Hors-jeu: Sports Moins

Voici revenu, ô amis de l'information à chaud, ce moment magique qu'est la présentation de la rubrique Sports Moins, ce recueil épisodique de tout ce qui se fait, se trame, se dit, s'ourdit et s'étourdit de superfétatoire dans le merveilleux monde du sportª. Ou, comme le dirait le New York Times s'il n'était pas aussi prétentieux, All them news that ain't no fit for us to be printin', dude.

En outre, pour se situer dans la tendance de la mode de l'air du temps qui court, cette chronique est publiée avec un délai afin qu'un inconnu camouflé quelque part puisse en expurger toute insanité. Mais pas un petit délai timoré de peureux qui songe à se faire greffer un casque au cas où il se ferait bobo en recevant de l'eau sur la tête pendant la douche, comme les sept secondes de Donald Cherry ou les cinq minutes des Grammys, non non non cent mille fois non: entre le moment où ceci est écrit avec ferveur et où ceci est lu avec les yeux d'enfant que vous possédez toujours, se seront écoulées au moins 12 heures. Ça c'est du délai. Le plus gros délai, en fait, depuis qu'on nous a annoncé que le Québec allait jouer de la cymbale dans le concert des nations dans 1000 jours au gros max et que bon enfin bref.

Tenez, par exemple, il y avait ici, en plein dans cette phrase, une vraie attaque en bonnet difforme contre quelqu'un qui aurait aisément pu tourner au libelle diffamatoire, voire à la chicane on va aller régler ça dans la ruelle, mais paf, elle a disparu. Sans même que vous ne vous en rendiez compte. Admirons ensemble l'efficacité du procédé.

Et pour ceux et celles d'entre parmi vous qui nourriraient des inquiétudes à cet égard, il ne s'agit pas de censure, juste d'assurer le public qu'il n'aura jamais droit qu'à du bon goût. Il est comme ça, le public: attiré par le bon goût. D'ailleurs, un conseil en passant, si vous avez des inquiétudes, vous devriez cesser de les nourrir, ou alors bourrez-les de gras trans, elles ne devraient pas en réchapper longtemps.

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Dans les nouvelles de Sports Moins cette semaine, Aaron Boone. Boone, le troisième-but des Yankees de New York la saison dernière, a une histoire particulière. Son frère, Bret, joue aussi dans les ligues majeures, avec les Marinades de Seattle. Leur père, Bob Boone, a aussi joué de la grosse balle. Si vous n'étiez pas en train de faire autre chose ce jour-là, vous vous souviendrez d'ailleurs avec le motton que Bob Boone, le receveur des Phillies, avait créé l'égalité 4-4 avec un simple avec deux retraits en 9e manche lors de l'avant-dernier match de 1979 contre nos Expos au Stade olympique, et que Mike Schmidt l'avait ultérieurement mise l'autre bord en 11e, ce qui éliminait nos Expos. Je l'avais prise dur, celle-là.

Quant au père de Bob, Ray Boone, il a joué à l'inter et au trois avec Cleveland et Detroit dans les années 1950. Or des trois générations de la même famille dans l'univers éthéré du baseball majeur, voilà qui ne s'observe pas tous les jours. Il y a bien eu Gus Bell et Buddy Bell et David Bell, mais c'est à peu près ça qui est à peu près ça.

Car la rumeur qui veut que les Boone aient été les descendants d'un autre excellent athlète professionnel appelé Daniel Boone est, selon mes sources dans le domaine de la généalogie archétypale, tellement infondée qu'elle s'écroule du seul fait qu'on la regarde de travers. Daniel, on s'en souviendra, a marqué l'apothéose de Fess Parker, qui peut s'estimer chanceux d'avoir fait carrière avec un nom comme ça. Et s'il lançait de la hache en plein milieu du tronc avec une dextérité admirable sur une musique entraînante dans les boisés bucoliques du Kentucky (allez, tout le monde en choeur, même vous là-bas derrière qui faussez, c'est pas grave le groupe va vous enterrer, le couteau à la main il fait son chemin en découvrant l'Amérique il n'a peur de rien car il connaît bien les ruses des Indiens), il n'a jamais pu canaliser le tout en tirs à fendre le marbre pour la bonne et élémentaire raison qu'il a vécu à la fin du XVIIIe siècle alors que le baseball n'a été inventé qu'en 1846.

Ça fait que.

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Toujours est-il que Boone, Aaron, s'est sérieusement endommagé un ligament de genou, il y a trois semaines, en jouant au basketball, à tel point qu'il pourrait rater la prochaine saison au complet. Or son beau contrat, d'une valeur de 5,75 millions $US pour 2004, stipule que s'il se blesse en jouant au basket, les Yankees peuvent ne pas le payer, voire le libérer, de même, en lui disant quelque chose du genre: je t'avais dit de ne pas coller ta langue sur la barre de fer à -20°C, maintenant sèche.

Or selon une enquête minutieuse menée par mes sources triées sur le volet (celui qui grince et bat au vent et à travers les interstices duquel l'on peut à loisir espionner les voisins), le basketball n'est pas, tant s'en faut, la seule activité de détente interdite à leurs porte-couleurs par les Yankees. En effet, vrai de vrai, vous pouvez l'aller lire dans la dernière livraison de Sports Weekly publié par les productions USA Today si vous ne croyez pas ce que raconte mon volet, sont également proscrits les divertissements suivants:

Le pilotage d'avion, le parachutisme, le rodéo, le parapente, le golf, la boxe, le saut à la perche, le surf, le bowling, le billard, la natation, le ping-pong, les dards, le grimpage aux arbres compétitif, le bûchage de bois, ainsi que le logrolling, cette passionnante discipline qui consiste, debout dessus, à faire rouler un tronc jusqu'à ce que votre rival se ramasse à la flotte et que mon dictionnaire informatisé personnel rend par «concours d'agilité sur billots», ce à quoi je proposerai en remplacement le bien plus pittoresque «pitounage».

Une nomenclature à laquelle vous êtes censés réagir par un ahurissement interloqué en murmurant: «le saut à la perche, je comprends, mais le billard...?»

Et dans la prochaine livraison de Sports Moins, un dossier: pourquoi JC Chasez, un autre ancien du groupe N'Sync, s'est-il vu, dans la foulée de l'affaire Justine-Janet, retirer le spectacle de la mi-temps du Pro Bowl de la NFL, avant-hier? Est-ce parce qu'il allait chanter son grand succès Blowin Me Up (With Her Love), dont je vous laisse le soin de la traduction littérale?

jdion@ledevoir.com

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