TFO la conquérante

Depuis jeudi, les Louisianais ont droit à 14 heures de programmes hebdomadaires en français made in Ontario. C’est ce qui ressort de l’entente que vient de signer la cousine ontarienne de Télé-Québec avec la Louisiana Public Broadcasting (LPB).

« En Louisiane, il y avait une demande généralisée pour du contenu éducatif en français et qui restait sans réponse », dit Glenn O’Farrell, le p.-d.g. de Groupe Média TFO, qui se réjouit du fait que LBP soit affiliée au réseau PBS.

« On discute actuellement de ce qu’on peut faire ailleurs aux États-Unis », dit-il. « À Miami, par exemple, il y a une grosse communauté haïtienne. À New York, les parents francophones cherchent des écoles d’immersion à Brooklyn. Et il y a d’autres points chauds dans ce marché. »

La stratégie de mondialisation de la chaîne éducative remonte à l’arrivée aux commandes de Glenn O’Farrell, un natif de Saint-Malachie, au sud de Québec, en 2010. Depuis 2007, la chaîne éducative francophone avait acquis son autonomie de TVOntario. En 2011, l’avocat québécois crée Groupe Média TFO, qui a pour mandat d’exploiter la production la chaîne et de développer sa présence en ligne. « La province nous a encouragés à tenter de joindre tous les publics d’apprenants au Canada et ailleurs », dit-il.

Ce changement de mentalité se vérifie par la progression exponentielle de Mini TFO sur YouTube. À Noël 2012, elle atteint le million de visionnements. En mars 2014 : 11 millions. Un an plus tard : 66 millions. Et maintenant : 230 millions.

Selon Glenn O’Farrell, 70 % du public YouTube de TFO se trouve à l’étranger. Ce sont donc des millions de petits Américains, Français, Belges, Tunisiens, Libanais de 2 à 12 ans qui visionnent les produits phares tels Mini ABC ou MiniMation. Les ados y trouvent leur compte avec FLIP et Subito Texto. TFO produit elle-même une partie du contenu, mais une bonne moitié de ce qui sera offert en Louisiane émane de producteurs privés, tels Slalom d’Ottawa (Motel Monstre), parmi lesquels on retrouve quelques Québécois, tels Trio Orange ou Point de Mire.

« L’an dernier, nous avons eu la surprise de constater une grosse augmentation de la demande à Saint-Pétersbourg. On ne sait pas pourquoi : on n’a fait aucun effort de ce côté. Ça circule. »

Visionnaire

Rétrospectivement, l’orientation Web de TFO et son internationalisation se sont avérées visionnaires alors que le CRTC ne montre aucun enthousiasme à encourager la dualité canadienne. À l’automne 2015, le CRTC a refusé que TFO soit simplement offerte aux abonnés du câble de tout le pays — sans être obligatoire. Résultat des courses : TFO a moins de facilité sur le marché de l’Ouest canadien et de l’Atlantique qu’en Louisiane !

Glenn O’Farrell explique ses choix vers le Web et l’internationalisation par sa conviction personnelle que le numérique ouvre le jeu pour la distribution des oeuvres de création francophones. « Avec la télévision analogique, c’était impossible. Le numérique nous donne des leviers qu’on n’aurait jamais imaginés. »

TFO a réussi son plan d’expansion parce qu’elle ne s’est pas bornée à mettre du contenu en ligne et à multiplier les chaînes YouTube — plus de 15 actuellement.

Par exemple, TFO a développé une connaissance pointue du modèle YouTube, qui lui permet d’anticiper certaines tendances et d’en profiter, comme le choix de Facebook de développer la vidéo. Personne n’avait prévu que ça deviendrait si gros si vite, mais TFO était là. Autre exemple : pour mettre en valeur sa production, TFO a créé en 2013 le site edululu.org, dans lequel des éducateurs font l’évaluation du contenu éducatif des applications.

Outre les États-Unis, TFO explore d’autres avenues, notamment avec le groupe Bayard, en France. « Nous avons établi un partenariat pour développer des contenus pour notre site de ressources pédagogiques, idello.org », dit Magalie Zafimehy, directrice principale marketing.

Selon elle, le dynamisme des 200 employés de l’entreprise s’explique par leur flexibilité et leur statut de minoritaires. « Quand on est une minorité, on ressent le besoin de s’exprimer. »

Glenn O’Farrell est fasciné de constater à quel point l’accent n’a jamais été un obstacle dans l’expansion de TFO.

« C’est difficile à expliquer, mais le média change complètement la manière dont c’est interprété. Moi le premier, quand je regarde quelque chose sur YouTube, je ne demande pas où c’est produit, qui finance, etc. Je regarde si c’est intéressant. Mais quand c’est à la télévision française ou québécoise, il y a un filtre qui s’installe et on s’attend à ce que ce soit français ou québécois. Sur la plateforme numérique, la nationalité ne compte plus, l’accent non plus. Ça nous permet de faire voyager des contenus et de développer une demande chez des publics qui apprennent à les aimer. Ça nous sert, à TFO, mais ça pourrait servir à tout le monde. »

3 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 25 avril 2016 06 h 32

    TFO: visionnaire et programmation intelligente

    Contrairement à nos télévisions québécoises, les contenus et la programmation de TFO se démarquent avec brio. Pour ceux qui sont amateur de bon cinéma, par exemple, TFO nous présente d'excellents films en fin de soirée, et ce, depuis des années. Pendant ce temps au Québec, les stations de télévision nous présentent des émissions insipides depuis des années, axées sur l'humour facile, des quiz et des "shows de chaise", avec en prime, une vulgarité unique, comme le décrivait si bien M. Roméo Bouchard, dans une lettre au Devoir récemment.

  • Colette Pagé - Inscrite 25 avril 2016 09 h 24

    Télé-Québec !

    Notre télévision québécoise se ferait-elle damer la pion par TFO une excellente châine avec une panoplies de films sans annonces publicitaires. Longue vie à TFO.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 avril 2016 12 h 57

    Oui, ce Glenn O’Farrell est un visionnaire. Chapeau !

    Nous avons besoin d'un visionnaire comme lui à T.-Q.