Quand des religieuses interpellent le pape François

L’acceptation de femmes dans le clergé est un changement que le pape François, comme ses prédécesseurs, refuse d’envisager.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse L’acceptation de femmes dans le clergé est un changement que le pape François, comme ses prédécesseurs, refuse d’envisager.

Où trouverait-on aujourd’hui une profession réservant aux hommes l’exercice de la médecine et résistant encore à la création d’un ordre des infirmières ? Nulle part ! Des femmes deviennent médecins de nos jours. Or, même pour le salut des âmes, le sacerdoce catholique, issu des apôtres de Jésus, est encore réservé aux hommes. Bien plus, le diaconat, né il y a deux millénaires, a été remis à la mode au concile Vatican II, mais sans que l’Église veuille y reprendre des femmes.

À peine le pape François venait-il de promettre une commission d’étude sur la question que son porte-parole au Vatican, Federico Lombardi, s’empressait de dire qu’il s’agissait surtout d’examiner le rôle des diaconesses aux premiers siècles de l’Église. Pourtant les études à ce sujet ne manquent pas ! Le président des évêques du Canada, Paul-André Durocher, invitait déjà l’Église à revenir à l’antique tradition. Toutefois, le pape n’avait guère paru pressé d’y acquiescer.

On comprend aujourd’hui sa prudence. Un proche conseiller, le cardinal allemand Walter Kasper, a confié à La Repubblica que le débat sera « féroce » dans une Église catholique « divisée en deux » sur cet enjeu. Gardien de l’unité mais ouvert aux femmes, le pape fait face à un dilemme déchirant. Le jésuite argentin, populaire dans le monde mais suspect de déviation à Rome, a trouvé un appui auprès des supérieures des communautés religieuses.

À leur rencontre triennale tenue à Rome à huis clos, ces religieuses lui ont posé quelques questions, dont celle-ci, cruciale pour elles : « Quel obstacle empêche l’Église d’inclure des femmes dans le diaconat permanent, comme cela se faisait dans l’Église du début ? Pourquoi ne pas instituer une commission officielle qui puisse étudier la question ? » Disant avoir, il y a quelques années, abordé le sujet avec un « bon et sage professeur », rapporte le National Catholic Reporter, il leur fit cette réponse :

« Instituer une commission officielle qui pourrait étudier la question ? reprend-il à haute voix. Je crois que oui. Cela ferait du bien à l’Église de clarifier ce point. Je suis d’accord. Je parlerai pour qu’on fasse quelque chose dans ce genre. » Plus tard, il ajoute : « J’accepte. Il me semble utile d’avoir une commission qui clarifierait cela. » Cette réponse aura été bien reçue non seulement chez les religieuses, mais aussi parmi les évêques qui s’y étaient montrés favorables lors du dernier synode sur la famille.

Mais pour les opposants, explique le cardinal Kasper, ce premier pas conduirait inévitablement à l’acceptation de femmes dans le clergé, un changement que le pape François, comme ses prédécesseurs, refuse d’envisager. Alors, le pape aurait-il changé d’idée, mais seulement pour clarifier la question. Que fera-t-on si l’étude ouvre un débat sur l’ordination des femmes ? « Si on regarde le passé, il semble que la réponse est non », dit Kasper. « Mais tout est possible », ajoute-t-il.

Les traditionalistes, lisant les Évangiles au pied de la lettre, refusent d’y déroger. Ainsi, parlant avec Jésus du divorce, ses disciples lui demandèrent s’il ne vaut pas mieux rester chaste. Il leur dit qu’en effet, des eunuques le sont de naissance, d’autres le sont devenus du fait des hommes et certains s’y sont rendus tels « à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre qu’il comprenne ». Des disciples et nombre de fidèles par la suite se soumettront à une stricte chasteté.

« Mieux vaut se marier que de brûler », avait concédé l’apôtre Paul. Mais au IIIe siècle, des chrétiens, dont Origène, un Père de l’Église, prenant Jésus au mot, « s’émasculent », note Élizabeth Abbott dans son Histoire universelle de la chasteté et du célibat. Cette voie de sainteté n’aura guère connu d’imitateurs, du moins à en juger par les écarts sexuels en milieu ecclésiastique. D’autres paroles auraient également gagné à une lecture moins simpliste de l’idéal chrétien.

L’État mal nécessaire (au dire de Paul) n’a pas empêché la fusion de la Rome impériale et de la Rome ecclésiale. L’Église n’a pu convertir l’empire, mais l’empire aura perverti l’Église. « Qui se sert de l’épée périra par l’épée », avait dit Jésus. Des papes et les États pontificaux firent la guerre et rivalisèrent de corruption et d’injustice avec les autres pouvoirs. Le pape François prône l’abolition de la peine de mort, mais pourtant la loi du Vatican prescrivit longtemps ce châtiment indigne !

Mais quel pouvoir institué renonce à ses oeuvres et à ses pompes ? Il faut grand choc ou rare sagesse pour y apporter les changements devenus nécessaires. Et quand on y parvient, les résultats s’avèrent parfois décevants. Les femmes sont nombreuses en médecine, mais les services de santé restent trop souvent inabordables. Des femmes sont policières, mais la police souffre encore de brutalité, de corruption et d’appétit corporatiste outrancier.

Le désir du pape François de faire une place aux femmes est sincère. Déjà des femmes y occupent des postes importants à Rome. Ainsi une journaliste, Lucetta Scaraffia, parenté peu catholique, ex-marxiste, féministe, convertie, est éditorialiste à L’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican. L’une des rares invitées au synode sur la famille, elle ferait aussi une conseillère idéale. Elle a donné au journal Le Monde un témoignage éclairant.

« Ce qui m’a le plus frappée chez ces cardinaux, ces évêques et ces prêtres, était leur parfaite ignorance de la gent féminine, leur peu de savoir-faire à l’égard de ces femmes tenues pour inférieures, comme les soeurs, qui généralement leur servaient de domestiques. »

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7 commentaires
  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 16 mai 2016 06 h 46

    Date périmée?


    Comment expliquer et justifier cette perpétuelle opposition mâle ?

  • Marie-Claude Delisle - Inscrite 16 mai 2016 09 h 48

    Désaffection

    Quand on se reconnaît plus dans un groupe, une famille, une église, on n'est souvent trop petit (peut-être aussi trop souvent méprisé, humilié, ignoré) pour faire autre chose que de débarquer. Je ne me reconnais pas depuis des années dans cette église respectée par ma mère.
    Mais je me rend compte aujourd'hui que l'assembléenationale, je ne m'y reconnais plus non plus. Et je songe sérieusement à ne plus participer à l'exercice de cette fausse démocratie. Je ne ferai sans doute aucune différence.
    SAUF, si beaucoup de femmes, de mères, d'éducatrices, d'accompagnatrices, voire de leaderEs du partage se mettaient à penser qu'il y a des voies contounables à l'empire jadis dominé par la gent masculine.

  • Michel Lebel - Abonné 16 mai 2016 10 h 00

    Une institution distincte

    Pour comprendre cette situation particulière, il faut bien savoir et comprendre que l'Église n'est pas une institution comme les autres. Ce qui est bien difficile à comprendre pour plusieurs. En résumé: elle est dans ce monde mais pas de ce monde. Elle obéit à des règles qui lui sont propres. Sa doctrine et sa Tradition n'obéissent pas aux Chartes séculières! Son évolution ne découle pas d'un processus démocratique.

    M.L.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 16 mai 2016 10 h 04

    Un manque de foi et d'espérance en Dieu

    Selon moi, l'institution ecclésiale catholique actuelle manque de foi et d'espérance en Dieu. Elle demande à Dieu de l'aider à trouver des ouvriers pour sa moisson, mais Le limite dans les solutions: Dieu ne voudrait pas d'un prêtre qui soit une femme, une personne mariée, ou agisse comme père ou mère envers ses enfants. C'est comme si aujourd'hui Jésus de Nazareth ne voulait pas d'un engagement concomitant aussi significatif que celui soutenu par le voeu d'obéissance à un évêque! J'écrirais peut-être «aussi significatif que l'engagement sacerdotal» requis au début du premier millénaire par Jésus de Nazareth si lui-même, ses apôtres et disciples, avaient tenu un discours clair et net à ce sujet et avaient conséquemment été choisis par Dieu en raison de leur sexe et de leur célibat. Dans la société actuelle, discriminer sexuellement les vocations dévalorise moralement l'Église et handicape lourdement la Moisson.

    • Michel Lebel - Abonné 16 mai 2016 11 h 25

      @ Jean-Pierre Lusignan,

      Ce qui manque à l'Église, c'est le feu, la foi folle des saints et saintes. Tout les reste est bien secondaire. Georges Bernanos l'a dit avant moi!

      M.L.

  • Colette Pagé - Inscrite 16 mai 2016 10 h 48

    Ces femmes qui dérangent !

    Pour les femmes, l'Église est à des années lumière d'un changement. Condamnées à oeuvrer à l'ombre des décideurs à des tâches subalternes les femmes ont toujours été utilisé comme servantes loin de la lumière. Pourtant ce sont des femmes des mères qui ont donné naissance à ces pontifes qui craignent comme la peste leur entrée dans le sein des saints.

    Le Pape est désormais pris entre deux factions : les progressistes et les conservateurs assis sur leurs certitudes et réfractaires aux changements qui souhaitent la disparition hâtive de ce pontife progressiste.

    Avant l'arrivée de ce Pape François, comme ils vivaient des jours tranquilles ces cardinaux italients habitués à fréquenter les Grands et à recevoir dans leurs palais.
    Du bling bling cardinaliste loin des préoccupations du Pape.