L’école de la CAQ

Il faudrait que l’éducation devienne une vraie priorité pour tous.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Il faudrait que l’éducation devienne une vraie priorité pour tous.

Jean-François Roberge, député de Chambly à l’Assemblée nationale, est une des bonnes têtes de la Coalition avenir Québec (CAQ). Ancien militant étudiant à la moribonde Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et enseignant au primaire de formation, profession qu’il a exercée pendant 17 ans avant d’être élu député en 2014, Roberge est le porte-parole de sa formation politique en matière d’éducation et d’enseignement supérieur. On peut donc considérer Et si on réinventait l’école ?, l’essai qu’il vient de faire paraître, comme sa version personnelle de la vision caquiste de l’éducation.

Le plaidoyer, parsemé d’anecdotes qui sentent un peu trop le réchauffé, contient plusieurs propositions intéressantes. Il affirme d’abord qu’il faut « faire de l’éducation notre priorité nationale », car « notre survivance comme peuple dépend de notre capacité à réinventer l’école et à valoriser l’éducation ». Ça nous change de la ritournelle libérale sur la santé et l’économie. Tous ces domaines sont évidemment importants, mais la logique impose de reconnaître que l’éducation devrait être la priorité, car elle conditionne la bonne marche des deux autres et de presque tout le reste.

Photo: Michaël Monnier Le Devoir Il faudrait que l’éducation devienne une vraie priorité pour tous.

Culture générale

Va pour l’éducation, donc, mais laquelle ? Quand on se souvient de la déclaration de François Legault selon laquelle les cégeps sont « une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue et puis à décrocher », il y a lieu de poser la question. En octobre 2011, en effet, le chef de la CAQ flirtait avec l’idée d’abolir les cégeps, ou à tout le moins la filière d’enseignement général, témoignant ainsi de sa vision étriquée, c’est-à-dire strictement utilitaire, de l’éducation.

On apprend avec plaisir, dans Et si on réinventait l’école ?, que ces lubies ne semblent plus avoir cours à la CAQ, un parti aux idées pour le moins louvoyantes. Roberge n’hésite pas à se livrer à un éloge de la formation générale et à affirmer que « s’il faut préparer les jeunes aux marchés de l’emploi, il serait très mal avisé de réduire la mission du réseau éducatif à l’atteinte de cet unique objectif ».

En racontant sa découverte de la poésie dans un cours obligatoire au collégial — « s’il n’avait pas été imposé, jamais, au grand jamais je ne m’y serais présenté », avoue-t-il —, il rappelle les vertus humanistes, et même économiques, de la formation générale et conclut que l’abandon de cette dernière « pour les cégépiens constituerait un véritable recul, un acte de nivellement par le bas qui affecterait l’ensemble de notre société ». Souhaitons que son chef le lise.

Quand il en appelle à plus de flexibilité dans le choix de cours offerts aux jeunes en cette matière, en avançant l’argument « de leurs champs d’intérêt », Roberge n’évite toutefois pas la contradiction, lui qui écrit que les jeunes ont tort de croire inutiles des cours qui ne les intéressent pas d’emblée. S’ils ont le choix, combien d’entre eux opteront pour la poésie ?

Le député de Chambly a raison de dire que la plupart des intervenants scolaires sont compétents et dévoués et que la majorité des parents sont bien intentionnés. On sera toutefois d’accord avec lui pour reconnaître que l’acquiescement à une certaine médiocrité plombe le système scolaire et que « nous pouvons faire mieux, beaucoup mieux ».

Il faudrait, pour y arriver, que l’éducation devienne une vraie priorité pour tous. Pour certains parents, cela voudrait dire cesser de jouer les avocats de la défense de leurs enfants dans leurs relations avec les enseignants et de justifier les absences scolaires de leurs rejetons pour toutes sortes de raisons (sport, voyages, longues fins de semaine, etc.).

Que faire ?

Le système scolaire doit lui aussi s’acquitter de ses devoirs. Les facultés d’éducation ne devraient admettre que les étudiants les plus forts et les plus aptes, après une entrevue. Il faudrait mieux payer ces enseignants et leur assurer une certaine stabilité en emploi, ce qui bénéficierait aussi aux enfants, facilement perturbés par le roulement de personnel en cours d’année.

L’école doit aussi en finir avec ce nivellement par le bas que constitue l’attribution de la note de passage à des élèves qui ne la méritent pas. Des diplômés du secondaire incapables d’écrire correctement en français, ce n’est pas rare et c’est inacceptable, écrit Roberge, à raison, en proposant d’augmenter le nombre d’heures d’enseignement du français et d’imposer des examens ministériels à chaque fin de cycle au primaire et à chaque année au secondaire, pour s’assurer de l’acquisition des connaissances et des compétences dans les matières fondamentales.

Ces propositions, tout comme celles d’imposer la maternelle à quatre ans pour tous, de réaménager l’horaire des écoles secondaires pour intégrer plus d’activités parascolaires et d’encourager les étudiants du collégial à aller étudier dans les régions du Québec pour les découvrir et les dynamiser, sont stimulantes et méritent d’être explorées. Elles ont un coût, mais l’inaction aussi en a un.

D’autres propositions font toutefois tiquer. Roberge, par exemple, ne convainc pas en plaidant pour la création d’un ordre professionnel des enseignants, pour l’attribution de plus de pouvoir aux directeurs d’école ou pour le contingentement « des programmes déjà surchargés de diplômés ». Ses propos sur les grèves étudiantes et sur le rôle des syndicats relèvent d’une pensée de droite simpliste. Dans ces conditions, sa suggestion d’« éduquer les jeunes en matière d’économie » inquiète un peu. Cette matière, rappelons-le, ne se réduit pas aux finances personnelles et à l’entrepreneuriat, sur lesquels Roberge met l’accent.

Il est rare qu’un député en fonction se livre à un tel exercice de réflexion. Avec cet ouvrage simple et concret, Jean-François Roberge nous offre ample matière à débat. Pour cela, il mérite d’être félicité.

« Si nous baissons les bras devant un enjeu aussi crucial que la qualité de notre langue officielle, c’est que nous sommes rendus bien bas. Quand des étudiants n’atteignent pas les standards, nous avons le devoir de prendre les moyens pour qu’ils y arrivent. » Extrait de «Et si on réinventait l'école ?»

Et si on réinventait l’école ? Chroniques d’un prof idéaliste

Jean-François Roberge, Québec Amérique, Montréal, 2016, 152 pages

3 commentaires
  • Bernard McCann - Abonné 23 avril 2016 12 h 57

    Ah! Vivement quelqu'un de bien à l'Assemblée Nationale

    Non seulement, cet essai nous change de la ritournelle libérale, mais aussi de la ritournelle péquiste pour qui tout se limite à l'indépendance. Peu importe ses convictions, est-il le seul qui se préoccuppe d'enjeux pour lesquels on élie des personnes dans cette Assemblée ?
    Si on parvenait à améliorer notre système d'éducation nationale de manière à donner à chacun des québécois une bonne formation générale (13 années d'études) ou encore technique, l'État lui-même en bénéficierait. Mais, il faut d'abord s'en préoccuper!

    • Gilles Théberge - Abonné 24 avril 2016 09 h 58

      Bienvenue ´à la "ritournelle" caquiste...

  • Yves Graton - Abonné 25 avril 2016 21 h 23

    et Camil Bouchard

    pour le commun des mortels dont je suis, j'ai besoin du NIHIL OBSTAT de Camil Bouchard ,