L'urgence d'attendre

Selon mes sources stratégiquement disposées à l'intérieur du col de chemise de Don Cherry — d'après une récente enquête réalisée par Statistics Canada, les cols de chemise de Don Cherry sont si ridiculement amples qu'ils peuvent contenir jusqu'à 47 sources différentes —, celui-ci flageole de trouille au moment où l'on se parle. Enfin, on ne se parle pas, on s'écrit plutôt, enfin pas vraiment, j'écris et vous lisez, mais ce n'est pas au même moment, si vous voyez le topo, mais mettons que Cherry flageole assez longtemps pour que ce qui est vrai au moment d'être écrit le soit itou au moment d'être lu, OK?

Imaginez juste un peu: le monsieur fait l'objet d'une enquête de la part du Commissariat aux langues officielles du Canada, le CLOC. Dans mon temps, quand j'eus le plaisir de servir journalistiquement à Ottawa, le commissaire aux langues officielles était Victor Goldbloom. Chaque année, M. Goldbloom se présentait devant la presse — les représentants des médias de langue française plus la Gazette, à cause de son lectorat de communauté de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM), c'est le terme officiel qu'il faut employer, les autres journalistes se balançant de tout ça comme de la misère sur le pauvre monde, genre — et disait essentiellement que ça n'allait pas jojo côté assimilation et que le gouvernement devait faire quelque chose.

N'ensuite de quoi, le gouvernement répondait qu'il allait faire quelque chose, c'est-à-dire rien, en vertu de la devise immémoriale de tout gouvernement, j'ai nommé l'urgence d'attendre.

Rien que de plus normal, susurrerez-vous dans votre fjord intérieur, dans ce pays où les premiers ministres eux-mêmes en personne te me nous tarabustent la langue officielle, l'autre là, avec une régularité soutenue (un problème qu'il faudrait adresser, d'ailleurs, et si vous le faites en fin de semaine, n'oubliez pas d'inscrire le code postal, il paraît que ça va plus vite). Si vous avez écouté M. Paul Martin répondre à côté de toutes les questions dans un français qui n'est pas sans rappeler des ongles qui se baladent sur un tableau noir de 5e année B, jeudi soir au Point, vous savez vous aussi que M. Grevisse a encore des croûtes à faire manger.



Pour ceux et celles d'entre vous qui préférez consacrer votre samedi soir à jaser de votre couple et de son avenir à moyen terme devant un feu de foyer aux chandelles ou à regarder un film de monsses sur le câble, précisons que Don Cherry est un genre de chaînon manquant anthropopithéquoïde qui gagnerait à continuer de manquer. Chaque semaine, au premier entracte de Hockey Night In Canada, sur les ondes de CBC, il fait une chronique, Coach's Corner, dans laquelle il raconte vraiment n'importe quoi, mais comme il parle fort, il y a plein de gens qui l'écoutent dans les silos de la Saskatchewan et sur les rives enchanteresses du lac Winnipegosis.

Selon mon psy à qui j'ai soumis le dossier, Cherry, un ancien coach des Bruins de Boston qui n'a jamais rien gagné nulle part, serait par ailleurs aux prises avec une vieille frustration anti-Québec qui remonte à 1979. Cette année-là, vous en souvient-il, le Boston menait 4-3 dans le septième match de la série demi-finale contre le Montréal au Forum lorsque, avec deux minutes à jouer, Cherry s'était fait prendre avec un joueur de trop sur la patinoire. Résultat: punition aux Bruins, Guy Guy Guy en profite pour la faufiler dedans, 4-4, puis Yvon Lambert tranche en prolongation. Le gars ne s'en est jamais remis, et il a même blâmé le Forum où, a-t-il dit, l'entraîneur est placé trop bas et voit mal l'action.

Don Cherry, soulignons-le en passant, s'habille tellement mal qu'il ferait passer Liberace pour une carte de mode.

Enfin bref, toujours est-il que Cherry affectionne particulièrement de dégobiller sur un éventail considérable de choses, dont les joueurs européens qu'il taxe de sournoiserie et les Canadiens français, réputés moumounes, la preuve, ils arrêtent pas de parler de se séparer mais ne foutent jamais rien. Or, samedi en moins quinze, le 24 janvier pour être rigoureux, l'ami Donald s'est mis en frais de se prononcer contre une éventuelle obligation de porter la visière dans la NHL, laissant du même coup entendre que l'accessoire était fait pour les hommes à l'appareil reproducteur moins qu'épanoui, à savoir: the Europeans and the French guys.



Le propos a entraîné le dépôt d'une plainte à la CBC par la section britanno-colombo-yukonnaise de l'organisme Canadian Parents for French, dont personne n'avait jamais entendu parler avant, et, dix jours plus tard — ce qui tend à montrer qu'ils ne l'avaient pas écouté sur le coup —, tout ce que Montréal compte de penseurs sportifs a réclamé le congédiement de Cherry. Comme, toujours d'après Statistics Canada, c'était la 1541e fois que Cherry énonçait des inanités de cet acabit, la direction de CBC, pour sa part, a fait comme les 1540 autres fois: elle a invoqué l'urgence d'attendre, lui a donné une petite bine sur son veston jaune serin à carreaux et lui a dit de s'en tenir au hockey dans ses commentaires. Jeudi, le CLOC s'est mis de la partie.

Il faut dire aussi que Cherry, qui est payé 700 000 $ par année avec votre argent, le mien et celui de mon psy, adorerait sans doute se faire foutre à la porte. Il pourrait ainsi jouer les persécutés avant de se trouver une autre niche, à TSN ou ailleurs, où il pourrait en mettre encore plus.

Le plus drôle, c'est que, sur un élément fondamental, Cherry a raison: jouer avec une visière, ça ne fait pas très testo. Je sais d'ailleurs que vous êtes d'accord avec moi et que si nous présidions aux destinées du hockey professionnel, les joueurs joueraient avec pas de casque, les gardiens avec pas de masque et le pilote de la Zamboni devrait chauffer à 100 à l'heure avec pas de ceinture de sécurité. Prenez Eric Lindros, par exemple: il porte un casque et il en est rendu à sa huitième commotion cérébrale. Ce n'est pas un hasard.

Cela étant, demeurons conscients qu'il faut protéger le fait français et la réputation de ceux et celles qui le font essaimer. Comme le mentionnait un gars d'Edmonton dans un reportage aux nouvelles de la SRC, et ce sera notre citation de la semaine: Don Cherry est nuisible parce qu'il ne fait que «propaguer des attitudes stéréotypiques». Texto. Amen.

jdion@ledevoir.com
 
1 commentaire
  • Gerard Charbonneau - Inscrit 7 février 2004 11 h 00

    Donald La Cerise

    Idiot un jour, idiot toujours. Tel est la façon dont je perçois Donald La Cerise .

    N'est ce pas Lui donner beacoup d'importance que des'offusquer même de ce qu'il dit ou pense ?

    Ceci dit,CBC,"roi de l'immobilisme" ne fera rien,rien et rien . A quoi bon?

    Gerard