Nature: Pas de motoneiges près des maisons la nuit

Pour la première fois depuis des années, les riverains de la piste cyclable du Petit Train du Nord pourront dormir la nuit en hiver. Du moins pour quelque temps.

Il y a quelques jours, en effet, trois juges de la Cour d'appel du Québec, Louise Mailhot, Thérèse Rousseau-Houle et Pierre J. Dalphond, ont émis une ordonnance de sauvegarde, l'équivalent d'une injonction pour les profanes, qui interdit le passage des motoneiges sur la piste entre les bornes kilométriques 68,5 et 108,5 entre 23h30 et 6h30 le matin.

L'ordonnance non seulement vise les motoneigistes mais enjoint nommément à la municipalité régionale de comté, au Club de motoneiges Diable et Rouge, au Club de motoneige de Labelle et à «leurs administrateurs, dirigeants, officiers, représentants, employés et mandataires d'interdire par des moyens appropriés» le passage aux motoneigistes, ce qui pourrait en effet ne pas être facile aux heures de fermeture de certains bars de danseuses de la région vers 3h30 le matin... Les contrevenants s'exposent aux pénalités prévues pour l'injonction, soit des amendes pouvant atteindre 50 000 $ par jour d'infraction et jusqu'à un an de prison!

Cette ordonnance constitue le premier répit en une décennie qu'obtiennent les centaines de riverains qui doivent subir le passage des motoneiges en hiver sur la piste cyclable, laquelle ne leur pose pas de problème de cohabitation en été. Par cette décision, la Cour d'appel renverse du même coup un jugement rendu l'automne dernier par la juge Hélène Langlois, de la Cour supérieure, qui avait décidé de ne pas accorder l'injonction interlocutoire réclamée par les riverains. Ces derniers demandaient à la cour au nom de leur droit à un environnement de qualité d'interdire le passage des motoneiges d'ici à ce que le recours collectif intenté contre la MRC et les clubs soit tranché sur le fond, eux étant profondément lésés par cette situation. Pour la savante magistrate, il n'y avait pas assez d'éléments probants pour accorder une injonction interlocutoire. Avant d'adopter quelque mesure contraignante que ce soit, elle avait donc décidé d'attendre que l'affaire ait été entendue plus à fond.

Autre point de vue

La Cour d'appel ne l'entend pas ainsi. La décision de la Cour supérieure du 28 novembre, écrivent ses trois juges, «avait pour conséquence de reporter l'audition de la demande d'injonction interlocutoire au mieux à l'automne 2004, sinon à l'hiver 2005».

«Dans ces circonstances, poursuivent les trois magistrats, nous sommes d'avis que la juge [Langlois] n'a pas exercé judicieusement sa discrétion car cette décision a pour effet de nier le droit de requérir une injonction interlocutoire ou une ordonnance de sauvegarde pendant une très longue période de temps, soit possiblement deux saisons d'exercice de l'activité de motoneige.» Ils accueillent donc avec dépens l'appel des riverains contre la décision de la Cour supérieure et ordonnent à cette dernière d'examiner à nouveau et «sans délai» la requête des citoyens en injonction interlocutoire. Et afin que ces derniers profitent de ce qu'un juge a verbalement qualifié de «droit» à un environnement de qualité, la Cour d'appel impose immédiatement des restrictions au passage des machines bruyantes et polluantes jusqu'à ce que la Cour supérieure ait statué.

Le recours collectif intenté par les riverains de la piste cyclable du P'tit Train du Nord atteint les 40 millions de dollars à l'heure actuelle. Les compagnies d'assurances ne veulent plus assurer la piste en hiver devant une facture potentielle qui grimpe de six ou sept millions par année. Et aussi inimaginable que cela puisse paraître, c'est le gouvernement qui a pris le relais des assureurs privés en pleine «réingénierie» de l'État. La ministre Monique Forget devrait commencer par contrôler les engagements financiers de ses collègues, qui prennent la place du privé, avant de refaire les structures de l'État...

Enfin, autre bonne nouvelle pour le Québec, les motoneiges ne passent plus dans le parc national des Hautes-Gorges. Daniel Leboeuf, directeur des communications de la Société des établissements de plein air (SEPAQ), précisait récemment au Devoir qu'une voie de contournement a été aménagée sur les côtés est et nord. Cette initiative a été prise même si le moratoire, qui autorisait le passage des motoneiges, était toujours valide. Cette nouvelle piste, notait Daniel Leboeuf, «s'est faite rapidement par le biais d'une collaboration entre le parc et les gens du milieu».

Cette collaboration entre le parc des Hautes-Gorges et le milieu devrait servir d'exemple aux clubs de motoneige qui s'imposent depuis des années aux riverains de la piste des Laurentides. Comment expliquer qu'après dix ans, un nouveau tracé n'ait pas été dessiné et réalisé? Comment expliquer aussi que Québec, au lieu de se porter assureur des clubs et de la MRC, n'investisse pas plutôt quelques millions en mettant à contribution notamment les constructeurs de motoneiges pour aménager une piste ailleurs, ce qui réglerait le problème de façon permanente? C'est à se demander comment réagiraient les préfets, administrateurs de club, députés et ministres qui les appuient si les riverains allaient leur faire des concerts nocturnes de scies mécaniques, tout aussi bruyantes et polluantes... Mais ils peuvent dormir en paix car les riverains, déjà trop intoxiqués par les émanations des motoneiges, ne voudront certainement pas étouffer davantage!

Entre-temps, à Yellowstone, où un plan intérimaire a considérablement réduit le nombre de motoneiges et leur pollutions en attendant leur interdiction totale l'an prochain, on a noté une hausse importante de fréquentation par les adeptes des sports non motorisés. Ceci prouve que les motoneiges ne font pas fuir uniquement la faune par leur bruit et leurs fumées toxiques.

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- Petite sortie hivernale absolument magique: filez vers Saint-Côme, dans Lanaudière (routes 40, 31 et 131), pour la dernière fin de semaine du Festival de sculpture sur glace. On déambule à pied dans ce petit village bien connu pour son centre de ski familial, comme le font 45 000 visiteurs depuis quelques années. Plus de 70 chefs-d'oeuvre — certaines sculptures en sont vraiment — ont été réalisés par quelque 200 artistes et bénévoles. Le soir, les sculptures sont illuminées, ce qui en rend plusieurs tout simplement magiques. De l'art populaire à son meilleur, qui allie talent et froid, culture et nature. Les enfants, qui adorent aussi les glissades sur la glace, les randonnées en carriole et la tire sur la neige, se réchauffent en visitant l'exposition d'artisanat.
- Lecture: L'Eau - Res publica ou marchandise, sous la direction de Ricardo Petrella, Éditions La Dispute, 219 pages. Les enjeux politiques de l'eau, perçue par les uns comme un besoin que les commerçants peuvent satisfaire et par les autres comme un droit, un bien public inaliénable, comme la vie, à des intérêts privés. Ce collectif définit les pôles de ce qui pourrait bien devenir un des enjeux majeurs du nouveau siècle sur les plans technologique, économique et surtout politique. On y retrouve des écrits de Danielle Mitterrand et de la Québécoise Sylvie Paquerot ainsi que de militants pour l'accès à l'eau des quatre coins du monde.
2 commentaires
  • Claudette B. Bélanger - Abonnée 6 février 2004 16 h 17

    Les motoneigistes créent leur propre malheur

    Ce qui se passe dans le monde de la motoneige montre que les clubs de motoneige, dans leur obstination à vouloir circuler à toux prix en plein milieu habité sans considération pour les citoyens, sont en train de tuer eux-mêmes la motoneige au Québec.

    Au lieu d'accepter de circuler loin des habitations, ils ont fait pression et obtenu du gouvernement (le décret 1995) de ne plus être soumis au règlement du 30 mètres sur les anciennes emprises ferroviaires et ainsi de circuler tou près des habitations sans demander à personne.

    Quand les clubs de motoneige crient à la catastrophe économique, ils devraient réfléchir davantage sur le tort qu'ils font eux-mêmes au loisir de la motoneige. Jusqu'à maintenant, leur intransigeance ne réussit qu'à amplifier la grogne des citoyens qui ont droit à ne pas subir leur pollution.

  • Claude L'Heureux - Abonné 8 février 2004 11 h 40

    Les matamores

    Je suis bien heureux de ce jugement en faveur des résidents à la merci de ces motoneigistes aussi insolents que les fumeurs. Il faut les mettre à leur place! Mais, là encore, le Québec avec notre multinationale Bombardier, manque une belle occasion d'innover en fabriquant des motoneiges à plus petite cylindré avec catalyseur et donc moins polluantes et aussi moins bruyante. Aussi, ayant une souffleuse et une tondeuse (que je changerai pour une électrique) qui nous empestent (je dois m'abiller autrement car mon linge empeste), je serais prêt à payer presqu'autant que le prix de mon chasse-neige pour le munir d'un équipement semblable à celui de mon auto.

    Si je comprend bien, je ne pourrai pas compter sur le gouvernement pour dégager des fonds (que la libre-entreprise n'est pas prête à investir...) afin de rendre les petits engins moins polluants car... il les utilise pour assurer les sentiers de motoneige qui font, parait-il, vivre le tourisme, comme les fumeurs... ces matamores!