Le Millennium Iconoclast Museum of Art est né à Bruxelles

Une oeuvre de Swoon
Photo: MIMA Museum Une oeuvre de Swoon

Au moment du petit-déjeuner dans la verrière s’ouvrant sur le très beau jardin de l’hôtel de charme Made in Louise, la rumeur s’est d’abord répandue comme une traînée de poudre, avant d’être confirmée dans les minutes suivantes : une attaque terroriste venait de se produire à l’aéroport Zaventem de Bruxelles, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés.

Puis, dans la voiture taxi qui me conduisait à un autre hôtel situé au centre-ville, le Thon, là où étaient conviés plus de 70 journalistes venus de partout en Europe, la radio annonçait une explosion mortelle à la station de métro Maelbeek. L’omniprésence des voitures de police et des ambulances roulant en tous sens avec leurs sirènes tonitruantes créait un climat apocalyptique qui témoignait bien du chaos qui régnait dans toute la capitale en ce matin sinistre.

Photo: MIMA Museum L’exposition inaugurale du musée, City Lights, ici en montage, rassemble les artistes de street art MOMO (cette photo), Swoon, Maya Hayuk et le duo FAILE.

À mon arrivée à l’hôtel, seule une infime minorité de journalistes avaient pu arriver à destination, avec la ferme intention, toutefois… de retourner au plus tôt chez eux. Nous fûmes ainsi confinés à l’intérieur et toutes les activités prévues à notre programme de reportage durent être cruellement annulées.

L’équipe du bureau de tourisme proposa alors une visite privée, le lendemain, du nouveau musée d’art actuel, unique et révolutionnaire, le MIMA (Millennium Iconoclast Museum of Art). Il fallait montrer que la vie ne se laissera jamais brider par la peur, le doute et l’insécurité.

C’est que le MIMA, dont l’inauguration était prévue pour le 24 mars, avait dû repousser son ouverture officielle au vendredi 15 avril à la suite des tragiques événements du 22 mars.

Ce voyage de presse comportait des volets art, culture, mode, design, architecture et gastronomie. Comment ne pas être ébloui par les splendeurs baroques de la Grand-Place, les joyaux d’architecture Art nouveau parsemés dans la ville ou les exubérantes fontaines du Petit-Sablon ? Bruxelles déploie ses plus beaux atours, jouant sur la richesse de ses traditions tout en misant sur le meilleur de sa créativité novatrice.

Aussi, on était bien loin de douter que se tramait une tragédie en cette matinée du mardi 22 mars, un jour sombre qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Le lendemain, le ciel nuageux était lourd de sens en ce mercredi 23 mars et l’hôtel était quasiment désert. Les quelques visages graves aux regards inquiets croisés dans le hall du Thon n’avaient visiblement pas le coeur léger. Et le silence dans la voiture qui nous emmenait vers le nouveau musée en disait long sur ce que nous vivions.

L’ambiance n’était pas à la fête, et pourtant, nous allions vivre un moment mémorable dans un lieu hors normes, totalement ancré dans l’air du temps avec son goût d’essentiel et son supplément d’âme, qui a pour mission de montrer que l’art est là pour faire une différence, bien au-delà des clichés.

J’ignorais toutefois que ce lieu d’exception, qui se veut une vitrine d’art actuel et qui propose de démocratiser l’histoire de la culture 2.0, belle et rebelle sous toutes ses formes, avait élu domicile à Molenbeek, la commune multiculturelle et mal-aimée, à la triste notoriété mondiale depuis les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, puis ceux de la veille à Bruxelles.

Le MIMA occupe un lieu emblématique de ce quartier industrieux aux multiples balafres, qui a la ferme intention de renaître de ses cendres envers et contre tous. C’est dans un bâtiment des anciennes brasseries Belle-Vue, en bord de canal, que s’est installé ce nouveau pôle de diffusion de l’art urbain, voulant transformer les subcultures en mainstream.

L’édifice patrimonial de quatre étages, aux vieilles briques rouges et aux poutres en béton, a été mis à nu en dévoilant à la fois sa grandeur et ses cicatrices. La terrasse sur le toit offre un point de vue panoramique sur tout Molenbeek qui, en ce lendemain de drame, prenait une dimension toute particulière. Cet espace muséal vise à apporter sa contribution à l’élan culturel empathique, iconoclaste, collaboratif, participatif, transversal, qui est en chacun de nous et ne demande qu’à se révéler.

La création qui y est présentée se veut multifacettes, associant librement les cultures musicales (punk-rock, électro, hip-hop, folk), graphiques (graphisme, illustration, design), sportives (skateboard, surf, sports extrêmes), artistiques (cinéma, arts plastiques, performance, bédé, tatouage, stylisme) et urbaines (graffitis, street art).

Il n’est donc pas étonnant que cette nouvelle expression urbaine, délinquante et marginale, se soit installée au coeur d’une commune défavorisée pour tenter de devenir la colonne vertébrale hybride et mobilisatrice du récit collectif d’un quartier en pleine mutation.

Les initiateurs de ce projet visionnaire se composent de deux couples poussés par l’envie de promouvoir la création contemporaine, Alice Van Den Abeele et Raphaël Cruyt — qui dirigent depuis 2005 la galerie ALICE où ils défendent une vision politique et contextuelle de l’art —, ainsi que de Florence et Michel de Launoit.

Leur contribution à la naissance du MIMA s’inscrit dans la droite ligne de leur engagement en faveur d’une culture décloisonnée et connectée à une large audience, reflétant le monde d’aujourd’hui et créant un lien vers celui de demain.

En plus de la collection permanente du musée qui compte déjà une quarantaine d’oeuvres, City Lights, la première exposition temporaire présentée au MIMA, est l’occasion pour les commissaires de mettre en avant l’esprit cosmopolite revendiqué par l’institution.

Pour ce faire, ils ont choisi cinq artistes américains d’envergure internationale qui ont squatté ce lieu improbable pendant plusieurs semaines afin de créer leur ode à la beauté du monde. Le titre City Lights est une traduction visuelle de cette pensée bigarrée et renvoie du même coup au film mythique de Charlie Chaplin.

Les artistes de street art Swoon, Maya Hayuk, MOMO et le duo FAILE sont d’incontournables représentants de la culture 2.0. C’est à ce titre qu’ils sont réunis pour partager l’affiche de City Lights et inaugurer l’aventure collective du MIMA.

Cette première exposition est d’une poésie pure. L’art devient ici un véritable cri du coeur qui rassemble, rapproche, intègre, unit, guérit et libère. Un must en ces temps.

Ce reportage fait suite à une invitation de Wallonie-Bruxelles Tourisme.