Hors-jeu: Encore du bonbon

Bon, c'est bien beau, Tom Brady et Bill Belichick et tout ça, mais il y a autre chose dans la vie. Par exemple, il faut déjà préparer la prochaine fiesta: c'est qu'en fin de semaine, dimanche pour être précis, ont lieu le match des Étoiles de la Nationale Hockey Ligue et le Pro Bowl de la Nationale Footballe Ligue. Du gros bonbon, certifié excitation plus, genre assis sur le bout de votre causeuse Directoire rembourrée avec de la moumousse de synthèse et des palpitations authentiques qui vont vous chercher le métatarsien.

Le point commun entre ces deux rencontres? Elles se terminent 27-24 et ne comportent aucun contact. En outre, quand vous invitez les copains pour l'un ou l'autre match, ils se disent malencontreusement très très occupés ce jour-là. Faut dire qu'on aurait mangé des restants de Super Bowl (après le Super Bowl, l'hôte est toujours pris pour manger de la pizza pendant deux semaines).

Puisque d'ailleurs vous m'amenez si gentiment sur le sujet du Super Bowl, si vous étiez à l'écoute dimanche soir vers les alentours des 20 heures et 30 minutes et quelques, vous avez certainement vu qu'on n'a pas vu le nu-vite qui est allé se faire aller sur le terrain juste avant le début de la deuxième demie. (Selon mes sources dissimulées dans le placard à balais de la haute direction de CBS, le motif officiel de non-présentation de tout nu-vite est que cela lui ferait de la publicité et en inciterait d'autres à tenter le coup. Mais en réalité, c'est que le quota de chair exposée était déjà écoulé à cause de

matante Janet.)

Or Hors-Jeu, toujours à la pointe moyenne du journalisme d'enquête de choc qui fait les manchettes dont le monde parle le lendemain à l'ouvrage, a justement fait, ben... une enquête à ce sujet. Et il a découvert qu'il s'agit de Mark Roberts, un Britannique doublé d'un nu-vite professionnel qui revendique 150 escapades au cours des dix dernières années: à Wimbledon, à Roland-Garros, au marathon de Londres, aux Jeux du Commonwealth, au congrès des libéraux démocrates, à la course annuelle de taureaux dans les rues de Pampelune, au Playhouse Theatre de Cheltenham et à plusieurs matchs de soccer et de rugby.

Roberts, originaire de Liverpool, a commencé sa carrière de tout-nu lors d'un match de rugby à Hong-Kong, en 1993, à la suite d'une gageure de gars saouls. Il s'était alors emparé du ballon et avait couru jusque dans la zone des buts. Il raconte qu'il agit ainsi pour le buzz et pour faire rire les amateurs qui ne manquent jamais de l'encourager. Roberts a même son propre site Internet: www.thestreaker.org.uk. Non, messieurs dames, ce n'est pas dans les pages sportives des journaux sérieux que vous apprendrez des choses pareilles. Juste ici.

Par ailleurs, toujours dans la section «informations qu'on se demande comment diable on pourrait vivre sans», ce Super Bowl XXXVIII a marqué la fin d'une des plus longues séries de l'histoire du football: celle de Dion Rich, qui avait assisté en personne à 34 matchs de championnat, chaque fois sans billet. (Il se spécialise aussi dans les soirées des Oscars et les Jeux olympiques.)

Rich n'a jamais sauté de clôture ni défoncé de portes. Il était plutôt expert dans l'art du déguisement, de l'utilisation d'accessoires — un walkie-talkie fait toujours sérieux et affairé, un fauteuil roulant suscite la compassion —, dans l'art aussi de convaincre les gardiens des stades qu'il connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un de fort bien placé. Et ça fonctionnait. Ses plus beaux exploits: n'avoir mis que six minutes à entrer au Superdome de La Nouvelle-Orléans lors du premier Super Bowl disputé — sous très haute sécurité — après les attentats du 11 septembre; s'être trouvé sur l'estrade d'honneur lors de la remise du trophée à l'entraîneur Vince Lombardi, de Green Bay, au Super Bowl I; et avoir porté sur ses épaules l'entraîneur-chef des Cowboys de Dallas, Tom Landry, après sa victoire au Super Bowl XII, en 1978 (la photo de l'épisode se retrouve d'ailleurs au Temple de la renommée). Depuis des années, la NFL l'avait à l'oeil et l'avait même menacé de poursuites judiciaires, mais il parvenait toujours à se faufiler.

Mercredi dernier, toutefois, Rich a été accueilli, à son arrivée à l'aéroport de Houston, par... des représentants de la police locale, qui l'ont accompagné à sa chambre d'hôtel et lui ont poliment demandé d'exhiber son billet pour le match. Ce qu'il a fait. Pour la première fois, Dion Rich avait résolu d'entrer au Super Bowl par la voie ordinaire. Faut dire que le monsieur a maintenant 74 ans.

Une dernière? Selon un sondage Galope exclusif dont j'ai obtenu copie en séduisant par fax une dirigeante de la Federal Communications Commission, 94 % des joueurs de ligne offensive de la NFL ont des seins. Mais s'ils les montraient à la télé, ça ne ferait rien.

jdion@ledevoir.com