Néo-maoïsme

Le Parti communiste chinois montre ses dents et ne fait même plus semblant d’être gentil. Sauf peut-être lors d’un sommet antinucléaire de deux jours à Washington (jeudi et vendredi) lorsque Xi Jinping et Barack Obama ont échangé sourires et poignées de mains et fait des déclarations conjointes contre le changement climatique et la prolifération nucléaire.

Ce n’est pas rien, mais pour le reste, la Chine — particulièrement à l’interne — connaît aujourd’hui, après trois ans et demi sous le président Xi Jinping, une glaciation sans précédent depuis l’époque totalitaire de Mao Zedong.

Tous les ingrédients y sont, à commencer par la purge interne du Parti contre ce que la propagande appelle « les tigres et les mouches » (les gros bonnets, mais aussi les petits fonctionnaires corrompus).

Mais cette chasse à la corruption, si elle a durement frappé d’anciens collègues de ce nouveau Mao, soupçonnés de déviation idéologique ou simplement d’être de dangereux rivaux, a aussi épargné les fidèles de « l’oncle Xi » (Xi dada, comme l’appelle la propagande paternaliste et débilitante qui inonde de plus en plus les médias chinois).

 

Au cours des derniers mois, oncle Xi s’est rendu lui-même sur les traces de grand-papa Mao, visitant des lieux historiques de sa « longue marche » et de sa lutte pour le pouvoir dans les années 30 et 40. Histoire de marquer la fidélité aux fondements du communisme chinois et à l’idée cruciale — et selon lui toujours d’actualité au XXIe siècle — de la dictature du parti unique.

Xi Jinping a mobilisé comme jamais les institutions de la répression, de la surveillance et de la propagande : police secrète, organes de sécurité, Commission centrale de contrôle de la discipline, ont été dotés de nouveaux budgets, de mandats renforcés. L’Internet est surveillé de façon maniaque par une armée de centaines de milliers de fonctionnaires dotés de moyens technologiques de pointe.

Quant aux médias chinois, ils sont plus que jamais aux ordres, après une ou deux décennies de semi-tolérance — et occasionnellement, de vrais débats — sur certains sujets comme l’écologie ou la politique de l’enfant unique.

En février, Xi Jinping a visité en personne plusieurs de ces médias — le Quotidien du Peuple (organe officiel du Parti communiste), l’agence Chine nouvelle et la télévision d’État, la toute-puissante et omniprésente CCTV — pour leur rappeler explicitement l’obligation de ne pas dévier de la ligne du Parti. Il fallait voir ces images d’une rédaction de télévision applaudissant à tout rompre le président du pays… qui venait tout juste de leur rappeler leur devoir d’obéissance !

Autre exemple : en août dernier, un journaliste d’un hebdomadaire financier (Caijin) qui avait fait état de la possible manipulation, par le gouvernement, des marchés boursiers… a été contraint à une humiliante autocritique à la télévision. Alors que son analyse était probablement exacte !

Il semble pourtant y avoir encore quelques failles dans le fonctionnement de cette machine à broyer qu’est le système politico-propagandiste chinois, néo-maoïsme du XXIe siècle qui s’affiche comme tel, sans regrets ni excuses.

Il y a quelques semaines, on a vu cette incroyable lettre ouverte d’un employé de l’agence Chine nouvelle signant de son nom : Zhou Fang a réussi à déjouer les verrous du système et à mettre en ligne, pour quelques heures, un véritable brûlot, inconcevable dans la Chine de 2016. Il y écrivait que sous Xi Jinping, « l’expression en ligne a été brutalement supprimée, et la liberté d’expression du public, violée à un degré extrême ». On ose à peine imaginer la sanction qui va maintenant s’abattre sur ce courageux individu.

Quelques jours plus tard, autre lettre subversive, parue sur le site de nouvelles gouvernementales Wujie… Un groupe — anonyme cette fois, mais se donnant le titre collectif de « membres fidèles du Parti communiste » — a non seulement accusé Xi d’avoir bâti autour de lui « un culte de la personnalité », mais lui a demandé publiquement de démissionner de ses fonctions. « Vous ne possédez pas les capacités pour diriger le Parti et la nation dans l’avenir », écrivaient ces rebelles de l’ombre.

Xi Jinping semble vouloir répondre à toute contestation en l’écrasant comme Mao écrasait ses adversaires, dans une régression politique sans précédent depuis un demi-siècle. Tout en se montrant encore libéral en économie… et souriant face à Barack Obama !

9 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 4 avril 2016 07 h 46

    J'avais pourtant l'impression ....

    que la Chine se modernisait, que les Chinois pensaient par eux-mêmes! Ma balloune vient de crever là. Comment les Chinois se sortiront-ils de cette situation-là malgré qu'ils soient de plus en plus riches et de plus en plus éduqués?

  • Jean-Pierre Martel - Inscrit 4 avril 2016 08 h 48

    Les Chinois mangent à leur faim

    La liberté d'expression est un droit parmi d'autres. Ce n'est pas, et de loin, le plus important.

    Par le biais de nos gouvernements, ce que recherche le grand capital international, c'est la promotion de la démocratie parlementaire dans les pays sous-développés parce que de tels gouvernements sont facilement corruptibles.

    La méritocratie millénaire de Chine possède de très nombreux défauts. Mais elle donne rarement naissance à des administrations aussi incompérentes que celle de GW Bush et éventuellement celle de Donald Trump.

    Oui, la Chine est une dictature. Comme l'Arabie saoudite et bien des alliés américains qu'on n'ose pas critiquer sous le prétexte de maintenir le dialogue avec eux et ainsi être en mesure de les encourager quand ils font de timides pas vers l'assouplissement de leur joug.

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 avril 2016 09 h 35

      La liberté d'expression est un droit parmi d'autres. Et c'est, DE LOIN, L'UN DES PLUS IMPORTANTS.
      Parce que c'est le premier qui disparaît, toujours.

      On ne peut affamer un peuple tout le temps sans en payer le prix rapidement. Le faire taire permet de le traiter à sa botte, de torturer et de uter impunément.

      Ce n'est poas une méritocratie qui dirige la Chine mais une ploutocratie de très bas étage, à peine moins pire que la Corée du Nord.
      Si le monde entier veut faire affaire avec la Chine, si celle-ci a des allures d'ouverture et semble permetttre quelques libertés à ses ouailles, c'est pour raisons de gros sous, et ces libertés peuvent, nous le voyons, disparaître à tout moment selon le bon vouloir de ses dirigeants.

      L'immense majorité de l'Assemblée Nationale Populaire est formée de milliardaires, possédant de très nombreuses usines et industries... en fait tous l'économie de la Chine est représentée par ces 3000 membres, qui en détiennent tous les cordons.

      C'est Trump au pouvoir, Trump majoritaire au Sénat et Trump majoritaire à l'assemblée des représentants en même temps, mais un Trump calculateur qui connaît les rouages du pouvoir à fond.

      Le seul mérite de ces gens est d'être là depuis longtemps et donc de savoir marcher et mâcher de la gomme en même temps.

      Au passage, l'Arabie Saoudite est ELLE AUSSI dirigée par des imbéciles sadiques. Et la Chine est AUSSI un alllié des USA puisqu'elle possède une énorme part de leur dette.

    • Marc St-Louis - Abonné 4 avril 2016 10 h 35

      "La liberté d'expression est un droit parmi d'autres. Ce n'est pas, et de loin, le plus important."
      Par simple curiosité, vous le placé à quel échelon ? Car avec la perte de la liberté d'expression vient généralement la perte du droit de critiquer ouvertement le pouvoir en place. En ce moment au Québec, ça voudrait dire pas un mot sur ce qui se passe au parti Libéral. Peut-on faire avancer une société quand on est muselé ?

    • Jean-Pierre Martel - Inscrit 4 avril 2016 12 h 12

      Précision.

      La corruption existe en Chine. La corruption dont je parle ci-dessus est la corruption de l'Étranger.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 4 avril 2016 13 h 09

      Ouf! Comment peut-on argumenter que la liberté d'expression est un droit parmi d'autres et que ce n'est pas, et de loin, le plus important!?!
      Sans la liberté d'expression aucun des grands enjeux qui concernent l'avenir de l'humanité ne peut être partagé afin d'au moins essayer d'influencer l'opinion publique. Il n'y a absolument aucun avenir positif ni espérance rationnelle de changements pour l'humanité sans la liberté d'expression. Connaître c'est la liberté de faire de véritables choix et toute dictature qui perdure dans le temps ne peut mener que vers des abus de pouvoir et de la corruption. Ne dit-on pas que ceux qui ignorent l'Histoire sont condamnés à la revivre? S'il en avait été autrement la Nature nous aurait attribué l'intelligence et le jugement d'une termite!
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

    • Jean-Pierre Martel - Inscrit 4 avril 2016 18 h 12

      Marc St-Louis écrit : ‘Par simple curiosité, vous le placé à quel échelon ?’

      Privez le peuple de pain et il se révoltera. Privez les gens d’eau et ils deviennent confus en quelques jours.

      Privez un humain de sommeil et il hallucinera en moins de 48h. Privez-le de respirer et il meurt en moins de quelques minutes.

      Mais muselez l’opposition et emprisonnez les dissidents comme le font le général al-Sissi en Égypte, Erdoğan en Turquie, de même que le roi Salmane en Arabie saoudite, et le peuple criera en chœur : ‘Allah est grand !’ ou l’équivalent.

      Ce qui mène le monde, ce n’est pas la parole, mais l’argent. Et la dépossession du peuple, notamment par l’évasion fiscale, consacre la dictature de l’argent dans nos pays. Des pays où tout le monde est libre d’exploiter son voisin. Et où le voisin est libre de s’en plaindre en vain.

  • Michel Lebel - Abonné 4 avril 2016 09 h 13

    Le commerce...

    Faudrait-il pour autant cesser de commercer avec le pays du despote Xi Jinping? Et quant à y être, avec tous les despotes de ce monde? Bonne question pour le gouvernement Trudeau-Dion!

    M.L.

  • Réal Bergeron - Abonné 4 avril 2016 10 h 23

    rire jaune

    Devant un tel bilan, j'espère qu'Obama a eu au moins la décence de rire jaune.