Brumont et Marionnet sous les projecteurs

Alain Brumont, Jean-Sébastien et Henry Marionnet : est-il encore besoin de les présenter ? Tout le monde en a déjà parlé, tout le monde en parle et tout le monde en parlera demain. Ça s’est fait, ça se fait et ça se fera encore lorsque cette chronique bouffera les pissenlits par la racine.

Alors, on fait quoi ? Ce ne sont peut-être que deux maisons parmi tant d’autres, mais l’enracinement des convictions et la pérennité de leurs démarches respectives justifient à eux seuls de les installer à nouveau sous les projecteurs. Et dans votre verre. Actualisons.

Brumont le malin

Les boeufs sont lents, mais la terre est patiente. C’est l’image qui se dégage des labours entrepris depuis 1979 par Alain Brumont, alors qu’il achète le Château Montus, tout en héritant un an plus tard du Château Bouscassé en appellation Madiran, dans le Sud-Ouest.

Photo: Jean Aubry Vignoble chez Brumont en appellation Madiran

Une considérable force d’inertie, que ces labours. Des sillons larges et profonds dont l’empreinte se fait sentir tout autant au coeur des nombreuses parcelles du domaine qu’à l’extérieur de l’appellation, qui se voit ici irrémédiablement tirée vers le haut.

Avec Brumont, troquons seulement les boeufs contre une locomotive qui ne semble jamais être à court de charbon pour nourrir les ambitions.

Son coin de pays est en réalité un véritable petit paradis. On y vit presque en autarcie. Porc noir de Bigorre, poule Gascogne, truffes, caviar Prunier et vins de haut niveau à donner des leçons à ceux de Bordeaux, tant sur le plan du prix que sur celui de l’originalité : difficile de trouver mieux.

Si le petit manseng se distingue à concentrer l’or lumineux des grands jurançons moelleux, le petit courbu, lui, demeure peut-être plus intrigant et plus fascinant encore. Et ce n’est pas peu dire.

« Une espèce de paradoxe pourvu d’une forte acidité mais aussi d’un gras naturel qui lui apporte plénitude et vinosité, tout en demeurant bien sec. De plus, il digère sans sourciller le bois neuf avec lequel il entretient d’excellents rapports », dira d’ailleurs le vigneron, à qui l’on doit la réhabilitation de ce cépage à petit grain en perte de vitesse depuis quelques années.

Depuis, c’est la folie. La Gascogne n’aura jamais été aussi populaire dans le monde, avec, à la clé, une augmentation significative des surfaces de plantations.

À 65 ans maintenant — avec 35 ans de présence sur les tablettes chez nous —, le plus grand tour de force d’Alain Brumont aura sans doute été d’avoir pu fusionner le tannat et le cabernet sauvignon sans que ces deux formidables taureaux ne s’écornent entre eux.

Deux cépages colorés, impériaux sur le plan tannique, architecturés pour la garde et d’une fraîcheur naturelle qui devrait durcir le tout, mais voilà, ce n’est jamais le cas.

Pourquoi cela ? « Une question de terroir », soulignera Brumont, qui dispose aujourd’hui d’environ 90 % des meilleurs sous-sols de l’appellation (vous avez dit malin, le monsieur ?). Mais aussi, au-delà du terroir, une approche méthodique, pragmatique et intuitive sur le terrain comme dans les chais. Oui, bien malin, le Brumont !

Quelques vins dégustés, disponibles ou qui le seront sous peu…

La Gascogne d’Alain Brumont 2015, Vin de Pays (13,80 $ – 548883) : éclat du sauvignon complété par 20 % de petit courbu pour un vin sec vivace, tonique, perçant et titillant sans cesse la soif. Machiavélique. (5)★★1/2

Les Jardins de Bouscassé 2011, Pacherenc du Vic-Bilh (17,80 $ – 11179392) : amplitude et rondeur pour un blanc sec qui demeure percutant sur le plan fraîcheur. Présence et longueur. À ce prix… (5)★★★

Château Montus 2011, Pacherenc du Vic-Bilh (24,85 $ – 11017625) : boisé manifeste (coco-vanille) complétant un fruité riche, vivace, de belle densité. Original. (5)★★★ ©

Torus Rouge 2011, Madiran (17 $ – 466656) : un rouge de comptoir, simple et paysan, au corps moyen, d’un éclat fruité manifeste. (5) ★★1/2

Tour Bouscassé 2010, Madiran (19,30 $ – 12284303) : À moins de 20 $, un rouge qui offre une tenue et une excellente fraîcheur, un fruité serré bien juteux et un encadrement discret du boisé. (5)★★★ ©

Château Bouscassé 2010, Madiran (21,30 $ – 856575) : de la classe et une bonne dose d’élégance pour un rouge savoureux, nuancé, harmonieux. Top !(5 +)★★★ ©

Château Montus 2010, Madiran (29,95 $ – 705483) : voilà un candidat en selle pour une autre décennie ! Des tannats (80 %) comprimés sous une sève bien mûre, « éduqués » par un boisé magistral, à la fois riche, viril et élégant, d’une jeunesse folle. Mon conseil : trois bouteilles en cave : vous ferez des jaloux dans quelques années. (10 +)★★★★

Château Montus Cuvée Prestige 2009, Madiran (70,25 $ – 12215914) : si le 2002 brillait par son équilibre, celui-ci l’emporte pour l’extrême finesse de ses tanins. Un rouge corsé ambitieux, au bouquet somptueux, d’un souffle, d’une longueur admirables. (10 +)★★★★ ©

Château Montus La Tyre 2010, Madiran (125 $ – 12932462) : il ne se produit à partir de la parcelle La Tyre (exposition ouest) que 28 000 bouteilles vendues en primeur seulement. Plusieurs millésimes dégustés, dont ce 2010, altier, autoritaire, au fruité immense, mûr et racé. Authentique. (10 +)★★★★ ©

Les Marionnet : gentilshommes avant tout

Les Marionnet père et fils sont à l’image de leurs gamays, mais aussi de leurs sauvignons et romorantins : sincères, éclairants, accessibles, jouissifs et amicaux.

Des puristes aussi, affairés au moindre détail, toujours sensibles à galvaniser des cépages qui, en d’autres mains, trottineraient leur ronron de chemin sans faire de vagues. Pas ici.

Sauvignons et gamays possèdent une musicalité unique, comme s’il y avait un « son » Marionnet. Plus distinguée qu’une chanson à boire, entre jazz et fanfare, mais sans une once de fanfaronnades toutefois.

Sur quelque 60 hectares de vignoble, le clan familial bichonne en Touraine des gamays francs de pied (cuvée Vinifera issue de vignes non greffées) sur des parcelles très argileuses, ainsi qu’une époustouflante cuvée Renaissance vinifiée sans soufre et toujours à partir de vignes non greffées.

Confectionnée, celle-là, sur une base de sarments de vieux romorantins (sans être greffés) à partir d’une vigne plantée entre 1800 et 1850, la « fille » de cette dernière appelée La Pucelle de Romorantin intrigue et fascine, avec ses notes de compote de poire et ce caractère évoquant un chenin blanc fin, tendu, un rien austère. Expérience de dégustation unique.

Le millésime 2015 arrivera sous peu pour mieux célébrer les beaux jours à venir. Vous les recommander tient de l’évidence. Des vins sains, légers, friands, digestes et vendus à prix très amicaux. Ils sont comme ça, les Marionnet : ils tiennent mordicus à votre bonheur !

Domaine de la Charmoise 2015, Sauvignon (17,50 $ – 12562529) : de la substance, presque de la rondeur pour un blanc sec brillant, tonique, d’une clarté absolue. (5) ★★★

La Pucelle de Romorantin 2014 (31,50 $ – 12825798) : un blanc sec d’un volume et d’une amplitude notables, suave, long et bien tendu. À ne pas manquer lorsqu’il arrivera. (5 +)★★★1/2 ©

Domaine de la Charmoise 2015, Gamay (18,70 $ – 329532) : expression fruitée et joie de vivre. Le gamay est si cabotin ici qu’il désarmerait illico une personne ruminant de mauvaises idées. Une arme de séduction massive. (5 +)★★★

Première Vendange 2015 (24,55 $ – 12517874) : pas de soufre pour une matière fruitée impeccable, vivante, éclatante au palais. (5 +)★★★1/2

Vinifera 2014 (23,55 $ – 11844591) : fruité cohérent, bien tracé, soutenu et régalant. Encore ! (5 +)★★★1/2 ©

Renaissance 2015 (autour de 35 $ – n.d.) : le fruité y est généreux, riche, très pur, et la trame souple, fraîche, légère, appétissante sur le plan texture. Surtout à ne pas rater ! (10 +)★★★★ ©