Théâtre: Mal barrés mais...

Les Masques sont tombés, la neige a continué à neiger et si jamais, sous les congères ou derrière un mur de sloche, vous réussissez à retrouver votre auto et recommencez à fréquenter les salles obscures... aussi bien vous dire tout de suite qu'on vous attend de l'autre côté du réel. Il faudra prendre de grandes respirations par le nez. Et vous préparer à certaines remises en question assez costaudes avec les spectacles qui s'apprêtent à prendre l'affiche d'ici quelques jours.

La liste est impressionnante, comme toujours. Mais on en retient surtout le Gauvreau de L'Asile de la pureté au TNM, le plus virulent des Albee (Who's Afraid of Virginia Woolfe) au Saidye Bronfman et Howie le Rooky qui revient à La Licorne. Ce qui reste de l'hiver théâtral promet d'être plutôt chaud dans les semaines à venir. Tout cela dit, on souhaiterait ici attirer carrément votre attention sur deux spectacles qu'il faut mettre à votre agenda si ce n'est déjà fait.

Deux coups de poing en plein coeur, au beau milieu de l'âme. D'un côté La Cloche de verre de Sylvia Plath, avec Céline Bonnier, traduit, adapté et mis en scène par Brigitte Haentjens au Quat'Sous. De l'autre, La Promenade de Robert Walser avec Paul Savoie, adapté et mis en scène par Jean-Marie Papapietro dans la petite salle du Goethe Institut. Deux pierres noires polies. Ou vertes peut-être comme celles qu'on se fabrique soi-même avec les années et qui nous empoisonnent la vie...

Surtout que ces deux spectacles étaient au départ plutôt «mal barrés» comme disent les cousins français. Ils sont tous deux issus de romans qui n'ont jamais rien eu à voir avec le théâtre. Et encore: des «romans» particulièrement atypiques qui ne ressemblent en rien à ce qui s'écrivait autour de Plath et Walser au moment où ils écrivaient. Ce sont les seuls d'ailleurs qu'on connaisse à ces deux auteurs tout aussi déchirés l'un que l'autre par la vie.

Robert Walser a passé la majorité de son existence «en institution» comme on dit, enseveli, ensablé peu à peu sous les médicaments, presque inconnu. Sylvia Plath a subi de nombreuses séries de «traitements» aux électrochocs avant de constater qu'elle ne pouvait plus continuer... et de gagner un Pulitzer à titre posthume. Malgré les générations qui les séparent, malgré les différences profondes qui marquent leur oeuvre, un grand point commun réunit Sylvia Plath et Robert Walser. À peine arrivés au tournant de la trentaine, ils avaient tous deux déjà chaviré...

Mais il y a d'abord et avant tout que La Cloche de verre et La Promenade sont deux spectacles exceptionnels adaptés pour la scène de façon magistrale. Dans les deux cas, on est arrivé à donner corps à deux textes éminemment littéraires. Haentjens et Bonnier en sculptant un petit bijou théâtral où le moindre geste, le moindre détail scénographique et le moindre sourire forcé viennent donner encore plus de sens à un texte dénonciateur se présentant sous des airs entendus. Papapietro et Savoie en faisant ressortir la plus petite couleur et le plus infime relief de l'univers imaginaire que Walser s'est créé comme pour faire contrepoids à sa vie qui allait devenir de plus en plus restreinte, de plus en plus limitée. Une partition finement ciselée par le jeu des comédiens, dans les deux cas. Si Céline Bonnier est un Stradivarius, comme disait Brigitte Haentjens en entrevue, Jean-Marie Papapietro pourrait certainement dire de Paul Savoie qu'il prend ici la stature d'un Paganini.

Au Quat'Sous, vous avez jusqu'au 3 mars pour vous en rendre compte par vous-mêmes. Mais pour La Promenade toutefois, il vous faudra faire vite, car la production quitte l'affiche du Goethe le week-end qui vient.

En vrac
- Le rire à tout prix et l'effet comique à répétition ont-ils pris d'assaut nos scènes de théâtre? Le théâtre est-il contaminé par le rire? Faut-il croire que le cabotinage et la dérision systématique répondent à un prétendu besoin du public d'en avoir pour son argent? La revue Jeu vous invite à vous pencher sur toutes ces questions lundi prochain à 17h précises, au Théâtre du Rideau Vert dans le cadre de ses Entrées libres. Comme d'habitude, Michel Vaïs animera la discussion publique après avoir donné la parole à ses invités. Le comédien Benoît Brière et les metteurs en scène Paul Buissonneau, Martin Faucher et Denise Filiatrault nous feront part de leurs commentaires sur le sujet. Comme d'habitude aussi, l'entrée est libre.
- Pour célébrer son soixantième anniversaire, le Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec fait les choses en grand avec la création de Hermione et le temps un opéra de Denis Gougeon sur un livret de Normand Chaurette d'après Le Conte d'Hiver de Shakespeare. C'est Suzanne Lantagne qui signe la mise en scène de cette production réunissant plus d'une trentaine de personnes sur scène. On retrouvera là des comédiens, des chanteurs et des musiciens, bien sûr, mais aussi des élèves de deuxième année, le Studio d'opéra et un ensemble du Conservatoire de musique sous la direction de Raffi Armenian. Ça se passe au Théâtre d'Aujourd'hui du 13 au 21 février.
- Ceux qui n'ont pas encore vu Jocelyne est en dépression, la tragédie météorologique d'Olivier Choinière, pourront se rattraper jeudi, à 20h à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal. Rappelons que le texte de Choinière emprunte tout autant aux nouvelles télévisées qu'à la tragédie antique et puise «dans une matière apparemment banale et pourtant fort riche, l'hiver et la météo, pour mettre en lumière une société qui se victimise» comme le souligne justement le communiqué envoyé aux médias. Choinière signe aussi la mise en scène du spectacle produit par l'ARGGL (Activité répétitive grandement grandement libératrice). La chose est d'autant plus intéressante que l'entrée est gratuite. On doit cependant se munir d'un laissez-passer qu'on peut aller chercher à la Maison de la culture, avenue du Mont-Royal.
- Si l'improvisation vous intéresse, signalons que la 26e saison de la Ligue nationale d'improvisation (LNI) s'est amorcée hier soir au Medley. On vous en parle parce que ça se passe tous les lundis soir, à 19h, qu'une cinquième équipe, les Jaunes, participe cette année à la course à la Coupe Charade et qu'une série d'événements pour la famille sont prévus durant la semaine de relâche scolaire. Le 2 mars, par exemple, les comédiens de la série Dans une galaxie près de chez vous affronteront une équipe de la LNI; le lendemain, ce sont des comédiens de l'émission jeunesse Ayoye qui répondront au défi d'une autre équipe de la LNI. Information: (514)528-5430.

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