Qui regarde quoi?

Où sont passés tous les téléspectateurs manquants ? Parce qu’il en manque, et beaucoup.

Les données de Numeris, le bureau officiel des statistiques du secteur, confirment que le printemps est une saison morne pour la télé nationale. La tendance devrait se maintenir cet été, comme au cours des dernières années.

Onze émissions passaient la barre du million de téléspectateurs pendant la première semaine de février. La voix (2,3 millions) et Unité 9 (2 millions) dominaient la liste, suivies de près par Les beaux malaises (1,9), Les pays d’en haut (1,9) et Yamaska (1,5). Le top 30 se terminait avec un match du Canadien et Infoman, cumulant environ 730 000 visionnements chacun.

Les résultats se renversent depuis le début mai. Les meilleures positions d’en haut correspondent maintenant aux moins bonnes d’il y a un trimestre. Aucune n’est millionnaire.

La poule aux oeufs d’or (TVA) domine avec 890 000, suivie de près par Testé sur des humains (TVA) et d’autres trucs comme Dans l’oeil du dragon (RC), des films et des reprises. La queue de liste passe maintenant sous le demi-million.

Où sont donc les absents ? Ils jouent dehors ? Ils relisent Kritik der reinen Vernunft ?

Il y a peut-être un peu de ça. Seulement, en gros, en mai, les habitudes de vie restent à peu près les mêmes partout, avec le boulot et l’école pour les jeunes, la routine habituelle quoi. En plus, le printemps a tardé et il neigeotait lundi dernier un peu partout au Québec.

Je miserais plus sur un transfert d’écran. Les gens désertent les chaînes de télé nationales parce qu’elles n’ont pas grand-chose à offrir après la haute saison de septembre à avril.

Les absents n’ont pas toujours tort. Si moins de gens en mangent, c’est peut-être aussi juste parce que cette télé est moins attirante. Le palmarès des émissions les plus regardées comprend des comédies américaines légères, des reprises (Les beaux malaises, Tout le monde en parle), des jeux (Le tricheur). Il n’y a aucune série de fiction originale puisque les réseaux n’en offrent plus.

Ces données forcent d’ailleurs le questionnement sur les stratégies de diffusion des réseaux. On l’a demandé souvent, mais on peut le répéter : pourquoi les chaînes concentrent-elles aux temps froids toutes leurs émissions les plus porteuses, en affaires publiques comme en divertissement, en fictions comme en information ?

Il n’y a rien de naturel dans ce choix. HBO, souvent décrite comme la chaîne la plus influente en fiction télé, profite du printemps pour diffuser la sixième saison de Game of Thrones, série la plus populaire du monde.

 

Et ICI RC Télé ?

Les données de Numeris signalent un autre recul important, concernant le diffuseur public cette fois. Au début du mois (du 2 au 8 mai), le réseau ICI Radio-Canada Télé est passé sous la barre des 10 parts de marché du Québec, avec 9,9 % précisément. Pendant la même période, TVA cumulait 23,3 parts.

Il ne s’agit que d’une semaine, évidemment. Il faudra attendre la tendance pour tirer des conclusions. Entre 2005 et 2014, pour la période des 15 semaines du printemps, la moyenne a toujours été au-dessus de 12 parts, avec un creux à 12,4 % en 2012 et un sommet à 15,9 % en 2014. Une semaine auparavant (du 25 avril au 1er mai), RC grimpait à 12,4 parts.

On peut le dire autrement. Le cumul des résultats des deux autres chaînes généralistes, VS (7,1) et TQS (3,4 %), dépasse le résultat de RC pour cette mauvaise semaine.

La chute à moins de 10 % force surtout à se questionner encore une fois sur la pertinence de programmer de la légèreté à RC supposément pour générer des cotes d’écoute alors qu’elles ne sont pas vraiment au rendez-vous.

 

Et l’information ?

Une autre surprise des statistiques concerne la force du TVA Nouvelles de 18 h en semaine. L’émission d’information frise parfois les 900 000, voire le million de téléspectateurs depuis le début de l’année, avec des fluctuations générales entre le demi et les trois quarts de million.

Le mercredi 18 mai, on en était à 735 000 fidèles. Le bulletin télévisé de TVA figure d’ailleurs ce printemps dans le top des émissions les plus regardées au Québec.

Le Téléjournal concurrent de 18 h de RC reste dans les environs de 300 000 fans. Toujours le mercredi 18, on en était à 202 000, un chiffre de misère puisque Atomes crochus à V fait 54 000 de plus.

À 22 h, par contre, les rendements s’équilibrent un peu. La télé publique refait le plein d’encore 300 000 fidèles tandis que la télé privée en attire environ entre 100 000 et 200 000 de plus.

La force relative de l’info se confirme aussi dans les parts de marché des réseaux spécialisés. RDI accaparait 3,9 parts du marché québécois début mai et LCN 3,8 %. Pour chacune de ces chaînes d’information continue, c’est plus que Télé-Québec, Canal D ou Super Écran.

Il y a moins de monde devant les écrans du printemps. Mais il en reste là…

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