Pas de marge de manoeuvre

« De l’austérité à la prospérité » aurait été un beau slogan que Québec ne peut récupérer pour la simple raison qu’il n’a jamais reconnu l’austérité. Pour la simple raison aussi que cette « rigueur » appliquée a produit une marge de manoeuvre vite étouffée par cette activité économique qui tarde à s’accélérer.

Dans son désir de faire du troisième exercice de Carlos Leitão un « budget de l’éducation », le gouvernement Couillard pourrait nous servir la même recette : faire miroiter une hausse des dépenses dans les programmes stratégiques tout en les maintenant sous leur progression naturelle. Car laisser miroiter que la marge de manoeuvre est revenue après deux budgets marqués sous le sceau de l’« austérité rigoureuse » ne convainc personne. La croissance économique n’est pas au rendez-vous, idem pour l’inflation, et il faudra bien comptabiliser l’impact de l’entente conclue avec les employés de l’État.

D’autant, a-t-il déjà été dit, que la classe moyenne aura sa réduction d’impôt du fédéral venant de promesses électorales dont l’impact ne sera pas neutre ou sans dommages collatéraux dans les budgets des provinces.

Démarche politicienne

Il reste qu’à sa face même, la démarche budgétaire du gouvernement Couillard, comme tout gouvernement majoritaire, est surtout politicienne. Les premières années servent à la réingénierie de l’État, sur le thème du rééquilibrage des finances publiques. Suit la prudence d’une année de transition au cours de laquelle la stimulation économique se fait à doses ciblées, question de laisser l’économie récupérer des compressions et les ménages, absorber la hausse des taxes et tarifs. À ce titre, nouveaux paramètres pour les cotisations à l’assurance parentale et à l’assurance-emploi, hausse du tarif de base des services de garde subventionnés, augmentation des tarifs d’Hydro-Québec, élimination graduelle de la taxe santé devant débuter en 2016, puis repoussée à 2017 pour revenir à 2016 selon les dernières rumeurs… Le menu pour 2016 est imposant. Puis viennent les adoucisseurs fiscaux, dans une optique électoraliste.

Cette caricature est à peine simpliste, voire grossière. Québec s’en défend, mais les économistes comme François Delorme et Pierre Fortin réitèrent que le gouvernement Couillard a agi trop rapidement, voire qu’il a été trop loin dans son obsession du déficit zéro. Selon les calculs, l’ampleur des coupes peut atteindre 3,5 milliards, retranchant la moitié de la croissance, soit un peu moins de 1 % pouvait-on lire dans Le Devoir mercredi. Au Mouvement Desjardins, on retient que la croissance réelle du PIB québécois ne sera que de 1,3 % cette année, de 1,6 % en 2017. Que ces cibles s’approchent du potentiel de croissance à long terme du Québec, plombé qu’il est par le vieillissement de la population.

À peine touchera-t-elle 1 % en 2015, selon les estimations. Dans sa mise à jour de novembre 2015, le ministre des Finances tablait encore sur une progression de 1,5 % en 2015 et de 1,7 % cette année. Plus important, le PIB nominal se maintient ainsi sous les 3 % depuis 2012. Ce qui n’a adouci en rien la volonté de repenser la façon de faire de l’État.

On parle donc d’un budget 2016-2017 de transition, soutenant le passage d’un régime de réingénierie des dépenses de l’État à un régime préélectoral. Et la mise à jour économique de novembre dernier se voulait parlante quant aux priorités actuelles. « Le gouvernement maintient les objectifs de réduction de la dette et poursuit les efforts en ce sens par l’entremise des versements au Fonds des générations, qui s’établiront à 1,5 milliard de dollars en 2015-2016 […] Le retour à l’équilibre budgétaire et les versements au Fonds des générations permettront de respecter l’objectif inscrit dans la loi de ramener le poids de la dette brute, qui s’établira à 55 % du PIB au 31 mars 2016, à 45 % du PIB d’ici 10 ans », avait alors indiqué M. Leitão.

« De plus, l’abolition graduelle de la contribution santé à compter du 1er janvier 2017 entraînera un allégement de 1,7 milliard de dollars. Au total, au cours des quatre prochaines années, les Québécois verront leur charge fiscale réduite de 2 milliards de dollars. »

Le gouvernement Couillard devrait démontrer ce jeudi qu’il dispose d’un coussin après deux années de « rigueur austère », évalué autour de 2 milliards. Quant à sa marge de manoeuvre, il devra s’en remettre, comme tout le monde, au budget fédéral de la semaine prochaine.

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1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 17 mars 2016 13 h 44

    Soyons patients

    Vous avez tout a fait raison, comme controle du discours politique ce n'est pas fort fort, en fait je crois qu'il en a aucun, j'ai l'impression qu'en bon chirurgien qu'il préfère opérer pour ensuite dire au patient, vous voyez vous n'en étes pas mort , la difficulté c'est que ce sont toutes les institutions qui sont malmenées au point de départ, comment alors voulez- vous parler de prospérité a un patient se pensant a l'article de la mort , n'est ce pas l'état d'esprit dans lequel nous nous trouvons tous, peut etre a l'exception du super infirmier qui s'amuse a jouer avec les structures, enfin comme me disait ma mere, dans la vie il faut ëtre patient, que le mot patient, prend ici toute sa signification