Bruxelles, un «hub» de créativité

L’hôtel The Dominican est niché dans un couvent du XVe siècle, au creux du Vieux-Bruxelles.
Photo: James Stokes L’hôtel The Dominican est niché dans un couvent du XVe siècle, au creux du Vieux-Bruxelles.

La capitale de la Belgique et de l’Europe n’en finit plus de se réinventer à coups d’audace et d’innovation. Métropole cosmopolite au carrefour des cultures, Bruxelles protège jalousement ses traditions et son histoire tout en faisant rayonner sa créativité novatrice.

En parcourant ses rues, ses places et ses jardins, on vogue de surprises en découvertes, admirant le meilleur d’hier et d’aujourd’hui. La ville du Manneken-Pis déploie à chaque coin de rue tout un art de vivre, singulier et pluriel, porteur de sens.

De l’architecture à la gastronomie, de l’art au design, de la mode à la bande dessinée, le visiteur a droit à un véritable foisonnement d’idées et de propositions. Pour les férus d’architecture, la ville est littéralement un musée à ciel ouvert avec, notamment, la fameuse Grand-Place, une merveille d’exubérance avec ses splendides maisons baroques et ses édifices gothiques.

Les amoureux de l’Art nouveau et de l’Art déco sont au 7e ciel devant tant de trésors parsemés, çà et là, dans les quartiers. La maison familiale de Victor Horta, le célèbre architecte et icône du mouvement Art nouveau, abrite dorénavant un musée qui lui est consacré.

Photo: James Stokes L’hôtel The Dominican est niché dans un couvent du XVe siècle, au creux du Vieux-Bruxelles.

Parmi les autres incontournables, soulignons le musée Magritte qui expose l’essentiel des toiles et des affiches de ce peintre surréaliste ; Bozar, le palais des beaux-arts qui met en scène à chaque saison un best of de la création contemporaine tous azimuts ; ADAM (Art Design Atomium Museum) qui rend hommage aux créations de plastique avec plus de 2000 objets conçus dans les années 1960-1970 et portant les griffes de designers notoires comme Massimo Vignelli, Joe Colombo, Marcel Breuer ou Gaetano Pesce.

Cet espace voué à la gloire du PVC est situé aux pieds d’un des symboles les plus emblématiques du pays, l’Atomium, le totem phare dans le ciel bruxellois, un héritage de l’Exposition universelle de 1958.

Quant au MIMA (Millenium Iconoclast Museum of Art), c’est le tout nouveau musée dédié au Street Art dans ce qu’il a de plus actuel et révolutionnaire. On y présente une histoire de la culture 2.0.

Il ne faudrait pas bouder son plaisir d’inspecter le Centre belge de la bande dessinée, la référence absolue à l’échelle internationale. C’est dans un temple de l’Art nouveau signé Horta que s’est installé, en 1989, ce musée qui témoigne de la grande histoire et de l’exceptionnel imaginaire des auteurs belges du 9e art, de Peyo à Hergé. On risque fort d’y retrouver son âme d’enfant.

L’art contemporain est également omniprésent sous toutes ses formes à Bruxelles. Non seulement est-il exposé dans plusieurs musées, mais il est également exhibé dans une multitude de galeries d’art avant-gardistes, qui rivalisent d’audace en faisant découvrir tant les artistes confirmés que les talents émergents.

C’est le cas notamment de la très cotée Alice Gallery, des galeries prestigieuses comme Albert Dumont, Daniel Templon et Maison Particulière, et de la Patinoire royale, sans oublier l’incomparable Wiels.

Des hôtels coups de coeur

Parmi les nombreux hôtels coups de coeur, on notera les hôtels-boutiques au design raffiné comme le Vintage, le Zoom, le Made in Louise et l’Hôtel des galeries.

Du côté des palaces, le majestueux hôtel Amigo, ouvert en 1958, continue de séduire, comme le légendaire hôtel Métropole qui rappelle le faste de Bruxelles à la fin du XIXe siècle.

Celui-ci fut pendant des années le refuge de Jacques Brel et de Maurice Béjart, qui y possédaient leur suite. Pour un séjour incomparable, The Dominican, niché dans un couvent du XVe siècle, est une parenthèse de luxe et de volupté au creux de la vieille cité.

De mode et de style

Bruxelles impose de plus en plus son empreinte distinctive comme capitale de styles et de tendances en lançant une invitation à la découverte, au coeur de la ville qui a vu naître Marguerite Yourcenar, Audrey Hepburn, Toots Thielemans, Maurane, Lara Fabian, Jacques Brel, Annie Cordy, Eric-Emmanuel Schmitt, Amélie Nothomb et Stromae.

Côté mode et design, la belgitude se porte bien, avec un vivier de créateurs et de designers hétéroclites et éclatés, parfois diamétralement opposés mais qui ont tous en commun de rejeter la banalité.

Parfois guidés par des figures de proue comme la griffe iconoclaste de l’antifashion Maison Martin Margiela, les designers actuels sont à créer les assises percutantes d’un nouvel art de vivre avec une passion pour le vintage, qu’ils perçoivent comme une mémoire inspirante.

Ce bouillonnement créatif est particulièrement perceptible dans le quartier Dansaert où pullulent ateliers, laboratoires et boutiques. C’est le cas de Carine Gilson, une créatrice de lingerie fascinée par la soie et la dentelle, qui conçoit des collections exclusives dans le respect de la grande tradition.

Conni Kaminski est une créatrice qui renouvelle les techniques du drapé en inventant de nouvelles coupes pour des pièces asymétriques à la signature caractéristique.

Els Vansteelandt et Sophie Heymans sont des artisanes et joaillières qui partagent le même atelier-galerie où l’on retrouve un espace bijoux et un lieu d’exposition pour leurs objets d’art contemporain, qui se retrouvent aussi dans une multitude de musées et de galeries à travers l’Europe.

Bel’Arte est une vitrine fascinante pour les collections de bijoux, d’accessoires et d’objets de plus de 90 designers belges. Diito, cette salle de montre-galerie fondée par deux architectes, continue de susciter le buzz avec ses créations de designers de la relève, ses meubles stylés de marques pointues et ses objets rares et précieux.

Charles Kaizin, lui, est un designer industriel pluridisciplinaire, architecte, musicien, directeur artistique multifacettes, bref un créateur inclassable. Il est au design ce que Fellini fut au cinéma, un magicien prodigieux qui aime bien décloisonner les frontières du design et bouleverser les règles de l’art. Dans son laboratoire hype, il aime provoquer le chaos.

C’est dans cette ruche vibrante, entouré de son équipe, qu’il rêve d’inventer l’impensable. Plusieurs de ses nombreuses créations éclectiques, fantaisistes, complexes et sophistiquées se retrouvent aujourd’hui réunies dans un très beau livre : Charles Kaizin. Design in motion.

On y découvre un styliste hors normes, fanatique de pliage et d’origami, un art qu’il est d’ailleurs allé étudier au Japon et qui est au centre de son univers.

Au beau milieu de ce hub de créativité que vit présentement Bruxelles, l’École nationale supérieure des arts visuels de la Cambre, fondée en 1927, démontre avec éloquence que le temps est venu de penser différemment et de faire les choses autrement.

La Cambre est devenue une des écoles d’art et de design les plus réputées d’Europe en misant sur l’innovation et en proposant une expérience transversale affichée de renouveau original, bigarré et diversifié.

L’institution bruxelloise compte près de 700 étudiants répartis dans 18 départements, allant du design industriel à la création de mode, de la communication graphique et visuelle à l’architecture d’intérieur. Une école ancrée dans l’audace et la modernité qui donne tout son sens à la parole d’Einstein : « Inventer, c’est penser à côté. »


Jean-Claude Poitras était l’invité de Wallonie-Bruxelles Tourisme et d’Air Canada.