette époque.

Une époque, toutefois, où l’alimentation était une préoccupation constante et le jardin, une nécessité sous notre climat. Jean-Pierre Hardy possède une maîtrise en histoire de l’Université Laval et un Ph.D. en histoire de l’Université de Montréal. Chercheur associé au Musée canadien de l’histoire, il y a fait carrière à titre d’historien et de conservateur du Canada français.