L’argent sale du Parti libéral

Après sa victoire aux élections de 1976, René Lévesque a fait voter une loi interdisant les contributions politiques d’entreprises.
Photo: Alain Renaud Le Devoir Après sa victoire aux élections de 1976, René Lévesque a fait voter une loi interdisant les contributions politiques d’entreprises.

À en croire une école politico-historique, seul un parti au pouvoir peut exiger des quémandeurs de l’État de quoi garnir sa caisse électorale. Car n’ayant ni ouvrages olympiens à faire bâtir en ville ni garnotte bitumineuse à répandre en campagne, un parti d’opposition est condamné, dit-on, à la plus haute intégrité électorale. Ainsi s’expliquerait une corruption atavique au Parti libéral (voué aux « vraies affaires »). Et la pureté originelle du Parti québécois (mobilisé, lui, pour « l’indépendance nationale »).

En somme, au Québec, les vendeurs de quincaillerie et les firmes d’avocats en quête de contrats ne seraient pas stupides au point de gaspiller de substantielles oboles pour l’amour de la démocratie. Autrefois, il est vrai, à l’époque coloniale, des compagnies « étrangères » ont financé au Québec des partis prêts à leur céder pour une chanson les ressources de la nation. Mais c’était, dira-t-on, au temps de la Grande Noirceur.

Or, une Révolution même tranquille ne va pas sans espèces sonnantes et trébuchantes. Avant le Front de libération du Québec et ses premières bombettes, un autre FLQ, libéral celui-là, signait le 15 mai 1959, dans la Vieille Capitale, une « déclaration de raison sociale » à la Cour supérieure. Signataires : Jean Lesage, avocat, André Rousseau, industriel, Alcide Courcy, agronome, Guy Desjardins, Antoine Geoffrion et Claude Ducharme, avocats. Leur but : établir et maintenir un « Fonds de la libération ».

Il s’agit de « pourvoir et subvenir, dans la mesure du possible, aux dépenses courantes et aux besoins de certains organismes permanents du Parti libéral du Québec, écrivent-ils, “tel que stipulé et prévu dans la convention d’association et de fiducie” intervenue entre eux le 31 mars 1959. Ils sont constitués “en association de bonne foi, sans but lucratif ou commercial”». Et, déclarent-ils, « nous en sommes les seuls membres ».

En juin 1960, « c’est le temps que ça change », clament les libéraux : l’Union nationale est battue. « Maîtres chez nous » entonnent-ils peu après dans une élection surprise : c’est la nationalisation de la Shawinigan. Mais un ministre libéral, un certain René Lévesque, découvre que la caisse du parti est garnie par des « trusts », alors dominants au Québec. Devenu souverainiste et chef du PQ, Lévesque ne cache pas son intention d’en finir avec cette république bananière !

Les libéraux perdent le pouvoir en 1967 alors qu’un « accident électoral » ramène l’Union nationale au gouvernement. L’histoire ne dit pas qui a financé un PLQ triomphant en 1970 et 1973. Mais en 1976, un sondage indiquant une possible victoire du Parti québécois, on s’agite en haut lieu. Des patrons de la Royal Bank of Canada, Seagram Ltd, Bank of Montreal, Power Corporation, Canadian Pacific Railway, Steinberg Ltd se réunissent chez Paul Desmarais, le propriétaire de La Presse.

Power Corp et Steinberg envoient des chèques et les autres, des ordres de transfert bancaire au sénateur Louis de Gonzague Giguère. L’affaire n’éclatera au grand jour qu’après un procès. Le sénateur avait déposé une partie de l’argent à son compte et en avait tiré des chèques à Jean Marchand et à sa secrétaire. La GRC avait eu vent de l’affaire, et Giguère fut accusé d’abus de confiance. Ces détails ne furent connus qu’en 1979.

Entre-temps, René Lévesque ayant gagné l’élection, fit voter une loi interdisant les contributions politiques d’entreprises. C’était compter sans les moeurs des faiseurs d’élections et surtout de ces entreprises habituées à « récompenser » les élus et les fonctionnaires « compréhensifs ». Des professionnels de la comptabilité et du droit allaient bientôt ajouter aux billets verts des enveloppes brunes des chèques de prête-noms.

La Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO) n’avait pas le mandat d’examiner le financement des partis politiques. Mais ayant découvert que les brasseries du pays brassaient aussi des dons politiques, elle en avait fait rapport au ministre de la Justice, Jérôme Choquette. Quand Le Devoir étale ce système à l’élection de 1976, le PLQ est aux abois. Le PQ, peut-être informé du rapport de la CECO, reste silencieux. On soupçonna un financement trouble là aussi !

La Commission d’enquête sur les Olympiques de 1976 en aura détecté, elle aussi, chez les libéraux. Mais faute de mandat, le juge Albert Malouf n’a pu tirer la chose au clair. Un président du comité exécutif de la Ville, mêlé aux préparations, sera condamné pour des cadeaux d’entrepreneurs. Mais le Parti civique de Jean Drapeau ne fut pas inquiété. Archives du parti disparues dans un incendie, secret professionnel des avocats de la Ville, une pieuse légende politique fut sauve à Montréal.

Pourtant, la légende du financement politique au Québec allait tôt ou tard être anéantie. Que des partisans du PQ et même des élus se soient, des années durant, retenus de faire éclater le scandale, passe encore. Il n’est pas facile de reconnaître qu’un héros national comme René Lévesque ait échoué dans son rêve d’intégrité politique. Tel est aussi le risque des « alliances » : on se condamne à rester muet sur les turpitudes de ses partenaires.

Mais la décrépitude n’est pas moins sévère chez les libéraux. Que des ministres bafouent la loi en se faisant collecteurs de fonds à 100 000 par an, sans oser dire non au chef du parti et du gouvernement, ou encore que des élus et des militants, juristes compris, n’aient pas la conscience ou le courage de s’opposer à pareil mépris des citoyens et des institutions, cela dépasse l’entendement.

Il faudra plus qu’un procès ou deux pour enrayer ce cancer québécois, qui n’est pas uniquement politique.

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18 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 21 mars 2016 05 h 16

    De la nécessité de se soucier du respect du droit

    Vous avez raison de souligner que l'irrespect des lois électorales, et dans certains cas du droit criminel, a dépassé ici l'entendement. S'il en a été ainsi, c'est parce que des personnes influentes et des organismes gouvernementaux et professionnels pourtant chargés de protéger le public ont cessé de faire du respect du droit leur priorité absolue. S'il n'y a pas de solution toute faite, il existe quand même des remèdes et solutions. Des coupe-feux et des coups-de-barre devront être donnés pour que votre opinion ne soit plus d'actualité.

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 21 mars 2016 05 h 41

    ' Beaucoup d' historiques à digérer.'


    À part de modifier et / ou déloger certaines 'infrastructures' bien ancrées ,


    ils nous restent toujours le choix individuel , d'élever nos consciences


    vers une éthique dont nous serions fier de léguer à la prochaine génération !

  • Christian Montmarquette - Abonné 21 mars 2016 07 h 30

    L'argent sale du Parti québécois

    L'aveuglement partisan des péquistes est une véritable tare pour notre démocratie. Puisque si le Directeur général des élection a relevé plus de 7,3 millions de dons illégaux au Parti libéral, le Parti québécois s'est tout aussi rendu coupable de plus de 4,8 millions illégaux.

    En effet, La Presse du 8 avril 2013, relève que le PQ a encaissé plus de 36% des 13,5 millions dons illégaux en provenance des firmes d'ingénieurs entre 1998 et 2003, pour un total de 4,8 millions! Et le tout, signé de l'aveu même des hauts dirigeants des firmes d'ingénieries Genivar, SNC-Lavalin, BPR et Dessau, qui ont reconnu l'existence de systèmes de prête-noms et de remboursements illégaux pour répondre aux demandes de financement que les partis politiques adressaient directement aux dirigeants de ces firmes.

    Les péquistes auront beau pester contre les libéraux et tenter de jouer les vierges offensées. Ils n’en demeurent pas moins tout aussi corrompus avec les récentes arrestations de l’UPAC de François Roussy et du conseiller du bureau de Pauline Marois, qui plus est, avec un financement illégal aussi colossal.

    Or donc, ce n’est pas en remplaçant éternellement les néolibéraux rouges du Parti libéral par les néolibéraux bleus du Parti québécois, ou en changeant les corrompus du Parti libéral par des corrompus du PQ que les choses finiront par changer au Québec. Mais en faisant table rase et en appliquant le principe défendu par René Lévesque lui-même, c’est à dire de ne pas permettre à un parti politique d’occuper le pouvoir plus d’une génération.

    Christian Montmarquette

    Référence :

    « Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer.» – René Lévesque

    • Colette Pagé - Inscrite 21 mars 2016 10 h 09

      Se pourrait-il sauf erreur que le PQ se soit engagé à rembourser les sommes illégalement reçus ? Par contre, sans vouloir banaliser, n'est-il pas raisonnable de penser que les affairistes sont principalement dans l'ADN des libéraux. Et si un ménage doit se faire au PQ, qu'il se fasse avec diligence !

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 mars 2016 10 h 33

      À quand l'autodissolution du Parti libéral?

      De toute manière, ça changerait quoi? Les mêmes causes mènent aux mêmes effets, surtout avec les mêmes participants.

    • Serge Morin - Inscrit 21 mars 2016 10 h 40

      Tout a votre vindicte, vous citez La Presse qui n'a de cesse de magnifier les erreurs du PQ et à minimiser celles du PLQ.
      Bel exemple de la probité d'un parti en devenir,si la chose est possible.
      Un petit coup de pub avec le FN de Marine Le Pen avec ça.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 mars 2016 11 h 07


      " Tout a votre vindicte, vous citez La Presse qui n'a de cesse de magnifier les erreurs du PQ et à minimiser celles du PLQ." - Serge Morin

      - Hahahah!

      Comme si les arrestations au PQ par l'UPAC et les aveux auto-incriminantes des firmes de génie-conseil étaient de la partisanerie de La Presse!

      - Comme dénie de la réalité, on aura rarement vu mieux!

      Pour le reste..

      Libre à vous de continuer à défendre l'indéfendable et d'appuyer votre parti corrompu! Après tout, y'a plein de militants libéraux qui font de même avec le PLQ!

      Christian Montmarquette

      .

    • Serge Morin - Inscrit 21 mars 2016 19 h 39

      On sait maintenant Où vous logez .Et faites moi ggrâce de vos réponses méprisantes.
      Un commentaire ,une réplique.
      Le reste c'est votre ego

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 21 mars 2016 07 h 37

    Le devoir de mémoire...

    Merci monsieur Leclerc.

  • Dominique Roy - Abonnée 21 mars 2016 07 h 57

    Le fédéralisme à tout prix

    L'acceptation de la part des québécois d'élire un parti corrompu comme le PLQ cache un problème plus profond et pernicieux. Les forces fédéralistes soutenues par Ottawa et 9 des 10 provinces travestissent le principe de démocratie. Parizeau avait raison. L'argent et les votes ethniques réussissent à étouffer toutes formes d'aspirations à l'autodétermination du Québec. On a vu avec quelle violence le gouvernement Marois a été évincé du pouvoir. L'attentat contre Mme Marois qui fut traité comme un banal fait divers par le reste du Canada en dit plus long qu'il n'y paraît. Les architectes de l'indépendance doivent demeurer conscients que la résistance à la séparation du Québec grandira en violence et en immoralité au fur et à mesure que le pays du Québec va se définir. LoBo

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 mars 2016 08 h 39

      " L'acceptation de la part des québécois d'élire un parti corrompu comme le PLQ cache un problème plus profond et pernicieux." - Dominique Roy

      - Et que faites-vous de l'acceptation des québécois d'élire un parti corrompu comme le Parti québécois, qui s'est empifré à hauteur de 4,8 millions de dons illégaux en provenance des firmes d'ingénieurs Genivar, SNC-Lavalin, BPR et Dessau?

      L'illégalité libérale est odieuse, alors que l'illégalité péquiste pourrait, elle, se draper de vertu souverainiste?

      - Deux poids, deux mesures!

      On ne fera pas un pays avec un parti qui baigne dans l'illégalité et la corruption.

      Ce n'est pas vrai.

      Christian Montmarquette

    • Jean-François Trottier - Abonné 21 mars 2016 09 h 16

      Vous n'avez pas tort, à un détail près. Les Québécois n'ont pas accepté d'élire le PLQ.

      Ce 41% est formé pour la moitié d'anglophones et d'allophones, qui tous ne lisent et écoutent que les médias anglophones et donc sont persuadés que le GRAND MAL consiste en la moindre allusion à une certaine velléité d'indépendance ou même d'initiative de la part de QUébec...
      En écho, tous les médias d'Amérique du Nord. Le Quebec bashing prend sa source tout juste à l'ouest de St-Laurent et est nourri directement par les organisateurs Libéraux et amis.

      Cette base suffit à assurer que le PLQ n'aura au pire que de petites éclipses de pouvoir. Environ un million et demi d'otages. Ceci n'a rien de démocratique.

      D'autre part, le vote francophone est divisé juste assez pour s'assurer qu'aucun parti indépendantiste ne puisse prendre le pouvoir avec une majorité.

      Selon ce que je vois, il est presque impossible que le PLQ n'aide pas QS en sous-main, appui logistique direct dans les comtés, travailleurs d'élection, noyautage et financement en petites sommes anonymes, ainsi que tout moyen possible pour empêcher toute fusion. Pour le PLQ, faudrait être idiot pour ne pas le faire.

      En fait, étant donné l'immense farce qu'est devenu la gouvernance de ce parti, je ne vois que ça pour assurer leur présence plus que pérenne. Sinon, ils seraient depuis longtemps au chômage.

      C'est probablement ce que Couillard a le mieux appris en Arabie Saoudite: aider des sous-groupes à fomenter les troubles partout ailleurs, comme le fait la famille Saoud au Moyen-Orient.

      Le colonialisme a un prix, prix que certains payent sans sourciller.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 mars 2016 12 h 15

      " Selon ce que je vois, il est presque impossible que le PLQ n'aide pas QS en sous-main, appui logistique direct dans les comtés, travailleurs d'élection, noyautage et financement en petites sommes anonymes, ainsi que tout moyen possible pour empêcher toute fusion. Pour le PLQ, faudrait être idiot pour ne pas le faire." - Jean-François Trottier

      Tout ce charabia et cette théorie du complot ne tiennent pas la route, quand on sait combien QS attaque régulièrement le Parti libéral sur la place publique.

      - Que les péquistes commencent donc par assumer leurs propre arrestations et leur propre corruption à hauteur de 4,8 millions de dons illégaux par les firmes de génie-conseil, avant d'insinuer sans aucune preuve ni référence, que QS aurait quoi que ce soit à voir avec le Parti libéral!

      L'aveuglement partisan de nombre de péquistes, n'a d'égal que leur manque de jugement.

      Y'a toujours bin des maudites limites à se faire donner des leçons d'intégrité par des gens qui appuient un parti corrompu!

      Christian Montmarquette

    • Marie-Josée Blondin - Inscrite 21 mars 2016 18 h 11

      M. Trottier @ 09h15, 5e paragraphe

      Je me faisais justement la même réflexion quant à une aide du PLQ à QS. M. Montmarquette tape si fort sur le PQ et si peu sur le PLQ que ça en devient exagéré et même incompréhensible pour un parti (QS) qui se dit "souverainiste" et de gauche!

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 mars 2016 11 h 42


      "M. Montmarquette tape si fort sur le PQ et si peu sur le PLQ" - Marie-Josée Blondin

      - Sachez que je tape sur tout ce qui est néolibéral et malhonnête et que ça comprend le PQ!

      Et si vous croyez que j'épargne le Parti libéral, pourquoi n'allez-vous pas lire mon récent commentaire titré "Le receleur" sous l'article suivant:

      " Et l’imputabilité, M. Couillard? " - Le Devoir :

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/465940/et

      - Raz-le-bol ! ..des fausses accusations péquistes!


      Christian Montmarquette

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