La planification de la retraite poussée à ses limites

Les différents simulateurs et modèles utilisés en planification de la retraite ont leur pertinence. Les normes, les hypothèses et les projections qui en découlent sont des guides valables. Ces outils atteignent cependant rapidement cette limite qui impose une révision périodique des balises et une réconciliation régulière des écarts tellement le cas par cas échappe à une modélisation grand public standardisée et généralisée.

Les conseillers et actuaires retiennent que tous ces outils n’abordent pas les notions d’impôts, de fractionnement du revenu, des avantages de reporter les prestations de la Sécurité de la vieillesse (PSV), du Régime de rentes du Québec (RRQ) ou encore de la récupération de la PSV de la même façon. L’âge de la retraite, le sexe, le statut familial, le revenu familial, la présence ou non d’un régime de retraite, la valeur des placements, un héritage en vue, les objectifs testamentaires, la fiscalité au décès… La liste des considérants insistant sur l’approche individuelle est longue.

Surtout, ils ne sont pas sans s’inspirer d’automatismes et de fausses perceptions. Arrive en tête de liste des vieux réflexes cette distorsion venant d’une prépondérance accordée à la phase d’accumulation dans la démarche de planification, l’importance de la phase de décaissement devenant sous-estimée, avance-t-on. À ce risque du décaissement trop souvent mal évalué s’ajoute celui lié à la longévité. Il est rappelé qu’au RRQ, les rentes sont indexées. Or, au lieu d’y voir une protection contre le facteur longévité, plutôt intéressante en l’absence d’un régime à prestations déterminées, on se sert trop souvent des régimes publics pour prendre une retraite anticipée. Sans compter le jeu de la dissuasion à une retraite hâtive et d’incitation, sous forme de bonification, à une retraite tardive, qui impose de nouveaux arbitrages.

Une autre distorsion vient du concept d’espérance de vie, plus ou moins bien compris. Ainsi, la moitié des gens vont vivre plus longtemps que l’espérance moyenne, qui est très variable dans la population d’un groupe à l’autre. On revient à cette présentation faite en octobre 2014 par Jean-Claude Ménard, actuaire en chef au Régime de pensions du Canada, qui disait : « Si l’amélioration de l’espérance de vie observée récemment, en particulier chez les 75 à 89 ans, se poursuit au rythme actuel, les hypothèses à long terme devront être ajustées en conséquence. » Il s’attend à ce que l’espérance de vie à 65 ans augmente de 3 ans, pour atteindre 25 ans d’ici les 50 prochaines années. « Ce qui indique que la moitié des retraités canadiens dépasseront l’âge de 90 ans », a-t-il mis en exergue.

Cette croyance voulant que l’on dépense moins à 80 ans qu’à 65 ne passe donc pas le test. On vit plus vieux et en meilleure santé.

Une référence qui ne tient plus

Il faut toutefois se réjouir : cette référence du 70 % du revenu de remplacement ne tient pas la route. Le magazine revient à ces deux études servant de référence lorsque vient le temps de déterminer la pertinence de cette balise. On cite les travaux du cabinet de services-conseils McKinsey. Dans la mise à jour 2014 d’une étude réalisée en 2011, le cabinet constate que plus de quatre ménages canadiens sur cinq peuvent espérer maintenir leur niveau de vie une fois la retraite venue. McKinsey s’inspire des trois piliers qui composent le système de retraite canadien, auxquels s’ajoute l’épargne non enregistrée, pour conclure que 83 % des ménages se classent au-dessus du seuil minimum de l’indice de préparation à la retraite.

Les experts retiennent également l’étude publiée en juin 2015 par Malcolm Hamilton, fellow à l’Institut CD Howe, qui rejetait la représentativité de la statistique nationale du taux d’épargne des ménages canadiens en tant que mesure de l’épargne-retraite. Et qui défaisait le mythe du 70 %. L’auteur concluait également que les Canadiens sont raisonnablement bien préparés pour leur retraite. Que la plupart épargnent davantage que le taux national de 5 %. Et qu’ils peuvent aspirer à une retraite confortable avec un revenu de remplacement inférieur à la cible traditionnelle de 70 %.

Sans oublier que les retraités sont très nombreux à être propriétaires de leur résidence, que l’actif immobilier fait partie de l’équation. Reste l’avantage, quoiqu’incertain, d’une inflation basse semblant vouloir persister. Un avantage réduit par la persistance des taux d’intérêt à des niveaux faibles. Ce qui, pour un spécialiste cité par le magazine, vient mettre l’accent sur les frais de gestion. Les frais perçus pour l’administration deviennent d’autant plus un élément clé que l’on évolue dans un environnement de faibles rendements et que l’on travaille sur une base individuelle. Cet enjeu des frais se vérifie davantage en phase de décaissement, là où les investissements sont moins risqués.

Cette chronique s’inspire d’un texte publié dans l’édition de mai 2016 du magazine spécialisé Conseiller.


 
1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 21 mai 2016 11 h 41

    Moyennes et médianes

    «Il s’attend à ce que l’espérance de vie à 65 ans augmente de 3 ans, pour atteindre 25 ans d’ici les 50 prochaines années. « Ce qui indique que la moitié des retraités canadiens dépasseront l’âge de 90 ans », a-t-il mis en exergue.»

    Ce qui est décrit ici correspond à la définition d'une médiane, pas d'une moyenne, ce qu'est l'espérance de vie. Il est possible que les deux soient près l'une de l'autre, mais c'est étrange de lire un actuaire en chef confondre ces deux notions.