L’investissement responsable s’invite au Jour de la Terre

Les résultats d’un petit sondage réalisé par le Mouvement Desjardins, publiés pour le Jour de la Terre vendredi, indiquent qu’il reste encore beaucoup à faire en matière d’investissement responsable (IR). Du moins, chez les particuliers. Ce marché reste encore largement dominé par les institutionnels.

Étonnamment, dans ce sondage, seuls 46 % des Québécois disent avoir entendu parler d’IR. Et lorsque cette option leur est présentée, 66 % d’entre eux affirment être prêts à y consacrer une partie de leurs investissements. Aussi, 90 % se disent très ou assez préoccupés par le respect des droits de la personne, 89 % par la qualité de l’air et 91 % par la préservation de la nature et des forêts. Mais 22 % des répondants « se fient au mythe voulant que le rendement financier de l’investissement responsable soit moindre que celui des placements traditionnels », peut-on y lire. Or, l’histoire enseigne que les rendements sont similaires pour des produits traditionnels de même nature.

Quant à la performance, selon l’indice de référence FTSE ou MSCI KLD 400 social index, le rendement sur un an oscille entre -1,1 % et +1,4 %. Sur trois ans, le rendement annuel varie entre 11,8 et 12,7 %, entre 11,8 et 12,5 % sur cinq ans.

[...] on peut clairement affirmer que l’investissement responsable n’est [...] pas plus risqué

 

Autre préoccupation : la fiabilité de l’étiquette ESG et la normalisation, qui fait encore défaut. Or, les Principes pour l’investissement responsable se précisent sans cesse depuis le lancement de cette initiative internationale en 2006. « Pour être sélectionnées dans le cadre d’une stratégie en investissement responsable, les entreprises sont soumises à l’examen de leurs pratiques environnementales, sociales et de gouvernance, mais également à une analyse financière rigoureuse », illustre Rosalie Vendette, conseillère principale en IR chez Desjardins Gestion de patrimoine. Aussi, à rendement équivalent, la notion de risque l’emporte. « Si plusieurs considèrent que la gestion du risque est plus efficace en investissement responsable, on peut clairement affirmer que l’investissement responsable n’est à tout le moins pas plus risqué que l’investissement traditionnel. »

Chez les institutionnels, les politiques ESG sont de plus en plus considérées comme un levier de création de valeur. Et l’on retient que ne pas en tenir compte s’additionne désormais dans la liste des risques financiers. « Les investisseurs sont de plus en plus conscients des menaces que ces facteurs représentent pour le rendement financier à long terme et en tiennent compte dans leurs décisions », avait déjà souligné la Banque mondiale.

Dans un texte publié dans Le Devoir le 20 février dernier, Rosalie Vendette donnait l’ampleur de l’industrie. « On compte aujourd’hui de par le monde environ 1400 institutions financières, fonds de retraite et gestionnaires de portefeuille, donc des détenteurs d’actifs, qui ont adhéré aux Principles for Responsible Investment et qui présentement ont sous gestion une somme totale de 59 000 milliards de dollars américains. » À l’échelle canadienne, selon l’Association pour l’investissement responsable (AIR) les éléments d’actif IR sous gestion totaliseraient une somme de 1000 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 68 % en deux ans qui traduit une augmentation de 70 % des régimes de retraite utilisant de telles stratégies d’IR dans l’intervalle. Et chez Desjardins, principale institution financière en investissement responsable au Québec, l’actif sous gestion s’établit à 2 milliards de dollars, en hausse de 400 millions par rapport à l’année dernière, pouvait-on lire.

L’AIR décortique ses données, dont les plus récentes sont en date du 31 décembre 2013. Ainsi, les actifs canadiens gérés à l’aide d’une ou de plusieurs stratégies d’IR sont passés de 600 milliards à plus de 1000 milliards de dollars en seulement deux ans, dont 6 % sont des éléments d’actif appartenant à des particuliers. Ce poids compte 31 % de l’industrie canadienne de l’investissement. Ils peuvent compter pour 52,3 % de l’actif des fonds communs de placement socialement responsables, contre 29,8 % pour les fonds communs de placement traditionnels ou les Fonds négociés en bourse. « Les actifs canadiens issus de l’investissement d’impact s’élèvent maintenant à 4,1 milliards de dollars, soit une croissance de 9,5 % depuis 2012 », a ajouté l’AIR.

Bref, beaucoup de croissance, mais encore beaucoup de chemin à parcourir.

2 commentaires
  • Jacques Boucher - Abonné 23 avril 2016 22 h 22

    Attention au lien entre investissement responsable et Jour de la terre

    Desjardins lui-même prévient dans sa documentation sur l'investissement responsable qu' "On peut retrouver dans nos fonds et portefeuilles IR des titres de sociétés appartenant aux secteurs contentieux de l'énergie et des matériaux, ce qui inclut des activités dans les sables bitumineux, le gaz de schiste et les mines." http://www.fondsdesjardins.com/information/ir.jsp

    • Marc-Brian Chamberland - Abonné 25 avril 2016 16 h 25

      M. Boucher, vous avez raison de rappeler que l’IR n’exclut pas le secteur énergétique. L’objectif de l’investissement responsable chez Desjardins est de participer à l’amélioration des pratiques en développement durable et responsabilité sociale des entreprises. Dans ce secteur, notre stratégie consiste à investir dans les entreprises qui se donnent à la fois des objectifs ambitieux en développement durable et les moyens de les atteindre. Une fois les titres détenus dans le portefeuille, nous utilisons l’actionnariat engagé pour inciter les entreprises à améliorer leurs pratiques. Nous sommes convaincus que nous avons plus de résultats auprès des entreprises de cette façon qu’en les excluant de nos portefeuilles. Pour en savoir plus sur le programme d’actionnariat engagé de Desjardins : desjardins.com/IR.