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Petites nouvelles sur la planète vin

Un nouveau projet de loi à Bruxelles devrait éliminer sous peu la catégorie des vins rosés…
Photo: Jean Aubry Un nouveau projet de loi à Bruxelles devrait éliminer sous peu la catégorie des vins rosés…

Qu’ont en commun le climat, la critique, la Chine, le millésime, la machine à vendanger, la santé et le rosé ? À première vue, pas grand-chose. Sinon que ces éléments ont tous une relation, de près ou de loin, avec l’univers du vin.

Comme Le Devoir n’est jamais à court de défis, plusieurs pistes ont été explorées cette semaine, de ces petites brèves qui témoignent des révolutions en cours sur la planète vin. Déclinons.

Climat. Des études, dont seuls les scientifiques ont évidemment le secret, nous apprennent que l’augmentation de seulement 1,8 °F devrait décaler les dates de vendanges d’environ six à sept jours.


Certains avancent même la disparition des cabernets et merlots de la région de Bordeaux, et une projection pour les années 2050 indique que les deux tiers des régions viticoles existantes risquent de ne plus être aptes à livrer les standards actuels de qualité.

Photo: Jean Aubry Un nouveau projet de loi à Bruxelles devrait éliminer sous peu la catégorie des vins rosés…

Ainsi, les collines du centre de la Chine pourraient devenir le Chili de demain, le sud de l’Angleterre rafler la réputation de la Champagne actuelle, le sangiovese briller particulièrement au sud de la Loire et le pinot noir allemand devenir l’eldorado du noirien en question, détrônant du coup l’éternelle Bourgogne.

Quant au Québec, certaines sommités avancent que des vitis vinifera francs de pied seraient susceptibles de produire qualitativement ni plus ni moins que les meilleurs vins de la planète !

Chine. Les investissements chinois redémarraient avec une ferveur inégalée après les derniers millésimes moroses à Bordeaux. Ce ne sont plus simplement les vins, mais aussi le foncier qui seraient en hausse, comme en témoignent ces quelque 122 transactions effectuées en Gironde pour la dernière année seulement.

Des sources fiables avancent même que tous les grands crus, y compris Petrus, seraient dans la mire, de même que le Domaine Alain Brumont du côté de Madiran (dont la réputation des vins rivalise avec cette même élite bordelaise).

Le consortium, chapeauté par un certain Ziao Xibonbodo, envisagerait d’étendre les transactions en Bourgogne où le Domaine de la Romanée Conti est vivement pressenti. Son copropriétaire, Aubert de Villaine, n’attendrait plus que l’approbation de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) pour procéder.

Critique. La critique de vin menée par des professionnels serait pratiquée selon une éthique, disons, douteuse, pour ne pas dire frauduleuse.

C’est ce que rapporte une étude parue cette semaine dans la Revue déontologique des experts en vins et alcools du Royaume-Uni, où il est mentionné que 74 % des évaluations critiques concernant un distillat ou un produit fermenté de la vigne trouveraient à n’avoir jamais eu lieu car, tenez-vous bien, jamais dégustés !

Un peu comme quelqu’un qui rapporterait une bouteille soi-disant défectueuse à la SAQ en ayant pris soin d’en avoir bu les trois quarts.

Certains « journalistes » du flacon se contenteraient, par exemple, accrochez bien votre tuque cette fois, de se baser simplement sur la contre-étiquette (avec les erreurs de traduction afférentes) pour leurs descriptions organoleptiques. Lamentable, dirait le comédien Pierre Arditi. Votre chroniqueur a plus d’étiquette que cela, vous vous en doutez bien.

Millésime. Vu l’ajout permanent que doit opérer le calendrier julien pour rattraper le calendrier grégorien (qui ne cesse de prendre le l’ampleur depuis les guerres de religion), l’Union européenne proposait — tout comme elle entérinait l’appellation « Vin de France » il y a maintenant trois ans — de supprimer la mention obligatoire de millésime pour une récolte donnée à l’intérieur des pays producteurs.

Juridiquement, mais aussi pratiquement, la position devenait intenable, en plus d’être imprécise, avec la multiplication des années bissextiles et les décalages temporels évidents. On nous rassure cependant que le projet de loi n’attendra pas la semaine des quatre jeudis pour être homologué.

Machine à vendanger. On a longtemps décrié cette machine qui, selon les plus chatouilleux, abîmerait les baies de raisins, provoquant ainsi une oxydation prématurée. Une société espagnole révélait récemment non seulement avoir résolu lesdits problèmes d’oxydation au moment de la cueillette, mais qu’elle allait mettre en marché une nouvelle machine pouvant à la fois vendanger, égrapper, presser et écouler en cuve-bidon pour un démarrage de fermentation sur place, à même le vignoble.

Longue de 85 mètres (sur deux niveaux), cette machine révolutionnaire opérée par une personne seulement, qui sera commercialisée à l’automne 2016, permettra de sauver temps, argent, espace de cuverie et personnel. À quand la machine à boire du vin à votre place ?

Santé. L’Institut d’oenologie de Bordeaux et l’Institut universitaire de la vigne et du vin Jules Guyot de Bourgogne faisaient paraître récemment les résultats d’une recherche attestant que les resveratrol, procyanidol, catéchine et autres anthocyanes, qui agissent à titre d’antioxydants puissants chez l’humain, n’auraient pas les vertus escomptées au-delà d’une simple gorgée de vin.

Dans la foulée, un étudiant postdoctoral ne s’est certainement pas fait d’amis dans la confrérie des partisans des vins nature et « bios », en souscrivant que les traitements phytosanitaires répétés et pratiqués actuellement dans la grande majorité des vignobles renforceraient, au contraire, le système immunitaire chez l’homme.

Ces mêmes instituts universitaires réputés proposeront d’ailleurs au ministère français de la Santé l’appellation « Vin issu de l’agriculture bio non logique » pour appuyer la thèse en question. Et vlan dans les dents pour le resveratrol !

Rosés. Terminée, la nomenclature visant les vins blancs, rosés et rouges. Désormais, de nombreux oenologues et autres scientifiques s’entendent en effet pour dire que seuls les blancs et les rouges auront droit de cité, le rosé n’étant, sur le plan des globules rouges, qu’un vin rouge anémique.

La démarche en est au niveau du projet de loi à Bruxelles.

À cette nouvelle, l’Association pour une sommellerie mondiale libre et indépendante, qui observe, de ce fait, depuis quelques années, une nette prédominance du rosé auprès de la clientèle en restauration, s’est dite outrée de cette décision.

Le regroupement menace ni plus ni moins d’assembler blancs et rouges pour offrir le rosé désiré à leur clientèle. Du jamais bu !


NOTA BENE. Votre perspicacité aura à coup sûr fait fi de l’hameçonnage grotesque opéré à votre endroit à la lecture de cette chronique pour le poisson… même celui d’avril !