Technologie: Un Pingouin dans la classe

Avec un ministère de l'Éducation qui peine à ouvrir les cordons de sa bourse, les écoles n'ont pas le choix : elles se doivent de faire plus avec beaucoup moins. Poussée à la fois par un président du conseil d'établissement, une équipe du tonnerre et les créateurs de la distribution québécoise ÉduLinux, la communauté de l'école secondaire La Magdeleine située à La Prairie en Montérégie, a résolument pris le virage Pingouin, et ce, pour le plus grand bonheur de tous... y compris pour celui du grand argentier de la commission scolaire.

Que faire lorsque son parc informatique actuel est vétuste, un tantinet hétéroclite et que les budgets ne permettent que de faire du saupoudrage ? Quand on sait que ce ne sont pas les 10 millions d'investissements récemment annoncés par le ministre Reid qui permettront de rafraîchir les infrastructures informatiques actuelles, un seul choix s'impose : changer ses façons d'approcher l'informatique pour tirer le meilleur avantage possible de chacun des précieux dollars dépensés dans ce domaine.

Pour Louis Desjardins, un typographe de carrière qui a résolument pris le virage du numérique, parent et président du conseil d'établissement de l'École LaMagdeleine, il ne pouvait être question d'engloutir des sommes colossales pour acquérir seulement quelques ordinateurs, alors que les besoins sont criants.

Un tournant décisif

En septembre 2002, l'école La Magdeleine avait fait l'acquisition de 32 ordinateurs de type Pentium 4, au coût de 50 000 $, licences comprises. Aux âmes sensibles qui se demandent pourquoi il en coûte si cher aux écoles pour acquérir cet équipement, il faut savoir que les écoles doivent, pour rester dans la légalité, acquérir toutes les licences de chacun des logiciels installés sur le disque dur. Et les droits d'acquisition de chacune des licences des progiciels propriétaires peuvent faire rapidement grimper la facture.

Bref, l'école La Magdeleine était à un tournant décisif: mettre en péril ses budgets en investissant dans de nouvelles et rutilantes bêtes avec, à la clé, l'obligation d'acquérir toutes les licences, ou revoir complètement le modèle actuel ?

Un certain article dans un certain Devoir sur une certaine distribution Linux québécoise « créée au Québec » allait fournir l'occasion à l'équipe de l'école La Magdeleine de rencontrer Richard Marceau, le doyen de la faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, ainsi que Benoît de Ligniris, Benoît Girardeau et Jean-Michel Dault, tous impliqués dans le développement et la commercialisation d'ÉduLinux.

Pour l'équipe d'ÉduLinux, l'école La Magdeleine était exactement ce qu'il leur fallait : une vitrine technologique pour établir hors de tout doute que Linux et le logiciel libre sont non seulement des choix pratiques et justifiables, mais aussi économiquement viables.

Richard Marceau s'est donc appliqué à expliquer à certaines personnes réticentes lors des premières rencontres la compatibilité des logiciels libres avec les logiciels propriétaires, le coût d'achat zéro des logiciels libres, le fait de pouvoir faire plus avec des machines moins performantes sans que l'utilisateur en souffre véritablement, l'existence de peu de virus ciblant Linux, la grande diversité des services. De plus, en démontrant que cette technologie permettait de rentabiliser sur une période beaucoup plus longue, quelquefois jusqu'à 8 à 9 ans, les équipements informatiques, le doyen Marceau se faisait assurément un ami des administrateurs de l'école et de la commission scolaire.

Les sceptiques confondus

Selon Suzie Bergeron, directrice adjointe et responsable de l'informatique à l'école, « l'école La Magdeleine étudiait déjà plusieurs hypothèses de solutions pour le renouvellement de son parc informatique, mais aucune, mis à part ÉduLinux, n'offrait autant de services à si peu de frais. En plus de redonner vie aux vieux ordinateurs, cette solution nous permettait d'offrir à tous les élèves et au personnel de l'école un portfolio, de nouveaux ordinateurs et une suite de logiciels gratuits. Quelque chose d'impensable il y a huit mois à peine ».

On s'en doute, quelques sceptiques ne pouvaient s'empêcher de faire part de leur... scepticisme. À tout changement qui se dessine, il faut toujours composer avec quelque résistance. Heureusement, conscients des enjeux importants pour l'école, tous décidèrent de mettre la main à la pâte pour faire du projet d'implantation de logiciels libres à La Magdaleine, un succès, qu'ils soient professeurs curieux, élèves devenus ambassadeurs, techniciens bidouilleurs et ouverts, bénévoles motivés ou décideurs du conseil d'établissement et des services informatiques.

À la loupe

À la Commission Scolaire des Grandes-Seigneuries (CSDGS), inutile de dire que l'expérience était suivie à la loupe. De dire Carole Blouin, directrice générale adjointe de la CSDGS, « nous suivons avec intérêt l'évolution de ce projet qui pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble des services de la commission scolaire ». En effet, pour le coordonnateur des STIC à la commission scolaire, Gilles Breau, « ce projet est peut-être la solution à une impasse technologique que vivent les commissions scolaires présentement ».

Bref, pour moins de 10 000 $, y compris l'achat de deux serveurs de type P4, l'équipe de d'ÉduLinux a réussi à monter deux laboratoires de 32 postes à partir de vieux matériel d'occasion dont personne ne voulait plus. Les disques durs et les lecteurs de disquettes ont été retirés de ces vieilles machines et ces ordinateurs (devenus terminaux) ont été reliés aux deux serveurs. Soudainement, l'École La Magdeleine s'est retrouvée avec 64 nouveaux postes de travail capables de résister aux assauts d'autant d'élèves.

Faisons donc une petite comparaison:

Deux serveurs, 64 ordinateurs et des logiciels libres pour 10 000 $; ou 32 ordinateurs et les licences de logiciels commerciaux pour 50 000 $.

Pour Benoît de Ligneris d'ÉduLinux, « les coûts par poste de travail et par an pour une solution telle que celle mise en place à l'école de la Magdeleine s'échelonnent entre 50 $ et 175 $, alors que dans le modèle traditionnel, et avec des logiciels commerciaux, ce coût est plutôt compris dans une fourchette allant de 340 $ à 700 $».

De plus, une telle solution apporte plus qu'une simple économie d'argent. Le logiciel libre permet d'offrir à la population estudiantine et aux enseignants une foule de logiciels qu'ils ne pouvaient acquérir auparavant, du fait du coût élevé des licences.

Énorme pression

Certains diront que le coût des licences « Éducation » est moindre que celui des produits dits « Consommateurs », et ils ont raison. Cependant, sachant que le moindre dollar est déjà utilisé à bon escient (enfin, nous l'espérons), même le faible coût des licences des progiciels propriétaires met souvent hors de portée des écoles des produits qu'ils ne peuvent acquérir.

Louis Desjardins croit d'ailleurs qu'à terme, l'adoption du logiciel libre par les écoles exercera une pression énorme sur les développeurs pour qu'ils adaptent leurs produits. Cela vaut autant pour les acteurs commerciaux que pour un organisme comme la société GRICS, propriété des commissions scolaires, qui développe pour elles des logiciels tournant sous Windows. Mais, s'interroge-t-il, pour combien de temps encore ?

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3 commentaires
  • Suzie Bergeron - Inscrite 9 février 2004 05 h 45

    Un article pertinent...

    M. Dumais,
    Votre article a très bien reflété notre réalité.

    Vous avez réussi a présenter les intérêts de chacun des partenaires et vous soulignez avec beaucoup d'enthousiasme l'impact de la migration vers Linux.

    Ce vent de fraîcheur nous assurera une visibilité et un avenir prometteur.

    Au nom de notre école et surtout au nom des élèves, je vous remercie pour cette vitrine.

    Au plaisir.
    Suzie Bergeron
    directrice adjointe
    École La Magdeleine
    Responsable du dossier informatique

  • Jacques St-Onge - Inscrite 9 février 2004 20 h 07

    Formidable

    A quand pour le grand public cette application de Linux.
    Tout a fait merveilleux. Continué le beau travail.