Le saumon OGM

Les risques de consommer du saumon génétiquement modifié sont peut-être nuls ou infimes pour la santé, mais alors, pourquoi ne pas l’étiqueter comme OGM?
Photo: Éric Piermont Agence France-Presse Les risques de consommer du saumon génétiquement modifié sont peut-être nuls ou infimes pour la santé, mais alors, pourquoi ne pas l’étiqueter comme OGM?

Les Québécois sont de grands consommateurs de saumon. C’est en fait l’un des aliments favoris des Canadiens en général, bien qu’on ait tout entendu ces dernières années au sujet de ce poisson mythique. Toutefois, les informations à l’égard des OGM demeurent encore bien floues, et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) peine à légiférer sur le sujet, imitant en cela nos chers voisins américains.

Depuis l’arrivée en sol canadien du nouveau saumon transgénique, on en vante les mérites tant sur le plan nutritionnel que sur le plan gustatif. On va même jusqu’à se donner bonne conscience par rapport à la lutte pour l’environnement, récupérée par le marketing de la société qui commercialise le saumon AquaAdvantage.

Comment savoir ce que nous mangeons ?

Alors que tous les pays parlent de traçabilité, de culture biologique et de respect des cultures, il semble bien que nous fassions le contraire. Comment les consommateurs peuvent-ils savoir ce qu’ils mangent, ce à quoi s’attendre ? On ne parle même pas d’identifier le poisson comme OGM, ce qui peut laisser le champ libre à bien des écarts dans la vente de ce produit.

Le ministre canadien de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lawrence MacAulay, affirme qu’il est prêt à manger sans crainte ce saumon, qui évolue comme un TGV en grandeur et en grosseur par rapport à ses congénères de l’Atlantique ou du Pacifique.

Comment prévoir ce que peuvent produire des hormones de croissance sur un produit et leurs conséquences à long terme chez l’humain ? Aussi, pourquoi les consommateurs que nous sommes n’auraient-ils pas le droit de savoir si un produit est génétiquement modifié, d’où il provient et quel producteur l’a élevé ou commercialisé ?

On trouve aujourd’hui des fraises de la grosseur des oeufs et qui durent 12 jours, des poulets élevés en trois semaines alors que la durée normale est trois fois plus longue. Et c’est sans compter les mauvaises conditions d’élevage que subissent certains animaux.

En fait, les risques de consommer du saumon AquaAdvantage sont peut-être nuls ou infimes pour la santé des Canadiens, mais alors, pourquoi ne pas indiquer clairement que le produit est transgénique ?

C’est là que le bât blesse. Le manque de transparence dissimule peut-être d’autres produits de même nature commercialisés chez nous sans que personne le soupçonne. Puis, il ne faudrait pas s’attendre à une baisse de prix pour un produit aussi populaire que le saumon, transgénique ou pas.

Conséquences à long terme

Il est bien difficile actuellement au Canada d’obtenir du maïs ou du soja qui ne soit pas issu de la culture transgénique. Certains pesticides ou végétaux transformés entraînent des conséquences dramatiques pour la nature, comme la destruction de millions d’abeilles pourtant nécessaires à la pollinisation.

Oui à la science, mais non aux manipulateurs qui peuvent modifier les légumes ou la génétique des animaux sans notre accord. Si le processus fonctionne bien avec le saumon, alors on peut imaginer que les crevettes, le homard ou n’importe quel autre poisson fragilisé par les pêches abusives deviendront un jour les nouveaux joujoux des chercheurs.

La disponibilité et la variété des aliments que nous consommons ont grandement évolué. Et cela, à la base, mais aussi lors de transformations où il est désormais possible d’y ajouter vitamines, antioxydants, oméga 3 et autres substances. Ce qui permet, dans certains cas, d’utiliser le marketing pour en vanter des bienfaits nutritionnels parfois discutables.

Les scientifiques de la planète ne s’entendent pas sur les organismes génétiquement modifiés. De plus, l’irradiation de certains produits, comme les épices ou le boeuf haché, pour éviter leur contamination par E. coli, Listeria ou d’autres bactéries, est devenue presque monnaie courante chez nos voisins américains. Avec des conséquences, notamment, sur la santé des jeunes.

En 2016, nous avons le droit de choisir ce que nous voulons consommer et, pour ce faire, nous avons besoin d’une information claire grâce, entre autres, à l’étiquetage des produits.

Dans la bibliothèque

Saveurs
Fruits. 75 techniques
Thierry Molinengo
Éditions de la Martinière
France, 2016, 311 pages

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Découverte

Un nouveau marché s’est installé au bord de l’eau à Montréal, dans le coin des écluses, au 400, rue de la Commune Ouest. Ce marché des Éclusiers, ouvert aux petits producteurs locaux et aux artisans, permet des échanges entre commerçants et consommateurs durant toute la belle saison, jusqu’au 1er novembre.

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Thierry Molinengo Éditions de la Martinière France, 2016, 311 pages


 
2 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 28 mai 2016 19 h 46

    Merci Monsieur Mollé!

    Vous avez entièrement raison sur toute la ligne! Mais, malheureusement, comme le dit l'adage, surtout quand on parle de commerce et d'affaires: Ce qu'on ne sait pas, ça ne fait pas de mal! J'ironise à peine...

  • Pierre Asselin - Abonné 29 mai 2016 06 h 30

    Le droit de savoir

    Monsieur le Ministre , je vous laisse le droit de manger ce que bon vous semble sans connaitre les produits .
    Mais vous êtes élus et vous avez le devoir de respecter les citoyens même si vous pensez détenir la vérité .

    Votre opinion personnel n'a aucune importance