Guérir en dépit du verdict

Chevauchant le merveilleux et le scientifique, le livre «Rémission radicale» ouvre des horizons au patient ou à celui qui ne veut pas en devenir un.
Photo: iStock Chevauchant le merveilleux et le scientifique, le livre «Rémission radicale» ouvre des horizons au patient ou à celui qui ne veut pas en devenir un.
Aussi farfelue qu’elle puisse paraître, j’ai été émerveillée par l’histoire de Shin, un Japonais ergomane à qui on avait diagnostiqué un cancer du rein métastatique incurable. Voilà un mélange d’imaginaire poétique, d’instinct de survie et de sain détachement par rapport aux dogmes, me dis-je. Après l’avoir opéré, irradié, soumis à la chimio, son équipe médicale le renvoie chez lui cinq mois plus tard, avec son soluté planté dans le bras, pour qu’il puisse voler vers les anges en paix, persuadée que ses jours sont comptés.

 

Cet homme d’affaires prospère au mode de vie rigide commence par jeûner, puis à respirer dehors 42 minutes avant le lever du soleil parce qu’il a observé que l’air est chargé d’oxygène à ce moment-là et que les oiseaux se mettent à chanter. Shin renoue également avec le violoncelle dont il avait cessé de jouer 25 ans plus tôt et passe plusieurs jours par mois dans une retraite de source thermale de montagne, répandues au Japon. Il ajoute également un peu de câlinothérapie et une diète proche du macrobiotisme à sa cure jusqu’au-boutiste.

Plus de 25 ans plus tard, Shin se consacre à aider les gens atteints de cancer. Lorsqu’on n’a plus rien à perdre, on peut improviser et suivre son instinct, une partie du cerveau reptilien assoupie en Occident. Les médecins de Shin ont probablement inscrit « rémission spontanée » dans son dossier ; le terme consacré en médecine conventionnelle.

Il faut faire aujourd’hui ce que tout le monde fera demain

 

L’histoire de Shin est relatée avec moult détails dans le best-seller de la chercheuse américaine en oncologie intégrative Kelly A. Turner, Rémission radicale. « C’est la favorite des lecteurs », me glisse l’auteure domiciliée à Brooklyn, présentement en congé de maternité.

Une pure anecdote ointe à l’huile de serpent ? Non, une parmi les 999 autres que la chercheuse a puisées dans la littérature scientifique et sur le terrain. 1000, c’est un peu le nombre d’or en recherche, le chiffre à partir duquel on commence à vous prendre au sérieux. J’ai testé la démarche de Kelly A. Turner auprès de plusieurs médecins depuis la lecture de son livre l’été dernier ; chaque fois, ils ont haussé un sourcil. Une spécialiste en oncologie m’a même lancé à la blague : « Si mes patients suivent les recommandations de ce livre, je n’aurai plus de travail ! »

Plus radical que spontané

Kelly A. Turner ne se destinait pas à faire sa thèse de doctorat sur ces cas de rémissions plus radicales que spontanées. « Ce n’est pas du tout spontané, insiste-t-elle. Ces gens-là ont tous fait quelque chose, ce n’est pas arrivé par miracle. Simplement, la science les a ignorés parce qu’elle ne pouvait pas l’expliquer. Ça va à l’encontre de tout ce qu’on m’a enseigné : s’intéresser aux anomalies. Si Alexander Fleming avait fait la même chose, il serait passé à côté de la pénicilline. »

Photo: iStock Chevauchant le merveilleux et le scientifique, le livre Rémission radicale ouvre des horizons au patient ou à celui qui ne veut pas en devenir un.

Mme Turner a consacré dix ans à son ouvrage de vulgarisation, un petit « miracle » en littérature oncologique. Pour sa recherche, elle a obtenu une bourse de l’American Cancer Society, entrepris un voyage de dix mois pour rencontrer une cinquantaine de guérisseurs des Philippines au Brésil, compilé une centaine d’entrevues directes et l’étude de 1000 comptes rendus (aujourd’hui 1500). L’oncologie intégrative a le vent dans les voiles aux États-Unis dans des hôpitaux spécialisés en cancérologie, où il n’est plus surprenant d’ajouter la méditation, le yoga ou la nutrition aux approches classiques.

Mais Kelly A. Turner a voulu percer le secret de ces patients condamnés par la médecine et qui s’en sortaient malgré tout. Et c’est là toute la valeur des recherches dont fait état Rémission radicale, paru en 2014 et déjà traduit en 20 langues. « J’ai voulu montrer également que le phénomène était universel. J’ai rencontré des gens partout et qui ont guéri, peu importe l’étape du cancer. »

Kelly A. Turner n’est pas contre la médecine occidentale, mais elle fut surprise d’être la première à s’intéresser scientifiquement à ces laissés-pour-compte qui viennent troubler les certitudes et défier les protocoles établis. « Pour la plupart, leur démarche ne coûte rien sauf du temps. 75 % des cancers se préviennent par le mode de vie. Il n’y a pas un sou à faire avec ça. J’aimerais approfondir mes recherches, mais il n’y a pas de médicaments à vendre au bout. Il me faudrait un million de dollars en financement… »

Neuf stratégies au programme

La chercheuse a eu la bonne idée de circonscrire les démarches des patients en un tronc commun composé de 75 approches différentes. Puis, elle a extrait neuf stratégies qu’utilisaient tous ces « miraculés » du cancer qui avaient abandonné les traitements classiques ou survécu malgré des pronostics sombres de moins de 25 % de chances de survie. Sur les neuf facteurs, dont l’alimentation et les suppléments, on en retrouve sept qui touchent à l’aspect mental, un domaine peu ou pas investi par les médecins.

L’esprit, c’est comme un parachute. Il n’est utile que s’il est ouvert.

 

« Ce que j’explique dans le livre n’est pas “ mes ” idées. Je ne peux pas affirmer si ces neuf facteurs vont guérir les gens, précise Kelly A. Turner. Tout ce que je peux dire, c’est : voici ce que ces survivants ont tous fait. Et voilà ce que la science dit sur ces neuf hypothèses dans des études randomisées contrôlées. »

Loin de prétendre offrir de faux espoirs ou culpabiliser ceux qui n’arrivent pas à s’en sortir, la chercheuse souhaite plutôt éveiller le public et les médecins à une approche plus novatrice à laquelle certains jeunes oncologues sont déjà sensibles. Et bien sûr, agir en amont, en termes préventifs et d’autonomisation des patients. Mme Turner s’attendait à être reçue très froidement par la communauté médicale ; au contraire, des médecins lui écrivent pour la remercier d’avoir examiné des cas qui demeuraient mystérieux dans leur pratique.

« Il y a pire que les faux espoirs, il y a la mauvaise science. Je ne pouvais pas, en toute conscience, ignorer quelque chose qui fonctionne. Ces gens-là ont trouvé une solution par eux-mêmes et nous agissons comme s’ils n’existaient pas. »

Ils ont peut-être, effectivement, quelque chose à nous enseigner. Ne serait-ce qu’un peu d’humilité devant l’improbable.

Noté que le livre Rémission radicale de Kelly A. Turner (Flammarion Québec) paraîtrait le 5 mai prochain. On peut aussi consulter le site Web de la chercheuse pour y soumettre sa propre histoire de rémission radicale ou s’inspirer de celle des autres.

 

Écouté l’entrevue que donnait Jean-Luc Marcil à l’animatrice Isabelle Maréchal il y a un mois. Un bel exemple d’autonomisation et d’ouverture d’esprit, M. Marcil s’est débarrassé d’une tumeur agressive à la vessie en un mois (!) en faisant appel aux approches complémentaires début 2014. Il n’a plus eu besoin d’être opéré… Anecdotique ? Une histoire inspirante d’un homme très décidé et en phase avec la mouvance de l’oncologie intégrative. Le plus sidérant demeure que l’oncologue de M. Marcil n’était pas intéressé de savoir ce que son patient avait fait…

 

Aimé le livre du Dr Daniel Minier, dermatologue à Sherbrooke : Vieillir est inutile et dangereux (Carte blanche). Le titre est trompeur et le médecin déborde largement de la simple ride pour nous expliquer ce qui endommage nos cellules, notamment l’oxydation et l’inflammation. Un dermato qui ne parle pas Botox, mais plutôt nutrition, jeûne, prévention active, et qui informe la population en attente d’un médecin de famille ? ! Voilà du travail en médecine intégrative qui mérite d’être souligné, d’autant que le mot « cancer » revient souvent dans cet essai.

 

Reçu la réédition de Les aliments contre le cancer (Trécarré), dix ans après sa première parution, de Richard Béliveau et Denis Gingras. Le tiers de l’ouvrage est inédit et basé sur les plus récentes études en matière de nutrition. L’alimentation jouerait pour le tiers des cancers, autant que le tabac. Un livre de base en oncologie intégrative, et pourtant, ce sont encore les patients qui en parlent à leur oncologue, et rarement l’inverse. Le chercheur Béliveau constate que les changements sont excessivement lents, en partie à cause des messages contradictoires véhiculés dans les médias.

Les radicaux libres

Son recueil ne parle pas de ces radicaux libres qui participent au vieillissement de notre corps, mais plutôt de ceux qui se sont saisis du gouvernail et font dire à mon collègue-chroniqueur, Jean-François Nadeau : « Notre époque est accablée par la dictature de l’actionnariat. Il est convenu d’avance qu’il faut se résigner devant les frontières fixées par ceux qui imposent une réalité dogmatique établie à leur seul profit. » Cette phrase peut s’appliquer à bien des establishments dans notre société. On peut relire ici des textes ciselés ou inédits et se laisser séduire à nouveau par une plume exceptionnelle mise au service d’un esprit critique à la fois mordant et amoureux du bien commun. Nadeau pose son regard d’historien et d’esthète sur notre fragile esquif, tangue entre l’affection et l’indignation. À lire librement.

Les radicaux libres, Lux
11 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 29 avril 2016 06 h 25

    Ils ont trouvé la solution par eux-mêmes

    Je pense que c'est la phrase clé de leur VIE et ça répond à toutes les questions.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 avril 2016 07 h 18

    Spectaculaire!!!

    Non seulement ce que vous nous racontez, c'est carrément prodigieux, mais surtout encore une fois ce texte que vous nous prodiguez généreusement en ce vendredi.

    Je lis le Devoir parce qu'on y retrouve non seulement les Meilleurs Journalistes mais aussi des Bonnes Nouvelles et des messages d'espoir.

    Votre texte est fantastique, si je ne m'étais ajouté un Andrée d'humilité, je vous aurais encore servi un panégyrique dythiranbique...

    Merci au coton, et bravo.

    Il y a encore des joyaux, comme vous, parmi les ordures!

    Ça commence si bien ma journée!!!

    • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 29 avril 2016 10 h 13


      101 % d'accord !

  • Daniel Cyr - Abonné 29 avril 2016 08 h 24

    Source d'une citation

    Étonnant qu'aie été attribué à une source anonyme la citation « L’esprit, c’est comme un parachute. Il n’est utile que s’il est ouvert ». Elle est une traduction de la célèbre « A mind is like a parachute, it doesn't work unless it's open » de Frank Zappa. Il est facile de trouver des références sur le net. Elle est aussi collée sur ma porte de bureau! Elle y trône avec une autre que j'aime bien de lui : « Don't mind your make-up, you'd better make your mind up. »! Fucké ce cher Zappa mais tout de même un peu songé, du moins assez pour qu'on lui accorde le crédit de cette citation!

  • Yvon Bureau - Abonné 29 avril 2016 09 h 04

    Guérir avant de mourir

    Ça prend donc du temps pour naître !

    Selon moi, c'est en finissant globalement de naître que l'on guérit.

    Ai eu un cancer grade 4, il y a 20 ans. Durement gradé, même gradué, quoi !

    Je suis un Passé-date, un au bout du bout de la courbe des stats. Un Tudevraispasêtrelà.

    Bien sûr que j'ai pris et les traitements traditionnels, scientifiques, ET toutes les autres approches et soins qui m'ont paru pouvoir avoir du sens.

    Le gros problème pour un de mes médecins : on ne saura pas, si tu guéris, qu'est-ce qui t'a fait guérir. Ma réponse fut : peu m'importe, moi, l'important, c'est de vivre longtemps après guérison.

    L'important, c'est de créer, c'est de vivre en création. Créer demande beaucoup d'humilité. Créer, c'est souvent mourir un peu, mais c'est toujours vivre beaucoup.

    Enfin, la grande guérison, un jour, c'est de bien mourir, «Puisqu'il nous faut bien mourir un jour» (titre d'un livre).

    Merci Josée. Écrire, c'est créer, humblement, une lettre à la fois. Écrire, c'est créer un astre. Sachant que l'émergence d'un enlignement des astres ne nous appartient pas.

    • Yvon Bureau - Abonné 29 avril 2016 15 h 36

      J'ajoute.
      L'importance+++ de la psychothérapie. L'approche psycho-corporelle intégrée me fut appropriée. Et la thérapie d'impact

      Il y a en chacun de nous le désir de vivre ET le désir de mourir, de disparaître (souvent inconscient).

      Souvent, on choisit de ne pas changer; la tentation de mourir devient grande. Plutôt mourir que de changer.

  • Denis Paquette - Abonné 29 avril 2016 09 h 21

    Notre environnement, peut être n'est-il pas encore vraiment connue

    Nous savons que nous allons tous mourir, mais pourquoi mourir tôt, enfin pour ceux qui ont le courage de durer, le cancer n'est il pas une maladie du désespoir, surtout que nous savons maintenant qu'il appartient au système, la mort et la vie sont intimement reliées dans notre psychée, a nous d'y voir, j'admets qu'il n'est pas évident de mourir un peu chaque jour, tous ces rides qui apparaissent, qui en sont la preuve, tous ces muscles qui disparaissent a vue d'oeil, cette peau qui devient transparente, voila notre environnement avec lequel nous devons faire avec,