La grille d’intervention contre l’agrile

Quand un arbre a plus de 20 % de ses branches mortes, il est inutile de le traiter. Il faut l’abattre pour qu’il ne soit pas un foyer d’infestation.
Photo: Lise Gobeille Quand un arbre a plus de 20 % de ses branches mortes, il est inutile de le traiter. Il faut l’abattre pour qu’il ne soit pas un foyer d’infestation.

En 2008, l’agrile du frêne a fait son apparition au Québec et fait régulièrement les manchettes depuis. Mais où en est rendue sa progression et comment la ralentir ? Est-ce que la lutte biologique peut servir à son contrôle ? Quand et avec quoi traiter nos arbres ? Voici quelques éléments pour décrire la situation et aider à faire des choix.

L’agrile du frêne, originaire d’Asie, s’attaque à toutes les espèces de frênes d’Amérique du Nord et au chionanthe de Virginie, un petit arbre ornemental. Son déplacement naturel est d’un à cinq kilomètres par année, et une fois présent dans un secteur, la presque totalité des frênes disparaît environ en six ans. Lorsqu’on observe les premiers symptômes sur un arbre, l’insecte est généralement déjà présent depuis trois à cinq ans.

Ces deux facteurs rendent évidemment son contrôle difficile. Depuis la première détection de l’insecte en 2008, à Carignan, 32 villes du sud du Québec sont maintenant aux prises avec ce fléau. Pour le moment, les hivers rigoureux des régions plus au nord sont des alliés, car à moins 34 °C, les larves hibernant sous l’écorce ont un taux de mortalité de 90 %, mais à moins 23 °C, il chute déjà à 34 %. Or, comme le climat se réchauffe, certaines régions non encore touchées le seront inexorablement.

Plan d’intervention à grande échelle

Durement frappé, le Michigan a été un des premiers foyers d’infestation en Amérique du Nord. Afin de ralentir la progression de l’insecte, l’État a mis en place avec des partenaires le Slow Ash Mortality, ou SLAM.

Photo: Hélène Clément Selon les dernières recommandations, les injections de TreeAzin doivent être faites tous les ans dans les zones où l’infestation est importante.

Ce plan vise avant tout à retarder la montée de l’agrile afin de donner le temps aux chercheurs de trouver des solutions. Toutes les municipalités touchées ou proches de foyers d’infestation devraient avoir une stratégie similaire. Le plan consiste à informer les citoyens, à détecter l’insecte, à piéger et écorcer certains frênes, à injecter 20 % des arbres avec des produits systémiques, à abattre les arbres atteints et à utiliser des arbres-pièges.

La lutte biologique

Les ennemis naturels sont des outils essentiels dans la lutte contre l’agrile et font actuellement l’objet de recherches aux États-Unis et au Canada. Deux petites guêpes parasitoïdes originaires de Chine semblent prometteuses, car en duo elles ont donné de bons résultats.

Testées à Montréal depuis l’été 2015, elles sont le thème d’un projet de recherche en collaboration avec le département américain de l’Agriculture et le Service canadien des forêts. Il s’échelonnera sur plusieurs années afin de suivre le comportement de l’insecte sous notre climat. Minuscules, elles sont sans danger pour l’homme puisqu’elles ne piquent pas.

Une autre petite guêpe d’origine russe, celle-là plus tolérante au froid, pourrait s’ajouter à la liste des ennemis naturels à utiliser dans les années à venir. Aussi, un champignon entomopathogène — c’est-à-dire qui parasite l’insecte et entraîne sa mort — est en phase d’expérimentation à Montréal depuis un an par le Service canadien des forêts.

Abattre ou traiter ?

Comment décider si on doit abattre ou traiter un arbre ? Selon les recherches, dès que celui-ci comprend plus de 20 % de branches mortes à cause de l’agrile, il est trop tard pour le traiter. Certains experts disent même que seuls les arbres sains devraient être traités. En zone non infestée, ceux-ci devraient recevoir des injections dès que l’agrile est détecté dans les 15 kilomètres environnants.

Si l’arbre est atteint et ne peut être traité, il doit être abattu pour éviter la propagation. Il faut vérifier les procédures auprès de votre municipalité.

Photo: Hélène Clément L’arrondissement de Rosemont–La-Petite-Patrie a eu la bonne idée de récupérer le bois des frênes pour en faire des boîtes à fleurs et des bancs originaux. On peut les voir sur la rue Masson.

Quand injecter ? La période idéale a lieu après la floraison pour ne pas affecter les pollinisateurs, c’est-à-dire dès l’apparition des feuilles jusqu’à la fin du printemps. Toutefois, l’injection peut quand même être effectuée jusqu’à la fin d’août. Celles réalisées tôt en saison ont l’avantage de permettre une meilleure cicatrisation avant l’automne.

Avec quoi traiter ? Les produits homologués au Canada sont l’Acecap 97, le Confidor 200SL, l’IMA-jet et le TreeAzin. Montréal subventionne les injections de TreeAzin, tandis que le Confidor 200SL et l’IMA-jet, des néonicotinoïdes, y sont interdits. Les recherches indiquent que le TreeAzin réduirait de 70 à 80 % le nombre de larves, Ima-Jet et Confidor 200 SL de 60 à 90 %, tandis que l’Acecap les réduirait de 60 %. Toutefois, celui-ci est inefficace sur les arbres de gros calibre.

Quant au Tree Age, non encore homologué au Canada mais utilisé aux États-Unis, il tuerait 99 % des larves pour au moins deux ans avec une seule application.

Ces produits sont injectés une fois l’an sauf pour le TreeAzin, dont la recommandation était tous les deux ans jusqu’à récemment, mais elle vient de changer pour les zones infestées car les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Maintenant, un traitement annuel, ou un traitement sur deux années d’affilée, suivi d’un an de pause, est conseillé, selon Régent Harvey, horticulteur à la phytoprotection au Jardin botanique de Montréal.

Peu toxique, ce produit d’origine naturelle est intéressant, mais il soulève des questions parce que son efficacité diminue de 50 % en cinq jours. De surcroît, son coût approximatif pour un arbre de 40 cm à hauteur de poitrine est au moins le double par rapport aux autres produits.

Plusieurs informations contenues dans cette chronique proviennent d’une mise à jour des méthodes préventives contre l’agrile présentée aux producteurs en pépinière par Marc Légaré, conseiller en pépinière à l’Institut québécois de développement en horticulture ornementale. Pour les Montréalais, je recommande de consulter le site Web de la Ville.

Par le transport du bois, nous, les êtres humains, sommes un vecteur important pour la dispersion de cet insecte. C’est pourquoi il est essentiel de savoir si on vit dans une zone réglementée, une information qui se trouve facilement sur le site Web de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Au jardin cette semaine

Pour les amateurs de dahlias et de glaïeuls, la plantation s’effectue au cours du mois de mai. Rien de compliqué : pour le dahlia, on creuse un trou d’une profondeur de 12 à 15 cm et on place le tubercule à l’horizontale, tandis que pour le glaïeul, il est préférable de creuser un trou de 20 cm pour s’assurer que la tige supporte bien ses lourdes fleurs.

Le mois de mai est aussi une excellente période pour la division des vivaces qui fleurissent l’été, afin d’en faire des cadeaux parce qu’elles sont trop grosses ou que le centre est dégarni. Puis, au potager, on peut déjà semer les légumes qui aiment la fraîcheur : arroches, bettes à carde, épinards, laitues, mesclun, radis…

Dans la bibliothèque

Arbres et plantes forestières du Québec et des Maritimes
Michel Leboeuf
Éditions Michel Quintin, 2016, 416 pages

Voilà une nouvelle édition revue et augmentée de cet excellent guide qui permet d’identifier les arbres et autres végétaux communs du Québec et des Maritimes. 215 espèces y sont traitées : arbres, arbustes, plantes herbacées, fougères, lichens… Agréable à consulter, le livre contient plus de 600 magnifiques photos, des cartes de distribution géographique ainsi que de nombreuses illustrations qui facilitent l’apprentissage des connaissances.

Chaque plante fait l’objet d’une fiche concise et complète. On y trouve aussi une liste des plantes forestières comestibles, toxiques et urticantes et des clés d’identification : des outils pratiques. En première partie, l’auteur aborde l’écologie des forêts de ces régions. Comment poussent-elles ? Comment se régénèrent-elles ? Comment se distribuent-elles ? C’est bien vulgarisé, intéressant, et les nombreux encadrés allègent le texte.

Auteur prolifique, Michel Leboeuf a une quinzaine d’ouvrages documentaires sur la flore et la faune de nos bois à son actif. Lauréat à deux reprises du prix Hubert Reeves, il a aussi vu son travail journalistique primé par différents organismes de conservation. Excellent.


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