L’austérité? Où ça?

La dernière fois, nous en fûmes quittes pour une petite désillusion dans la région en constatant que la masse salariale des Dodgers de Los Angeles pour la saison de balle 2016 s’élève à 249 781 668 $US, ce qui donne à penser que lorsqu’on nous serine à qui mieux mieux que l’austérité doit toucher tout le monde sans égard à son positionnement dans la société ou dans l’ordre des frappeurs, ce ne sont que balivernes, billevesées et calembredaines. Bref, des menteries, et pas très pieuses à part ça.

Remarquez, il s’en trouvera pour faire valoir que les sportifs professionnels ont besoin de plus d’argent qu’une bonne partie du reste de l’humanité et qu’il est logique qu’ils en aient. En effet, comment pourraient-ils effectuer les paiements sur ces huit automobiles de luxe et ce palace en bord de mer s’ils étaient rémunérés au salaire minimum (cela, et assurer la sécurité financière et l’épanouissement mental de leur petite famille) ?

Tenez, vous voulez un exemple ? Regardons du côté de Mike Trout, le voltigeur de centre des Angels de Los Angeles (nom officiel : Los Angeles Angels of Anaheim), qui est peut-être le meilleur joueur de tout le baseball majeur au moment où ces lignes sont écrites, et même trois ou quatre minutes plus tard. Trout est âgé de 24 ans et il gagne environ 24 millions par année. Parfaitement, « environ » : si vous gagniez 24 millions avec trois ou quatre mois de vacances par année, vous aussi auriez le droit de ne pas savoir combien vous faites exactement.

Or, ces jours derniers, Trout a annoncé qu’il quittait pour de bon le domicile familial. Attention, pas celui de sa charmante épouse et de leurs enfants qu’il laisserait se débrouiller pour aller folâtrer avec une plus jeune. Non madame, celui de ses parents. Le jeune homme habitait chez ses parents pendant la morte saison. « Il est un gars de famille », a expliqué son père, mais nous ne sommes pas dupes. Les sportifs professionnels ne sont clairement pas assez payés, et en plus ils n’ont pas droit aux prêts et bourses.

Les Dodgers trônent donc au sommet de la pile du baseball majeur en matière de réconfort de leurs employés, qui sont les moins craintifs de ce qu’ils arriveront à boucler leurs fins de mois, à faire l’épicerie sans avoir recours à des bons de réduction — possibilité d’envoyer le Publisac direct à la récup — et à payer le loyer de leur 1 1/2 sur le Plateau. Suivent les Yankees de New York, qui ont longtemps été les champions dans le domaine, avec la bagatelle de 225 997 793 $, ce qui, si vous voulez l’avis d’un vrai connaisseur en haute finance, fait un peu pingre.

On notera par ailleurs les 86 806 234 $ des Athletics d’Oakland. Voilà qui est peu en comparaison, mais beaucoup dans l’absolu si on tient compte du fait qu’ils sont allés jusqu’à faire un film avec Brad Pitt pour illustrer la fine stratégie d’un gars qui se fonde sur des statistiques compliquées pour dénicher des perles rares que personne d’autre n’a vues et fonctionner avec un budget de misère. Ils ne disaient pas ça dans le film, que ça coûtait presque 87 millions pour avoir un tant soit peu d’allure — et même là, n’importe qui vous dira que les A’s finiront derniers de leur division cette saison.

Les plus près de leurs sesterces ? Les Brewers de Milwaukee, qui, contrairement à ce que leur nom indique, ne brassent pas de très grosses affaires avec 63 908 400 $, un peu moins que les Marlins de Miami, qui occupent l’antépénultième rang à 68 264 500 $. Cela est d’ailleurs rassurant : on reconnaît nos amis de toujours J. Loria et D. Samson. Il y a des choses qui ne changent pas. Ça fait du bien d’avoir des repères.

Et bien sûr, on peut se demander où se situeraient nos Expos dans tout ça s’ils revenaient. Oui, le mot du jour est : ayoye !

1 commentaire
  • Sylvain Mélançon - Inscrit 7 avril 2016 11 h 45

    Ce n'est pas une question de besoins.

    Les revenus du baseball majeur sont là, et ce sont les joueurs qui atirent les foules et les téléspectateurs.

    Si les joueurs gagnaient moins, ce sont les proporiétaires qui conserveraient les revenus. Que les joueurs retient les revenus qu'ils génèrent.

    Ensuite, c'est aux houvernements de taxer davantage les hauts revenus afin de réduire les inégalités.