Sexisme et autres broncas ordinaires

Une femme a écrit sur une autre dans un magazine masculin, et un déluge d’insultes lui est tombé dessus. La journaliste Julia Ioffe a tracé un portrait de Melania Trump dans la dernière livraison de GQ. Le mensuel masculin (Gentlemen’s Quarterly) se consacre à la mode, la culture, les sports, la technologie, le sexe et les femmes, dont il publie régulièrement sa liste des plus sexy. Une des six sections en ligne s’intitule « Women » et ne propose que des photos de jeunes déesses en bikini.

Mais bon, comme Playboy, GQ peut aussi se consulter pour ses articles. Celui intitulé « Melania Trump Speaks ! » semble irréprochable. Il faut dire que la signataire publie régulièrement pour de très prestigieuses publications, dont The New Yorker, Foreign Policy ou The New York Times.

Dans l’article daté du 26 avril, elle raconte les origines de l’ancien mannequin slovène (5 pieds 11 po, 125 lb, avec une forte poitrine, précise le portrait), sa rencontre du milliardaire Donald Trump, sa vie auprès du candidat à l’investiture républicaine. Elle fournit en prime un secret de famille, un demi-frère que Madame, née Melanija Knavs, n’a jamais rencontré. La personnalité portraiturée n’a pas aimé ce reflet d’elle-même. Elle l’a fait savoir poliment. Passons.

Peine et honte

D’autres réactions vitrioliques reçues par la journaliste font trembler de peine et de honte. Le média britannique The Guardian en présentait un florilège ce week-end. Comme Mme Ioffe est d’origine juive, les trolls antisémites ont redoublé d’ardeur. Jeudi, elle recevait un appel anonyme diffusant un discours d’Hitler. On lui a envoyé le dessin d’un juif recevant une balle dans la tête et un photomontage d’elle en prisonnière d’Auschwitz, étoile jaune comprise.

Julia Ioffe est aussi d’origine russe. Elle a déclaré au Guardian qu’elle n’a vu ce genre d’attaques qu’en Russie et qu’elle craint pour la liberté de la presse en Amérique si les républicains l’emportent en novembre avec le mari de Melania.

La journaliste américaine n’a pas appuyé sur le fond sexiste de ce climat de terreur. C’est pourtant aussi le problème : quand une femme prend la parole publiquement, elle s’expose à une réaction menaçante, féroce, agressive. Hillary Clinton, adversaire de M. Trump, a droit à un Himalaya d’insultes misogynes.

Le groupe Women, Action Media (WAM) a classifié en 2014 les types d’attaques en ligne visant les femmes. On y retrouve un quart (27 %) de discours haineux (sexistes, racistes, homophobes, souvent en combinaison), un peu moins (22 %) de « doxxing » (divulgation d’informations personnelles), des menaces violentes (13 %) et des mensonges (9 %).

Le même Guardian a dévoilé il y a deux semaines une étude basée sur une masse de 70 millions de commentaires reçus depuis 2006. Leur classement révèle que huit des dix journalistes les plus harcelés sont des femmes, dont une musulmane et une juive. À l’inverse, les dix journalistes les moins victimes d’abus sont tous des hommes. Le média a bloqué 1,4 million de commentaires depuis la mise en place de son système d’interaction virtuelle.

La journaliste sportive Chantal Machabée a raconté la semaine dernière dans un reportage d’ICI RC Télé être constamment victime d’intimidation sur les réseaux sociaux. Elle se sent parfois tellement menacée qu’elle se fait raccompagner par des collègues pour sortir de certains endroits où elle travaille. L’idée de ce reportage a été fournie par une vidéo virale faite par des journalistes de Chicago où des hommes leur lisaient à voix haute, devant elles, de vrais de vrais épouvantables commentaires reçus.

Il n’y a pas que les professionnelles des communications dans la mire des houspilleurs. Une enquête australienne publiée en mars montre que le harcèlement des femmes en ligne est en train de se normaliser. La moitié des clientes des réseaux numériques reçoivent des commentaires injurieux, où tout se mélange: l’apparence des victimes, leurs origines ethniques, leurs idées. Là encore, les plus sauvages intimidations menacent de viol ou de mort. Le taux de harcèlement grimpe à 76 % pour les moins de 30 ans.

On ne devient pas femme harcelée, on naît telle, dirait-on. Le récent 30e anniversaire du décès de Simone de Beauvoir a d’ailleurs été l’occasion pour le journal Libération de rappeler à quelle bronca s’est exposée la féministe à la parution de son essai Le deuxième sexe. Elle a été accusée dans les recensions d’être une « pauvre fille névrosée, une refoulée, une frustrée, une déshéritée, une virago, une mal baisée, une envieuse, une aigrie bourrée de complexes d’infériorité à l’égard des hommes, à l’égard des femmes ».

Des lettres en rajoutaient, en pire. « Je reçus, signés ou anonymes, des épigrammes, épîtres, satires, admonestations, raconte l’essayiste dans La force des choses. Insatisfaite glacée, priapique, nymphomane, lesbienne, cent fois avortée, je fus tout, et même mère clandestine. On m’offrait de me guérir de ma frigidité, d’assouvir mes appétits de goule, on me promettait des révélations, en termes orduriers, mais au nom du vrai, du beau, du bien, de la santé et même de la poésie indignement saccagés par moi. »

1 commentaire
  • Jacques Morissette - Inscrit 2 mai 2016 12 h 21

    Quand les différences dérangent.

    Quant à moi, ce sont toujours La ou Les femmes, à commencer enfant par ma mère, qui ont toujours été mes meilleures guides. Comme il y a des hommes natures qui font, à l'exemple de ces femmes porteuses de lumière, pour éduquer les jeunes.

    Par contre, il y a des hommes cherchant plutôt à faire entrer dans les rangs, souvent deux par deux pour l'anecdote. Identiques aussi, ces femmes qui cherchent à faire comme ce genre d'hommes dénaturés, dont l'ambition est de les imiter.